Jour 30, lundi 27 avril
Novatsk-Slavonski Brod, 101 Km.
Finalement j’ai été mauvaise langue, le chien de la maison est resté calme et silencieux, tout comme ceux des voisins. Malgré tout, ma nuit a été un peu agitée à cause de douleurs au ventre, peut-être les effets secondaires de la potion magique du médecin… mais au matin tout est rentré dans l’ordre.
Au moment de quitter cet hébergement, je passe dire au revoir à Zelco et sa femme, qui me prodiguent moult conseils pour la route, dont je ne comprends évidemment pas un seul mot, mais j’en tiendrai compte, c’est promis.
Et c’est reparti sur cette route rectiligne qui doit m’emmener à Slavonski Brod. La météo prévoit un petit vent d’Est cet après-midi seulement. Je retrouve cette enfilade de maisons que je décrivais hier. Mon ami François a sans doute raison quand il explique que ce type d’urbanisme n’est pas voulu, mais subi du fait de la rareté des infrastructures routières. La seule route existante devient finalement une sorte de ligne de vie autour de laquelle s’organise l’habitat. Hypothèse confirmée par le fait qu’Open Runner me fait circuler sur cette route, preuve qu’il n’en existe pas d’autre pour rallier Slavonski Brod.
Ce qui me frappe aussi, c’est le nombre de maisons abandonnées, en ruine, ou à vendre, parfois les trois en même temps. Peut-être faut-il y voir là les traces de l’exil des populations serbes après la guerre de 1991-1995 durant laquelle cette partie du territoire croate avait été intégrée dans la république fantoche de Krajina. Du 1er au 3 mai 95, l’armée croate a mené une opération éclair, l’opération bjlesak, qui a obligé les Serbes à capituler et à renoncer à leur domination sur la Slavonie orientale, territoire finalement réintégré à la Croatie en 1998. À Okucani, un monument commémore la mémoire des soldats croates tombés lors de cette offensive et plusieurs façades de maisons et des bâtiments publics conservent les traces de ces combats.
Vers 11h, je fais une petite pause devant l’église de Nova Gradiska, face à une statue de Jean-Paul II. La ferveur catholique de la région semble importante. Je vois des gens se signer en passant devant l’église et plus loin, un haut parleur installé dans un clocher délivre des prières à la chaîne. À quelques kilomètres d’ici, en Bosnie-Herzégovine, c’est l’Islam qui est majoritaire.
Comme hier, c’est au Km 60 que je fais ma pause déjeuner dans un square de la petite ville de Nova Kapela. A quelques dizaines de mètres, le passage de trains attire mon attention car une petite route croise la ligne et il n’y a pas de passage à niveau; un simple avertisseur sonore et un feu clignotant préviennent les automobilistes du passage d’un train. On est quand même sur la ligne Zagreb-Belgrade et même sur Paris-Venise-Istanbul ! J’attends le passage d’un convoi pour voir comment ça se passe, et visiblement tout le monde fait très attention, les voitures respectent le signal, le train ralentit et klaxonne à plusieurs reprises et ça passe. Mais quand même !
Un peu plus loin, j’aperçois venant en sens inverse, la silhouette caractéristique du vélo chargé du cyclo-voyageur. Je coupe la route et m’arrête à sa hauteur. C’est Waabbi Perez, un jeune Argentin qui parcourt l’Europe depuis deux ans. Il rentre de Chypre et remonte vers la Grande Bretagne en suivant à l’envers le même chemin que moi. Il filera ensuite en Islande, puis ce sera l’heure du retour au pays. Il me montre son compteur et je n’en crois pas mes yeux : 46.550 Km ! Je me sens vraiment petit joueur. Du coup, on échange des infos, je lui conseille la Slovénie, il me met en garde sur les conditions de circulation en Bulgarie et chacun reprend sa route. Ce soir, je me suis abonné à sa chaîne YouTube.
Comme hier, la fin de parcours est pénible, la route est de plus en plus fréquentée à mesure que j’approche de Slavonski Brod et surtout, il y a ce satané vent de face, pas très fort mais dont rien ne me protège dans cette ligne droite sans fin.
Malgré tout il est à peine 16h quand j’arrive à destination, alors je prends le temps de jeter un coup d’œil à la gare qui a vu passer le Simplon Orient Express. Elle ne parait pas très modernes, de l’herbe pousse sur les voies et elle serait quelconque sans les panneaux translucides colorés qui couvrent le auvent. En passant au travers, les rayons du soleil éclaboussent le quai de couleurs chatoyantes. Original.
Il est ensuite temps de chercher un point de chute. Pour cela, je sors de la ville dans la bonne direction pour demain matin. J’aborde un monsieur qui fume sur le trottoir. Comme il ne parle pas anglais, je lui sors quatre mots de serbo-croate que j’ai appris : dormir, ici, tente, s’il vous plait. Il réfléchit deux secondes et m’ouvre un portail qui donne sur un immense terrain où sont implantés cinq ou six bâtiments, maisons, hangar, garage. Je choisis un coin de pelouse plat, mais il me fait signe de le suivre et me montre une petite maison un peu décrépie qui lui sert de lieu de stockage pour ses pneus, car il est mécanicien. Dans un coin, il y a quelques meubles dont deux canapés et des tables basses ; c’est là qu’il me propose de dormir, ce que j’accepte bien volontiers. À l’intérieur rien ne fonctionne. Mais à l’extérieur il y a un point d’eau et des toilettes. Il ne manque finalement que l’électricité. Je profite de ces équipements pour faire une bonne toilette et une petite lessive qui séchera avant le coucher du soleil. Et comme le commerce voisin est un bar, c’est là que je m’installe pour rédiger mon blog en sirotant une bière du pays avant de revenir faire ma popote et dîner sur une chaise et une table réquisitionnées sur le terrain.










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Malgré le vent le temps est magnifique. Ne pas oublier la double dose de crème solaire sur le bout du nez.
est-ce qu’avec ces rencontres tu as pu goûter une petite eau de vie de là bas ? et les repas sur place ça donne quoi ?
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