Jour 29, Dimanche 26 avril
Otok-Novska, 106 Km.
Et hop ! Quatre semaines bouclées, pas croyable comme le temps et les kilomètres passent vite. Le Morvan, Lausanne, Milan, Venise, tout cela me semble déjà si loin ! Cette quatrième semaine n’aura pas été la plus prolifique en distance, seulement 478 Km parcourus, mais avec beaucoup de dénivelé et aussi de nombreuses visites touristiques.
Côté tourisme, c’en est à peu près terminé, car, si la Croatie est une destination touristique prisée par les Français et les Allemands, c’est surtout sa longue côte qui les attire, vers Dubrovnik, Split et les Bouches de Kotor. L’arrière-pays ne présente que peu d’attraits et surtout pas la plaine de Slavonie où je me trouve actuellement. D’ailleurs, c’est flagrant de constater l’absence presque totale de campings et de signalétique touristique.
Mais pour moi, cette plaine présente l’avantage d’être plate comme la main et de me reposer un peu des portions montagneuses que j’ai traversées ces derniers jours.
La Slavonie, c’est la région où Nives a choisi de vivre pour des raisons professionnelles, mais elle est originaire de la côte Adriatique, comme en témoigne son tempérament joyeux.
Je me lève volontairement tôt, à 6h30, pour essayer de partir en même temps qu’elle, et aussi pour profiter éventuellement d’un autre bon moment ensemble. Et ça marche au-delà de mes espérances. Elle me sert d’abord un excellent café turc bien chaud et bien fort qui va me faire démarrer cette journée sur les chapeaux de roues. Une heure plus tard, c’est le vrai petit déjeuner avec des œufs mollets (bon pour un cycliste), du fromage, du jambon et du thé.
De sa terrasse on admire son grand jardin et elle me dit son amour de la nature, tout particulièrement des arbres, des oiseaux et des grenouilles, autant de goûts que nous partageons. Cela tombe à pic, puisque Marthe vient de m’annoncer que pour la première fois, un couple de mésanges a fait des petits dans un des nichoirs que nous avons installés il y a plusieurs années déjà.
Dans un genre moins bucolique, on parle aussi de la situation géopolitique de l’ex-Yougoslavie. Si la situation s’est bien apaisée depuis la guerre de 1991-1995, tout n’est pas réglé pour autant. Elle me cite l’exemple de ses deux voisins, de chaque côté, qui sont originaires de Bosnie-Herzégovine, qu’ils ont quittée pendant la guerre et où ils ne sont jamais retournés car ils craignent les visées expansionniste de la Serbie, qui rêve toujours de dominer l’ancienne fédération Yougoslave sous l’intitulé de « Grande Serbie ».
Le remplissage de mes bidons dans la cuisine donne à Nives l’occasion de garnir encore un peu plus mes sacoches avec une pomme et du chocolat. Et puis elle verse avec mon accord deux cuillerées de potion magique, une poudre vitaminée à base d’orange dans l’un de mes bidons. Elle est médecin, je lui fait confiance sur la qualité du produit. On se quitte avec force effusions car ce fut vraiment un beau moment de partage.
L’étape du jour est dans le club des 100, mais sans aucune difficulté, à part le vent d’Est qui va m’embêter toute la journée. Dès les premiers kilomètres, je remarque que mon téléphone ne recharge pas malgré la vitesse soutenue à laquelle je roule. De deux choses l’une, soit le nouveau câble que j’ai acheté ne fonctionne pas, soit le problème est ailleurs. Je m’arrête donc pour regarder cela de plus près et je constate que la prise qui sort de la dynamo est légèrement débranchée. Une petite pression dessus entraîne un petit clic et le courant revient. Du coup je teste de nouveau le câble d’hier que je croyais fichu et il fonctionne parfaitement. Me voilà donc avec un stock de câbles suffisant pour ouvrir un stand sur le marché.
La première partie est agréable, sur des petites routes très calmes, surtout en ce dimanche matin. Avec le copieux petit déjeuner absorbé, je tiens facilement 60 Km avant de m’arrêter déjeuner dans le square de l’église de Popovaca. Vient ensuite la deuxième partie, beaucoup moins agréable, une route rectiligne en plein à contresens du vent et de plus bien fréquentée. Ce pensum d’une trentaine de kilomètres me semble très long. Seul le complexe pétrochimique de Kutina vient rompre la monotonie de ce parcours qui présente quand même une particularité singulière : il n’y a jamais vraiment de campagne ni jamais vraiment de villages, mais une succession de maisons alignées le long de la route sur plusieurs dizaines de kilomètres. Pas de routes adjacentes, pas de cœurs de bourgs, c’est un alignement sans fin de maisons. Voilà une curieuse organisation de l’espace qui m’interroge au moins sur deux points, la question des réseaux qu’il faut implanter sur ces longues distances et celle de la vie de village; comment animer un village qui n’a pas de centre et dont les habitations sont posées les unes à côté des autres en enfilade ? Étonnant.
Je suis bien soulagé de quitter cette route pour terminer sur une partie légèrement vallonnée et bucolique qui m’amène à Novska, une ville de 14.000 habitants, tout près de la frontière avec la Bosnie-Herzégovine.
Comme je m’y attendais, mes sollicitations dans le centre-ville ne rencontrent pas d’écho favorable. A la sortie en revanche, je suis accepté par un type qui est devant son garage, à bricoler une tronçonneuse. Il ne parle pas d’autre langue que la sienne, mais il comprend ce que je souhaite et se lance dans de grandes explications dont je ne retiens que deux mots, police et migrants. Alors, c’est oui ou c’est non ? Da ? Allez, je m’installe à l’arrière de son jardin, où il m’accompagne en continuant de me parler sans cesse. Et comme je ne comprends pas, il parle très fort. C’est bien connu, on comprend mieux une langue étrangère avec les oreilles cassées. Le bonhomme est sympathique, mais plutôt rustique et je sais déjà que nos échanges n’auront rien à voir avec ceux d’hier soir et ce matin. Une fois la tente montée, je suis convié à boire un verre de thé glacé dans le garage/atelier en compagnie de son épouse et je suis condamné à écouter ses propos qui m’échappent totalement. Les moments les plus compliqués, c’est quand il me pose une question, il est là à attendre une réponse qui ne viendra jamais. Bref, je suis bien content de ne pas être invité à dîner ce soir.
Parmi les critères de choix évoqués hier, il y en a un qui n’est pas respecté ce soir, c’est la présence d’un chien, un petit roquet qui aboie sans cesse, et je sens qu’il va m’agacer cette nuit, d’autant qu’il n’est pas seul dans le quartier…









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coucou Pascal
Entre mon ultra trail dimanche dernier et la venue de Gabin et Margot à la maison cette semaine, j’avais pris un peu de retard…. Celui-ci est rattrapé, c est toujours le même plaisir de te lire, de vivre ton voyage, tes rencontres et rêver à travers tes photos.
Merci pour ces partages.
Bisous
Renaud
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