Un coq en pâte.

Jour 28, samedi 25 avril

Krsko-Zagreb-Otok, 80 Km.

« Avant de partir, tu passes me voir », je me doutais bien qu’Ana ne me laisserait pas partir comme ça. Et comme je ne viens pas assez vite à son goût, occupé que je suis à faire mon rangement, c’est elle qui se déplace pour me dire adieu avant d’aller soigner les chats du voisin. Et bien entendu, elle ne vient pas les mains vides. Elle m’apporte un kit de survie composé d’une boîte de pâté de foie, une boîte de thon à l’huile, de la mortadelle, deux bananes, une orange, et un paquet de mouchoirs en papier. Je reste sans voix devant sa générosité. En même temps, elle me met en garde contre ceux qu’elle appelle « les gens du sud », qui seraient un peu voleurs sur les bords.

L’étape du jour est un peu particulière puisqu’elle ne compte que 70 km. du fait que, sur mon parcours, il y a Zagreb que j’ai prévu de visiter rapidement au passage. Pour ce qui est de l’itinéraire, je continue de longer la Sava avec notamment toute une partie sur une levée qui me laisse apprécier la vue sur la rivière, ainsi que le décollage de  nombreux cormorans, hérons et autres canards, sans oublier les concerts de coassements des grenouilles.

Après environ 25 Km, je franchis une nouvelle frontière, celle de la Croatie. Pour un peu, je ne m’en serais même pas aperçu car sur cette route minuscule, il n’y a ni contrôle ni poste de douane, tout juste un panneau qui indique que vous entrez en Croatie. Symboliquement, je photographie ce petit pont qui marque la limite entre les deux pays, et quand je repars, je commets une boulette, je ne rebranche pas tout de suite le téléphone sur le chargeur, le câble pendouille, il se prend dans les rayons et s’enroule autour du moyeu avant. Fin du câble. Comme celui que j’avais emporté en rechange ne fonctionne pas bien, je serai privé de recharge jusqu’à Zagreb. La première grande surface venue me permet de retrouver un câble tout neuf pour réparer mon étourderie.

La traversée de la banlieue de la capitale croate et l’accès au centre-ville me semblera long et pénible. Ce n’est pourtant pas une très grande ville, avec ses 650 000 habitants, mais, contrairement à Ljubljana, rien n’est fait pour faciliter l’accès des cyclistes. Ainsi, la très longue artère qui me permet d’accéder à l’hyper-centre est en sens interdit et seuls les taxis peuvent rouler à contresens ; aucune indication ne permet de penser que les vélos peuvent aussi emprunter cette voie. Bien entendu, certains le font quand même, au risque de se prendre les roues dans les rails du tramway. C’est ce que je choisis de faire aussi en suivant l’exemple des livreurs de pizzas dont on connaît la capacité à trouver les chemins les plus courts.

C’est donc avec soulagement que j’arrive enfin sur l’immense place Jelacica où je me pose dans un coin ombragé pour manger un morceau. La place est bordée sur trois côtés d’immeubles assez quelconque et sur le quatrième, côté vieille ville, ce sont de gros bâtiments de style austro-hongrois qui imposent leur masse et offrent à la vue quelques détails architecturaux intéressants.

Je m’engage ensuite à pied dans les petites rues qui montent vers la cathédrale. Il y règne une animation qui frôle la frénésie entre les bars, les restaurants et les boutiques de souvenirs. Il faut dire que le centre ancien est minuscule, tout y est donc très resserré.

La cathédrale, construite au 16ème siècle, a été décorée en style baroque au 17ème, mais actuellement l’intérieur est totalement dépouillé de tout ornement car elle est en plein travaux suite au tremblement de terre de magnitude 5,5 qui l’a endommagée en 2020. A l’extérieur, si la façade est refaite, les deux clochers sont emmitouflés dans des échafaudages et des bâches. Deux autres belles églises attirent le regard dans le paysage, mais le patrimoine ancien semble se limiter à ces quelques édifices.

Cette visite éclair terminée, je reprends ma route vers l’Est en suivant l’itinéraire de mon appli qui m’évite les désagréments de l’arrivée.

Apres une vingtaine de kilomètres, je rejoins le village d’Otok que j’avais coché comme point d’arrivée parce que j’y avais repéré un étang. En fait, suite à mes précédentes expériences, je suis plutôt tenté d’aller chez l’habitant. Néanmoins je vais voir l’étang qui ne présente pas un environnement naturel très intéressant. Je remonte donc vers le village et commence une tournée des sonnettes dans les maisons qui présentent les bonnes caractéristiques pour être susceptibles de m’accueillir : un grand jardin, un portail ouvert, une pelouse pas trop bien tondue et pas de chien. Après deux refus et plusieurs maisons vides, je suis reçu par Nives, médecin à Zagreb, grand-mère de quatre petits-enfants, qui me propose un emplacement dans son grand jardin. La tente à peine montée, je suis convié à boire un verre de jus de fruit sur sa terrasse. Dans un anglais approximatif des deux côtés, on parle de Zagreb, de son travail, de l’immobilier, du prix de l’essence, de religion, de Trump ou encore d’Israel. Bref le courant passe bien. Si bien qu’elle me propose quelque chose à manger, des œufs par exemple. Va pour trois œufs au plat, accompagnés de tomates cerises, de jambon fumé et de fromage. Un petit dessert ? Allez, des fraises et du chocolat.

Un coq en pâte, je vous dis. Si ça continue, je vais prendre des kilos au lieu d’en perdre ! Enfin, elle m’ouvre ses toilettes et sa salle de bain et me met une prise de courant à disposition pour recharger mon téléphone. Que demander de mieux ? Je refuse juste les couvertures qu’elle me propose après avoir consulté la météo qui annonce 8 degrés dans la nuit. Demain matin, on ne se verra peut-être pas car elle va à la messe de 8 heures, mais le café et les toasts seront prêts !

Plusieurs centrales hydroélectriques sont implantées sur la Sava.
Joli château dans un beau parc.
La frontière est discrète.
L’immense place Jelacica.
Une fresque de baigneurs.
Les clochers de la cathédrale sont en travaux.
Tous les décors ont été retirés de la nef.
Les couleurs nationales s’affichent en XXL.
L’église saint Marc.
Josip Belacic, ancien commandant militaire.
Les tramways tournent à plein régime.

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