Jour 48, vendredi 15 mai
Lüleburgaz-Terkidag, 65Km.
Comme prévu, c’est Colin qui est le premier levé car il veut partir tôt pour effectuer les quelque 180 Km qui le séparent d’Istanbul. C’est un habitué des longues distances quotidiennes, parfois jusqu’à 200 kilomètres. Comme je suis levé de bonne heure aussi, on fait plus ample connaissance pendant qu’il prépare ses affaires. Menuisier ébéniste sous le statut d’auto entrepreneur, il s’est libéré plusieurs mois pour effectuer ce voyage qui doit l’emmener en Géorgie, puis en Asie centrale, ce qui nous amène évidemment à parler du Kyrgyzstan, qu’il veut explorer à pied et à cheval.
Après son départ, la maisonnée s’éveille tranquillement et on partage le petit déjeuner en faisant le point sur nos projets respectifs. Et puis à 8h30 Inanç arrive, toujours aussi dynamique et empathique. Je le fais parler de cette structure et de son fonctionnement. Il m’avoue que, derrière la façade que tout le monde loue, les choses ne sont pas si simples. Le projet a été initié en 2017 dans le cadre de l’année du vélo décrétée par la ville. Mais malgré son succès, l’opération ne semble plus intéresser la municipalité qui refuse systématiquement tous les nouveaux projets que propose Inanç pour la faire évoluer, comme de faire se rencontrer les enfants et les voyageurs ou d’acquérir des tandems pour faire rouler des aveugles. Face à ces refus et à un management chaotique, je le sens prêt à baisser les bras. Ce serait vraiment dommage.
Avant de partir, il nous propose de tester la piste ce que nous faisons volontiers. On s’y amuse bien car elle comporte des bosses, des montées et des descentes qui nous régalent, surtout Anna et Bob sur leur tandem. Et puis, après avoir signé le livre d’or, on quitte Inanç avec beaucoup d’effusions pour aller visiter ensemble la jolie mosquée de la ville. Et on se sépare, chacun partant dans une direction différente, car, si on va tous à Istanbul, c’est par des voies différentes, les filles par le nord-est, le couple en car, et moi par le sud en passant par le rivage de la mer de Marmara. En effet, je n’ai pas vu la mer depuis Trieste, soit depuis près d’un mois.
Dès la sortie de Lüleburgaz, l’asphalte disparaît et je m’offre dix kilomètres de chemins qui me rappellent les pistes d’Asie centrale. Quand le bitume revient, la petite route qui zigzague dans la campagne est agréable. Je profite de la traversée du petit village d’Inanli pour faire une pause grignotage lors de laquelle je peux observer deux couples de cigognes, les premières que je vois depuis la sortie de la Bulgarie.
A mi-chemin, à Muratli, je fais le choix de quitter l’itinéraire de mon appli pour emprunter la route principale qui file directement vers Terkidag. À partir de là je retrouve le même profil qu’hier, avec une succession ininterrompue de montées et descentes, pas forcément très accentuées mais dont l’accumulation finit par user le bonhomme. Et ce d’autant plus que le vent de face se renforce au fil de la journée.
Je résiste malgré tout jusqu’au bout à la faim pour avoir le plaisir de déjeuner au soleil sur la jolie promenade de front de mer de Tekirdag. Pendant ce temps je réfléchis à la suggestion que m’a faite Inanç d’aller au festival du vélo qui a lieu ce week-end à Erdek. L’idée me séduit mais cela suppose de traverser la mer de Marmara en ferry, ce qui nécessite quatre heures de bateau. Et autant pour revenir, ce qui me décourage. Et puis je crains de trop m’éloigner de mon projet initial et de finir par prendre du retard. Donc je renonce et je flâne un peu sur la corniche. A la sortie de la ville, un vaste espace au bord de la mer est occupé par des dizaines de camping-cars et de caravanes qui sont là à demeure, comme en témoignent les clôtures qui délimitent des mini-propriétés privées. Tout au bout, je répète un coin où je pourrais m’installer, presque sur la plage. J’attends que le propriétaire sorte pour lui demander. La réponse est sans équivoque, c’est oui, plante ta tente sur mon terrain, mets ton vélo sous le auvent et tu peux rester deux nuits et tu veux une bière ? Ouf, je n’en demandais pas tant, mais je valide toutes les propositions.
Cuma (prononcer Djouma), est Kurde, il est acheteur de céréales qui arrivent par bateau d’Ukraine, de Russie et de Grèce. Ce petit terrain lui permet de se ressourcer avec son épouse et ses deux jeunes enfants. En sirotant notre bière face à la mer, on parvient à parler de choses et d’autres dans un anglais hésitant. Vers 19h, il rentre chez lui, me laissant seul sur son terrain, où je profite de ses petites installations pour dîner confortablement en regardant la mer. Le soleil se couche, la fraîcheur tombe instantanément et je vais me réfugier sous la toile, bercé par le bruit des vagues.








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