Jour 47, jeudi 14 mai
Edirne-Lüleburgaz, 83 Km.
La pluie est encore au rendez-vous quand je remets le harnachement de Colibri, qui a heureusement dormi à l’abri dans la cour de l’hôtel. Mais elle cesse le temps de prendre le petit déjeuner, ce qui ne m’empêche pas de mettre la capuche et les surchaussures imperméables car le ciel reste très menaçant.
Je ne peux pas m’empêcher de faire un dernier petit tour dans cette ville d’Edirne que j’ai vraiment appréciée. Puis je prends la route dans une direction qui n’est pas tout à fait celle que j’avais envisagée à l’origine. En effet, plusieurs cyclo-voyageurs que j’ai rencontrés m’ont vanté les mérites d’un lieu exceptionnel, une académie du vélo, située dans la ville de Lüleburgaz, qui n’est pas très éloignée de Haraybolu où je devais me rendre. J’ai envie de découvrir cet endroit qui, de plus, accueille gracieusement les voyageurs. En revanche, je ne suis pas l’itinéraire préconisé par OpenRunner, trop long, trop vallonné et sur des routes de mauvaise qualité. Ce sera donc tout schuss sur la grande route qui dispose selon mes informations d’une large bande d’arrêt d’urgence qui permet de circuler en sécurité.
C’est effectivement le cas et, mis à part le bruit permanent des véhicules qui me dépassent, c’est assez confortable. Mais pas de tout repos néanmoins car la route est très vallonnée et propose une succession ininterrompue de montées et de descentes. Au total, j’afficherai un dénivelé de plus de 1.000 mètres.
Il y a très peu de villages sur le parcours et les quelques villes sont contournées par la grande route. De ce fait, j’attends d’arriver à Babaeski pour faire ma pause déjeuner. Il est 13 h et j’ai déjà bouclé 55 des 80 kilomètres prévus aujourd’hui. Quelques achats et je m’installe sur un banc entre la mosquée et un arrêt de bus pour casser la croûte en observant les va et viens autour de moi.
A la fin de mon plantureux repas, le muezzin appelle à la prière, alors j’enfile mon cuissard long et je pénètre dans la mosquée Ali Pasha en même temps qu’une soixantaine de fidèles. La prière dure une vingtaine de minutes, avec les traditionnelles prosternations, parfois à genoux, parfois debout et elle est accompagnée par moments par les incantations d’un officiant que je trouve agréables à écouter. Je m’amuse à voir ceux qui arrivent en retard, posent leurs sacs de courses en vitesse à la porte et viennent vite rejoindre le groupe. Et puis il y a les pressés de partir qui n’attendent pas la fin de la cérémonie pour s’éclipser.
À la sortie, je suis abordé par un monsieur qui parle anglais et allemand car il a travaillé dix ans en Allemagne. On papote un peu et il me présente l’officiant chanteur à qui je dis que, bien que non musulman et ne comprenant pas les paroles, j’ai été très touché par ses chants. Sur quoi il me remercie, me salue chaleureusement et me souhaite bon voyage.
Je boucle tranquillement la trentaine de kilomètres restants en prenant soin d’avertir l’animateur de l’académie du vélo de mon horaire d’arrivée. À 15h30, j’arrive à Lüleburgaz, ville de 100.000 habitants, et je franchis la porte du lieu, où j’ai la surprise de retrouver mes compagnes de route d’avant-hier, Eva et Nikki. Mais elles ne sont pas seules, il y aussi un couple franco-italien, Anna et Bob, puis Coleen qui arrive un peu plus tard. C’est au sein de cette joyeuse bande des six que je passe la soirée, entre discussions, coups de main à l’académie, courses au supermarché et repas de spaghettis mijotés par Anna bien sûr.
Cette académie du vélo est une structure municipale qui a vocation à développer la pratique de la bicyclette. Elle dispose d’un vaste terrain aménagé avec différentes pistes sur lesquelles les apprentis cyclistes peuvent s’exercer librement ou en suivant les conseils de l’animateur, employé par la commune. Plusieurs dizaines de vélos de toutes tailles sont mis gratuitement à la disposition des usagers, souvent des enfants accompagnés de leurs parents, mais parfois aussi des adultes désireux de se mettre au vélo. C’est une initiative étonnante dans un pays qui n’a pas la réputation d’être particulièrement « cycle-friendly », mais née d’une volonté municipale forte. Un exemple qui mérite d’être connu et pourrait donner des idées à certaines collectivités pour peu qu’elles en aient la volonté.
En soirée, quand l’animateur a fini sa journée, les vélos sont stockés mais le site reste ouvert au public pour le plus grand plaisir de groupes de jeunes et de famille qui viennent se promener à pied, à bicyclette ou à trottinette.
Quant à l’accueil des voyageurs, il consiste en deux dortoirs de quatre personnes, avec douches et wc, ainsi qu’une grande cuisine tout équipée. Pas étonnant que chaque année 400 à 450 voyageurs à vélo y passent une ou plusieurs nuits. Je ne regrette vraiment pas ce petit crochet.








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