Un siècle capital.

Jour 46, mercredi 13 mai

Edirne, 20 Km.

Le petit déjeuner est sympa; il n’y a pas de café, mais du thé à volonté, des crudités, du fromage et de la confiture. Sitôt fini, je file à l’office du tourisme où je suis très bien accueilli et j’ai même droit à un livret sur Edirne en français. C’est assez inattendu.

Cette ville située à la confluence de trois rivières a été sous domination romaine puis byzantine, mais ce sont les Ottomans qui l’ont développée en en faisant leur capitale pendant presque un siècle, de 1365 à 1453, date de la prise de Constantinople, qui devint aussitôt la nouvelle capitale de l’empire. Cette période a permis un développement de la ville sur tous les plans, politique, économique et artistique. Trois mosquées datant de cette époque sont toujours là pour en témoigner. 

Mais le monument emblématique d’Edirne  est un peu plus jeune. C’est l’immense mosquée Selimiyé, du nom du sultan Selim qui l’a commandée, juchée sur la plus haute colline de la ville et de ce fait visible de partout. Financée par le butin amassé à Chypre, sa construction a occupé 400 contremaîtres et 14.000 ouvriers pendant six ans, de 1568 à 1574. Et son architecte, Sinan, a réussi l’exploit de construire une coupole dont le diamètre dépasse de deux mètres celle de sainte Sophie. Un record vieux de mille ans était ainsi battu. Les quatre minarets de 70 mètres sont aussi des chefs d’œuvre techniques puisqu’ils sont équipés chacun de trois escaliers indépendants qui ne se croisent jamais. A l’intérieur, marbre de Carrare, bois précieux et décors à la feuille d’or ne peuvent qu’éblouir le visiteur et le fidèle. Il manque juste les céramiques que les Russes ont emportées à Moscou lors de la guerre de 1877-78.

À côté, l’ancienne école coranique abrite un musée de l’artisanat. Et juste sous la mosquée s’étend un bazar, construit à la même époque pour assurer des revenus à la mosquée.

Je passe beaucoup de temps dans cette mosquée et dans les trois plus anciennes, avec une préférence pour celle dite des trois balcons qui est dotée de trois minarets différents, dont l’un est torsadé, ce qui m’impressionne et me fait penser aux clochers tors de certaines églises de l’Anjou.

Dans la plus ancienne, la mosquée Eski, une petite pierre noire est enchâssée dans le mur près du minbar. Elle est vénérée car elle provient d’un mur de la kaaba, le sanctuaire de La Mecque autour duquel tournent les pèlerins.

L’atmosphère à l’intérieur des mosquées n’a rien de commun avec celle des églises orthodoxes, empreintes de solennité et de ferveur religieuse. Ici, il a certes quelques fidèles qui prient ça et là, mais d’autres sont juste assis par terre, consultent leur portable ou ne font rien; et puis il y a des gamins qui courent et jouent sur les moquettes, sans que cela ne semble déranger personne; en dehors des heures de prières bien sûr, lesquelles sont dûment affichées à l’entrée, car elles changent chaque jour.

Je passe aussi pas mal de temps dans les différents bazars et dans les rues commerçantes où je me demande toujours comment chaque boutiquier peut gagner sa vie en proposant le mêmes articles que son voisin.

Enfin, je vais voir deux ponts anciens ainsi que la synagogue qui a aussi son histoire. À la fin du 19ème siècle, Edirne comptait treize petits lieux de culte pour les Juifs. Mais le 2 septembre 1905 un gigantesque incendie a ravagé la ville et elles ont toutes été détruites. Le sultan a proposé d’en reconstruire une seule grande et c’est un architecte français, France Depre qui a été chargé de la dessiner. Elle a été achevée en 1909 et entièrement rénovée en 2014.

Restait à éclaircir le mystère de la gare. C’est en fait un feuilleton en trois épisodes. La première gare était située à quatre kilomètres au sud d’Edirne, dans une ville nommée Karaagaç. Je suis allé la visiter, c’est un bâtiment imposant, qui a la particularité d’avoir été victime en 1912 du premier bombardement aérien en Europe. Rénovée en 1914 dans un style néoclassique turc, elle est restée un noeud ferroviaire important entre Istanbul,  Vienne, la Grèce et la Bulgarie jusqu’en 1971, date de la construction d’une nouvelle ligne qui dépassait par Edirne même. Après avoir abrité la faculté des beaux-arts, elle est aujourd’hui un musée scientifique. Il reste juste une belle locomotive à vapeur et deux voitures posées sur des rails pour rappeler une époque révolue. 

Mais sa remplaçante, la nouvelle gare construite près du centre-ville, est à son tour devenue vétuste et la construction d’une ligne à grande vitesse a décidé les autorités à la raser pour en construire une nouvelle. C’est le chantier que j’ai arpenté hier. Pendant les travaux, les passagers montent et descendent à un arrêt provisoire desservi par des bus. 

Au final, j’effectue une vingtaine de kilomètres à vélo sur la journée, dont une bonne partie sur des pavés.

En fin d’après-midi, je me pose un peu à l’hôtel pour mettre à jour mes parcours. D’abord ceux effectués ces derniers jours, différents de mes prévisions (trois étapes en deux jours), ensuite les prochains car je suis toujours en avance de deux jours, ce qui me permet de ralentir la cadence en réduisant les distances quotidiennes.

En soirée, je ressors dîner sous une pluie battante qui a bien vidé les rues. D’ailleurs je ne m’attarde pas non plus et je rentre vite me mettre au sec et au lit.

La mosquée de Selim, un chef d’œuvre.
L’immense coupole repose directement sur les piliers.
Le minbar est brillamment ouvragé.
Le minaret torsadé de la mosquée aux trois balcons.
La cour intérieure .
La plus ancienne mosquée, Serki.
Des calligraphies géantes ornent les murs.
Certaines ont des airs très contemporains.
Le bazar est de la même époque que les mosquées.
Le pont qui enjambe la Maritsa.
L’ancienne gare de Karaagaç.
La dernière loco semble entrer en gare.
La synagogue dessinée par un Français.
Bientôt une belle rue.
La pluie d’orage a inondé les rues.

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Une réflexion sur “Un siècle capital.

  1. tu as l’air de vraiment t’éclater tout au long de ce parcours, c’est génial. Et nous on se régale à te lire et voir les superbes photos.

    Attention à la météo, il y a eu de gros orages et coulées de boues dans le nord du pays, tu risques d’être un peu mouillé.

    Chantal

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