Le pays surprise.

Jour 45, mardi 12 mai

Biser-Edirne, 88 Km.

Les Italiens, le chien, les trains, rien de tout cela ne m’a empêché de passer une très bonne nuit dans ce joli petit camping. Andrea est la première en action; elle aime rouler de bonne heure pour profiter de la belle lumière du matin. Sa destination finale est l’Arménie. Nos encouragements l’accompagnent pour ses premiers tours de roue.

Comme moi, Nikki et Eva sont un peu moins matinales et comme elles vont aussi à Edirne, nous prévoyons de rouler ensemble aujourd’hui. Cette grande ville turque n’est pas très éloignée et l’itinéraire est assez facile, mis à part le franchissement de la frontière turque dont on ignore comment il va se passer. Mais le plus amusant, c’est que nous allons devoir passer deux frontières dans la journée. En effet, à cet endroit, le poste frontière entre la Bulgarie et la Turquie est placé sur une autoroute totalement interdite aux cyclistes, donc cela nous oblige à faire un petit crochet par la Grèce pour entrer en Turquie un peu plus au sud. Je n’avais pas connaissance de ce phénomène, c’est le patron du camping, un Anglais installé ici, qui me l’a révélé. Un pays de plus à cocher sur ma liste.

On démarre vers 9h30 et là, surprise, je suis cueilli à froid par les deux filles qui attaquent fort d’entrée en mettant le grand plateau pour filer entre 25 et 27 Km/h sur le plat. Moi qui ai l’habitude de démarrer doucement, je dois m’employer pour les suivre. La grande Eva emmène d’immenses braquets et Nikki la crevette mène le groupe avec une incroyable énergie. Au bout d’une douzaine de kilomètres, j’explose littéralement dans la première côte et elles doivent m’attendre au sommet. Ce sera le cas dans toutes les montées, alors que sur le plat je finis par trouver le bon rythme, une fois digérés les croissants au chocolat de Lidl.

La frontière bulgaro-grèque est franchie sans même marquer un arrêt, mais pas sans changement. En effet, dès l’entrée dans ce pays, trois choses me frappent; d’abord une relative propreté comparé à la Serbie et la Bulgarie, ensuite la couleur des maisons, en meilleur état et souvent peintes en blanc, enfin la disparition totale des cigognes. On s’amuse en en voyant une survoler le poste frontière, mais ce sera la dernière. Je pense tout simplement que les Grecs n’installent pas de supports sur les poteaux pour faciliter leur nidification. C’est dommage, cela nous prive d’un beau spectacle.

Vers midi, on a bouclé presque 50 Km quand on s’arrête dans un village pour déjeuner. Une épicerie, une table et des bancs à l’ombre, tout est réuni pour passer un bon moment. Surtout qu’on le prolonge en allant boire un café dans un petit bistrot qui ne voit sans doute pas souvent des touristes.

Même pas le temps de digérer et il faut affronter la deuxième difficulté du jour, en pleine digestion avec un soleil de plomb en prime. Une fois encore, j’arrive bon dernier au sommet. Après cela, c’est un bonheur de jolies petites routes qui nous attend, sur lesquelles les seules véhicules que nous croisons sont des Jeeps de l’armée qui surveillent la frontière avec la Turquie. 

Le franchissement se passe bien. La sortie de Grèce est une formalité, le douanier s’étonne et nous félicite. Quant à l’entrée en Turquie, après un passage sur une route grillagée des deux côtés, le contrôle des passeports et le coup de tampon sont rapides. Le douanier regarde attentivement mes tampons et me demande ce que j’ai pensé du Cambodge car il aimerait y aller. Les bagages sont succinctement contrôlés, à savoir que chacun de nous doit ouvrir une sacoche désignée par un douanier. Aucune drogue n’ayant été détectée nous échappons au cauchemar de Midnight Express et nous sommes autorisés à poursuivre notre chemin.

Nous sommes tous les trois assez excités car cela signe l’entrée dans le pays de notre destination finale. Faute de pouvoir faire des photos sur le poste frontière, on en prend devant le panneau qui indique les vitesses maximales autorisées. Encore quelques kilomètres et nous entrons dans Edirne. Notre petit groupe se sépare car les filles ont un hébergement à l’extérieur de la ville. Ce fut une belle rencontre car on est en phase sur beaucoup de choses et on a passé une super journée.

Je réserve en ligne une chambre dans un hôtel que j’ai bien du mal à trouver car il est mal situé sur Google Maps, mais des riverains me l’indiquent. Les rues sont défoncées, il y a de la poussière partout et le quartier, pourtant proche du centre, est délabré. En revanche, l’hôtel est très propre, l’accueil impeccable et j’ai une chambre individuelle avec douche, toilette, wifi et télévision. Cela me permet de voir le discours de Recep Erdogan au congrès de son parti, l’AKP. Difficile de le manquer, puisqu’il est diffusé sur une quinzaine de chaînes simultanément !

Après un temps de repos, je repars sur Colibri déchargé de ses sacoches pour aller explorer le centre-ville et prendre quelques repères pour demain, notamment l’office du tourisme. Les principaux monuments sont évidemment des mosquées, dont l’une me fait forte impression par ses dimensions, c’est la mosquée Selim, que je me promets de visiter demain, après avoir enfilé un pantalon.

Pour ne pas perdre mes bonnes habitudes, je veux voir la gare, qui est étonnamment loin du centre-ville. Les quais sont tout neufs, la passerelle, les panneaux lumineux et les escalators pas encore en service, il n’y a pas de guichets, pas de hall, le bâtiment est en chantier et loin d’être terminé. C’est une gare fantôme, il n’y a personne sur les quais où je circule pendant dix minutes sans voir âme qui vive. J’imagine qu’une autre gare est en fonction ailleurs et que celle là est en préparation. À vérifier.

De retour en centre-ville, je dîne d’un « dürüm de », genre de kebab roulé dans une pita, accompagné d’une bière, servie enveloppée dans du papier pour la dissimuler.

À la tombée de la nuit, alors que le vent se lève et que l’orage menace, je refais un tour du côté des mosquées qui s’illuminent joliment à l’heure de la prière du soir. Demain, visite de cette ville qui fut la capitale de l’empire ottoman avant la prise de Constantinople.

Le drapeau grec flotte sur beaucoup de maisons.
Un déjeuner confortable.
Le petit bistrot où on a bu notre café.
Dernière frontière; Eva est enthousiaste.
Erdogan est sur toutes les chaînes.
Belle gare toute neuve…
… mais chantier en cours.
Ma bière se fait discrète.
L’incroyable mosquée Selim.
Les minarets dominent la ville.

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2 réflexions sur “Le pays surprise.

  1. Cette mosquée est magnifique et les deux filles ont l’air sympa.

    Et pas de midnight express en vue, ouf!

    Belle journée !

    bisous

    Anne Laure

    J’aime

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