Retrouvailles.

Jour 44, lundi 11 mai

Parvomay-Harmanli-Biser, 92 Km.

J’ai eu de la visite cette nuit; vers 23h, deux policiers sont passés me contrôler. Après avoir vérifié mon passeport, ils m’ont mis en garde contre les gitans qui habitent le quartier. « Cachez bien vos papiers et votre argent » m’ont-ils dit en promettant de repasser dans une heure. A part cela, quelques crampes m’ont réveillé plusieurs fois; bref, pas la nuit idéale.

Mais au matin, tout va bien, le soleil brille et les gradins du petit stade m’offrent un certain confort pour petit-déjeuner. Avant de quitter le stade, je ramasse les déchets, dont quelques dizaines de mégots, qui traînent dans le coin que j’ai utilisé. Une fois de plus, les lieux seront plus propres après mon départ qu’à mon arrivée.

L’étape du jour est courte, 75Km, mais escarpée dans sa deuxième moitié. Ma première préoccupation est de trouver de l’eau car mes bidons sont vides et la météo annonce de la chaleur. Partir sans eau serait une boucherie (blague réservée aux fans de Tintin). J’en trouve rapidement sur le bord de la route, à l’entrée d’une jardinerie. Comme prévu, la première moitié du parcours est facile, si ce n’est la mauvaise qualité du revêtement des petites routes que j’emprunte, qui ira jusqu’à un état de piste qui me rappelle le Tadjikistan. Pour accentuer cette comparaison, les villages traversés sont laids et dégagent une impression de pauvreté qui ne m’avait pas frappé dans les autres régions de Bulgarie. 

Mais j’ai la satisfaction de rouler sans aucun trafic et dans un calme qui me permet d’écouter le chant des oiseaux. Et puis il y a les cigognes qui sont très nombreuses par ici. Dans un village, j’ai compté jusqu’à quinze nids occupés. Ces beaux oiseaux me fascinent par leur migration, la construction de leur nid et par leur vol tellement majestueux.

Comme l’itinéraire suit de très près la ligne de chemin de fer, je m’arrête trois fois pour jeter un coup d’œil aux gares. Mais aucune ne dégage d’atmosphère particulière. En revanche, celle de Dimitrovgrad a un peu de cachet et connaît une certaine animation. Mais elle n’a pas vu passer le Simplon Orient Express pour la bonne raison que la ville, et donc la gare, n’a été construite qu’en 1947, sur décision des Soviétiques qui voulaient en faire un gros centre industriel, ce qu’elle est toujours. Juste devant la gare, je mange une salade-saucisse dans un minuscule restaurant dont je suis le seul client.

Le repas va me peser dans les jambes pour la deuxième partie de l’étape qui comporte deux côtes dont la difficulté est accentuée par la chaleur. Arrivé à Harmanli, je découvre qu’il existe un camping 14 Km plus loin. Comme je n’ai pas très envie de tirer encore les sonnettes, je choisis de prolonger l’étape pour dormir dans un endroit où je pourrai me doucher. Apres des emplettes au Lidl de Harmanli, je m’offre donc ce petit supplément au programme, seulement contrarié par le petit vent de face que j’ai eu presque toute la journée.

Mon arrivée dans le camping est salué par des exclamations de joie qui m’interpellent. Ce sont Nikki et Eva, les deux jeunes Néerlandaises rencontrées à Pirot, toutes contentes de me revoir. Elles sont en compagnie d’Andrea, une Allemande. La soirée est plutôt joyeuse, surtout quand une dizaine de camping-caristes italiens débarquent et nous offrent la colomba, leur gâteau fétiche.

Ma seule crainte pour la nuit, c’est le passage de trains. En effet, le camping est au pied de la ligne de chemin de fer et le grondement des énormes trains de marchandises est impressionnant. Mais après tout, c’est moi qui ai choisi de suivre  cette voie.

Avant de quitter la Bulgarie, j’aimerais vous raconter une anecdote qui lie ce pays à l’Orient Express. Le roi Ferdinand de Saxe Cobourg, petit fils de Louis-Philippe, a été mis sur le trône de ce nouvel état en 1878. Il adorait les trains en général et l’Orient Express en particulier. Dès que le train pénétrait sur son territoire, il le considérait comme sien. Aussi l’attendait-il à la frontière, il montait à bord, revêtait une combinaison de chauffe et prenait les commandes de ce qui était pour lui un jouet. Ma sa conduite aussi brusque que rapide bousculait les passagers et terrorisait les conducteurs, au point que des plaintes remontaient régulièrement jusqu’à Georges Nagelmackers, le fondateur et patron de la société des Wagons-Lits. Mais rien n’y faisait, chaque semaine le roi s’offrait sa petite récréation de la frontière serbe à celle de la Turquie.

Demain, je serai précisément à cette frontière pour entamer la toute dernière partie de mon voyage. J’ai peine à y croire.

Par moment, la route est une piste.
Ces deux vaches prennent un bain.
Les cigognes sont très nombreuses ici.
Dimitrovgrad est restée un centre industriel.
On croise encore quelques carrioles à cheval.
Eva, Nikki et Andrea roulent vers Istanbul.
Les Italiens partagent la Colomba.

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