Un nouveau défi.

Jour 42, samedi 9 mai

Sofia-Samokov-Lozen, 161 Km.

Le ciel est gris et bas, mais ni pluie ni vent pour le moment. Dès 7h je refais les sacoches de Colibri, dont le contenu a été un peu mélangé durant ce long arrêt à Sofia. Alors que je m’active dans le couloir d’entrée, j’ai la surprise de voir le patron de l’hostel qui fume sa cigarette sur le trottoir. Bizarre car il est plutôt du soir et je ne l’avais pas encore vu de si bon matin. Mais quand il rentre, je vois tout de suite qu’il a un problème ; il tient la rampe à deux mains et doit s’arrêter à chaque marche. Je lui demande s’il a besoin d’aide, il parvient juste à articuler péniblement « last night… », mais je n’en saurai pas plus car il reprend sa lente ascension sans un mot de plus, lui qui est si volubile normalement. Ça s’appelle en prendre une bonne.

Autre rencontre dans le couloir, une jeune Néerlandaise qui est la propriétaire de l’autre vélo de voyage. Elle est sur les routes pour trois mois, rentre de Grèce, remonte par les Balkans pour aller à Berlin; peut-être…

Dès l’ouverture de la cuisine à 8h, je suis aux taquets pour prendre le petit-déjeuner. Je retrouve ma copine bretonne qui passe son temps à voyager au gré de ses rencontres, tantôt sur les chemins de St Jacques, tantôt en Amérique du Sud, et cette fois vers Thessalonique en Grèce.

A 9h pétante je remonte en selle, un peu inquiet des conséquences de ce long arrêt sur ma condition physique. Mais je suis vite rassuré, la forme est là, la petite douleur ressentie derrière la cuisse droite avant-hier à disparu et je sais encore faire du vélo.

La sortie de Sofia est beaucoup plus agréable que son entrée, l’itinéraire évite les grands axes et j’ai même droit à quelques kilomètres de piste cyclable très correcte. Mais il me faut quand même faire une bonne quinzaine de kilomètres pour sortir de cette capitale qui ne cesse de grossir en raison de l’exode rural qui frappe la Bulgarie. Elle concentre aujourd’hui près d’un quart de la population du pays.

La route est agréable, elle monte et descend gentiment et traverse de beaux massifs forestiers, dont la densité m’étonne. Mais il semble que la forêt couvre un tiers de la surface du pays. On y trouve d’ailleurs quelques centaines d’ours mais ils sont très difficiles à observer.

Mes deux jours et demi de repos à Sofia m’ont vraiment été profitables et j’avance à une telle vitesse que j’ai bouclé les 65 Km prévus à 13h. C’est bien la première fois que je fais ma pause du midi au point d’arrivée de l’étape.

Pendant le casse-croûte dans un parc public de Samokov, je réfléchis à la suite de la journée car je n’ai pas l’intention d’en rester là. Et c’est en consultant le site du Giro qu’il me vient une idée. L’étape de demain part de Plovdiv pour rallier Sofia, or je dois passer à Plovdiv, mais seulement après-demain ; c’est trop bête, à un jour près… Plovdiv est à 130 Km, si j’avance bien cet après-midi, je peux me rapprocher suffisamment pour y arriver demain en fin de matinée pour assister à l’échauffement des coureurs et à la présentation des équipes. Voilà un défi motivant pour les deux prochains jours.

Et me voilà parti pour une deuxième demi-étape. A la sortie de Samokov, une belle montée est suivie d’une magnifique descente dont je ne profite pas complètement à cause d’un petit camion trop chargé qui descend au ralenti. Mais quand il tourne à droite, je peux enfin filer à belle allure. Dix kilomètres plus loin, je suis étonné de longer un lac que je n’avais pas repéré sur la carte et qui ressemble beaucoup au lac Iskar que j’ai longé ce matin. Et pour cause, c’est bien lui et je ne suis plus sur mon itinéraire. En fait, j’aurais dû tourner à droite comme le petit camion. Cette fois encore, je choisis de ne pas rebrousser chemin et j’opte pour une boucle qui me permettra de récupérer mon itinéraire, mais au prix d’une bonne vingtaine de kilomètres en rab.

Après m’être copieusement traité de c… qui n’apprend rien de ses erreurs, je décide de maintenir mon objectif, quitte à pédaler jusqu’à la nuit tombée. J’ai calculé que je dois faire au moins 150 Km en tout pour être à portée de  Plovdiv demain matin.

Dans cette décision un peu folle je suis aidé par un vent dans le dos qui va bien me faciliter la tâche en me permettant de rouler souvent à plus de 30 Km/h. qui plus est sur une route en faux-plat descendant. J’avale donc les bornes à grande vitesse et en m’arrêtant le moins possible, sauf une fois pour prendre de l’eau à la fontaine d’un village. Elle est curieuse cette fontaine car l’eau jaillit d’une dizaine de jets disposés en rond. Me voyant avec mes bidons, un vieil homme m’explique quelque chose que je ne comprends évidemment pas. Alors il me prend la main et la passe sous un jet puis sous un autre. Surprise ! L’un est glacé, l’autre est brûlant. La fontaine dispense eau chaude et eau froide. Manque juste un mitigeur pour fournir de l’eau tiède.

Après 160 Km, j’arrive dans le village de Lozen avec l’intention d’y dormir. Oui mais voilà, les habitants ne sont pas des plus accueillants. Tour à tour des jeunes, des anciens, l’épicière, un monsieur, une dame et enfin des adolescents vont soit m’envoyer vers le parc public, soit me dire carrément non. Un monsieur m’explique que «  vous comprenez, ici, ce n’est pas dans notre mentalité. Si vous êtes invité, on vous reçoit bien, mais comme ça… ». Je me résigne à m’installer dans le parc près de l’église où je cherche le meilleur emplacement quand je vois de l’autre côté de la route une autre épicerie avec un grand terrain derrière. Je rentre dans la boutique et demande à la dame à la caisse qui accepte tout de suite. « No problem ». Je plante donc ma tente et je fais quelques emplettes dans da boutique pour la remercier, dont une bière que je sirote sur la terrasse en regardant les policiers qui posent de la rubalise en vue du passage du Giro demain après-midi. Ils me confirment que la route sera fermée à 10h; il va falloir se lever tôt et ne pas traîner. A priori, le vent sera toujours favorable, ça devrait le faire.

J’adore leur petit tramway.
Je fais le plein d’eau chaude.
Un fan fan fan de Brigitte Bardot ?
Le lac Iskar, vu deux fois aujourd’hui.
De jolies routes boisées.
Grand nettoyage des bords de routes pour le passage des coureurs et de la télé.
A Samokov, Eglise où mosquée ?
Oh, c’est tout ?
Ici le produit d’appel est le P.Q.
Plovdiv, deuxième ville du pays, sera bientôt desservie par une autoroute.

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