Fresques à gogo

Jour 41, vendredi 8 mai

Sofia-Boyana-Rila. 0Km.

Petit tour en car aujourd’hui pour aller visiter deux sites orthodoxes majeurs à l’extérieur de Sofia. Le rendez-vous est à 9h, près du monument Vasil Levski. Toilette, petit déjeuner rapide et petit kilomètre à pied pour trouver le car de l’agence qui va embarquer une trentaine de touristes de tous les continents.

Première étape, l’église de Boyana, classée par l’UNESCO des 1979. Cette minuscule chapelle construite au 11ème siècle et agrandie au 13ème ne peut pas accueillir plus de 10 visiteurs en même temps. Il faut donc être patient pour y pénétrer, mais la récompense est à la hauteur de l’attente. L’édifice est entièrement recouvert de fresques datées précisément de 1259, réalisées par trois artistes inconnus, sans doute un maître et ses deux élèves. 

Leur parfait état de conservation est dû à leur protection par la suie des bougies utilisées pour honorer saint Nicolas, à qui elles sont dédiées. Les restaurateurs n’ont eu qu’à enlever la couche noire pour retrouver les couleurs éclatantes de ces œuvres de plus de 800 ans qui n’ont jamais été restaurées, seulement protégées.

Ce qui en fait la valeur est l’audace des artistes qui ont osé s’émanciper des règles canoniques de la peinture religieuse en vigueur depuis le 8ème siècle. Ainsi ont-ils pris la liberté de représenter au milieu des saints, des personnages vivants, parmi lesquels les donateurs et le couple royal bulgare. Autre infraction au dogme, les visages sont identifiés et traduisent des émotions, telle la douleur chez les personnages de la scène de crucifixion. Tout cela annonce la Renaissance européenne qui éclatera 44 ans plus tard à Padoue, dans la chapelle des Scrovegni décorée par Giotto. On ressent une véritable émotion à la vue de ces représentations très réalistes et expressives qui ont traversé les siècles. 

Je mets à profit les deux heures de car qui suivent pour compléter ma nuit et mettre à jour mes notes.

Le monastère de Rila est niché dans un écrin de verdure, à 1.100 mètres d’altitude, au pied du mont Moussala, le plus haut de Bulgarie (2.925m). Il a été fondé au 14ème siècle mais son histoire remonte beaucoup plus loin, au 10ème siècle, quand un moine nommé Ioan Rilski a décidé de vivre en ermite dans une grotte. Bientôt rejoint par d’autre moines, il a fondé une communauté qui a perduré jusqu’au 14ème siècle. Menacés par l’avancée des Ottomans, les religieux décidèrent de s’installer un peu plus bas sur un terrain plat où ils construisirent d’abord une tour défensive puis des bâtiments conventuels. Incendies et attaques ont eu raison des constructions d’origine, mais la vie monastique ne s’est jamais interrompue dans la communauté qui a compté jusqu’à 350 moines, et qui est devenue un véritable centre spirituel et culturel. Aujourd’hui, ils ne sont plus que six à vivre dans des bâtiments construits entre 1835 et 1860, mais ils emploient une cinquantaine de personnes grâce aux ressources de l’immense territoire qu’ils possèdent autour du monastère. Ils disposent aussi d’une hostellerie de soixante chambres très prisées.

Le style des bâtiments témoigne d’une forme de renaissance culturelle et d’une prise de conscience d’une identité bulgare  qui allait amener la population à se soulever contre les Ottomans et les chasser en 1878 avec l’aide des Russes et de son « tsar liberator », Alexandre II.

Dans l’église du monastère, surchargée de dorures et d’icônes, repose le corps de Boris III, le dernier roi de Hongrie, empoisonné en 1943, probablement sur ordre d’Hitler qui ne goûtait guère sa collaboration molle.

Après cette visite, je choisis avec une partie du groupe de grimper jusqu’à la grotte où Ioan Rilski a vécu une dizaine d’années. L’accès est un peu difficile et la sortie de la grotte encore plus, puisqu’il faut se glisser dans un boyau rocheux étroit qui a, paraît-il le pouvoir de vous régénérer le corps et l’esprit; une sorte de re-naissance que vous confirmez en buvant une gorgée d’eau bénite à la source toute proche. Me voilà donc remis à neuf pour la suite de mon périple.

De retour à Sofia, je flâne un peu en ville, je m’offre un tour de métro juste pour voir à quoi ça ressemble, puis je dîne sur le boulevard  Vitosha pour profiter de ces derniers moments dans la capitale bulgare. Pour digérer ma kavarma, je retourne voir quelques monuments, maintenant que j’ai mes repères dans la ville. Je prête une attention particulière au pavage jaune qui recouvre les rues du centre historique. C’est tellement typique que ces pavés sont classés monuments historiques !

Le village publicitaire du tour d’Italie commence à s’animer doucement, mais le crachin ne donne pas très envie de traîner. Je suis amusé par le choc des cultures entre la cathédrale Nevski et les bruyants appels à la consommation des partenaires commerciaux du Giro.

Au Blablahostel un deuxième vélo a rejoint Colibri; j’aurais bien essayé de repérer son propriétaire, mais les parties communes sont particulièrement animées et bruyantes ce vendredi soir, aussi je préfère me retirer dans mon petit dortoir et commencer à préparer mes affaires pour demain matin. La météo qui annonce de la pluie ces prochains jours ne me donne pas très envie de reprendre la route, mais il faut bien aller au bout; la Turquie m’attend !

La minuscule chapelle de Boyana.
Des fresques du 13ème siècle intactes.
Photos UNESCO
Le monastère de Rila reconstruit au 19ème siècle.
Seulement six moines y vivent à demeure.
Les murs du cloître sont couverts de fresques.
Vade retro satanas !
L’intérieur de l’église est bien chargé.
La sortie de la grotte de l’ermite.
Petit tour dans le métro.
Dans les jardins du théâtre, une partie d’échecs tendue.
Devant la galerie des arts, les fameux pavés jaunes.
Le choc des cultures.

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