D’empire en empire.

Jour 40, jeudi 7 mai

Sofia, 0 Km

Journée de visites à pied dans une vile de Sofia dont j’ignore tout. Le matin, je me promène tout seul, le nez au vent, avec quand même un passage à l’office du tourisme pour récupérer un peu de documentation et réserver une visite guidée cet après-midi. Je prends ainsi quelques repères et je visite les lieux les plus emblématiques, sachant que dans le cadre d’une visite guidée on n’a pas toujours le temps de s’attarder, ce qui se vérifiera.

Le moins qu’on puisse dire est que l’architecture est hétéroclite, mais les différentes époques sont facilement identifiables dans cette ville dont la devise est « Elle grandit mais ne vieillit pas ». Ces époques correspondent aux périodes d’occupation des grands empires qui ont dominé successivement la ville : Rome, Byzance, l’empire ottoman, la Russie auxquels on pourrait ajouter l’empire soviétique. Le tout entrecoupé de périodes d’indépendance arrachées de haute lutte, la dernière en 1990 après l’effondrement du bloc communiste.

Les traces laissées par les Romains auraient pu disparaître à jamais sans les fouilles archéologiques effectuées à l’occasion de grands travaux. D’abord ceux de la construction d’un hôtel sous lequel on a trouvé un amphithéâtre de 25.000 places où avaient lieu des combats de gladiateurs. Les parties découvertes ont été conservées et utilisées par l’établissement comme bar et salle de restaurant. Plus spectaculaire encore, la ville de Serdica retrouvée en 2010 lors de la construction d’une station de métro. Pas moins de huit rues, des thermes, une basilique et plusieurs maisons datées du 4ème au 6ème siècles ont été mises à jour. Et tout est encore visible aujourd’hui car l’ensemble a été préservé et mis en valeur dans d’immenses souterrains sous le centre-ville. Par moment on se croirait à Pompéi. Ce travail titanesque a été largement financé par l’Union européenne. Dernier vestige romain, la rotonde saint Georges, construite au 4ème siècle par l’empereur Constantin, celui-là même qui a décrété l’égalité de toutes les religions; natif de Nis, il a vécu à Cerdica/Sofia.

L’implantation des Romains sur le site n’est pas liée qu’à des raisons stratégiques comme à Belgrade. Ils ont trouvé ici un trésor pour de grands amateurs de bains, de l’eau chaude. Et elle coule toujours, à 46 degrés, en plein centre-ville, alimentant une trentaine de fontaines où les Sofiotes viennent se servir abondamment car, outre sa pureté, elle serait bonne pour les systèmes digestif et nerveux.

La période byzantine, entre les 6ème et 8ème, puis au 11ème siècles a laissé quelques rares églises que les Ottomans, arrivés en 1385 après une longue période d’empire indépendant, ont détruit ou transformé en mosquées. Reste quand même l’une des emblèmes de la ville, la basilique sainte Sophie, qui a donné son nom à la ville.

La domination ottomane a durée près de cinq siècles, durant lesquels la cité a pris de l’importance en tant que capitale de l’ancienne Thrace, tout le sud des Balkans actuels. De cette époque subsiste une seule mosquée, Banya Bashi (plusieurs bains) construite à proximité des sources d’eau chaude pour alimenter les fameux « bains turcs ».

Arrive l’année 1878, que les Bulgares célèbrent encore aujourd’hui comme celle de la libération. Après une guerre de deux ans, les Russes chassent les Ottomans et intègrent la région dans leur empire. C’est pour célébrer cette victoire et rendre hommage aux soldats russes, ukrainiens, bulgares, moldaves, roumains et finlandais tombés au combat qu’à été construite la cathédrale patriarcale saint Alexander Nevsky, le saint protecteur du tsar Alexandre II, le tsar libérateur.

En 1908, le royaume de Bulgarie retrouve son indépendance jusqu’en 1945, après que le royaume se soit allié avec le régime nazi. Mais, fait extraordinaire, le roi a refusé de mobiliser des troupes pour épauler les forces de l’Axe et de déporter sa population juive, dont l’émigration en Israël a été planifiée et organisée au grand courroux de Hitler et consort. Cette émigration a été si massive que l’immense synagogue n’accueille pas plus de cinquante fidèles lors des offices.

Bombardée par les Alliés, la ville a été fortement endommagée, puis conquise par les troupes soviétiques, ce qui l’a entraînée derrière le rideau de fer jusqu’en 1990. La reconstruction a donné naissance à tous les grands bâtiments officiels encore utilisés aujourd’hui, le Parlement, le palais présidentiel et les ministères.

Il est enfin question de gastronomie, dont la nature balkanique prend ici des accents méditerranéens en raison de la proximité avec la Grèce. Le plat le plus typique est le kavarma, un ragoût de porc accompagné de poireaux, poivrons grillés et d’œufs, cuit dans un pot d’argile. Pour l’été, on nous conseille le tarator, une soupe froide à base de yaourt, avec de l’huile d’olive et de l’ail, beaucoup d’ail car les Bulgares en raffolent. Mais pas autant que de l’incontournable yaourt qui se glisse partout dans la cuisine bulgare. Connu depuis la nuit des temps, le yaourt n’a pas été inventé en Bulgarie, mais c’est un étudiant bulgare, Stamen Grigorov, qui a identifié  en 1904 la bactérie qui transforme le lait en yaourt.

Je ressors de ces deux sessions de visites avec plein d’images et plein d’histoires dans la tête et surtout avec une idée plus précise de l’histoire de Sofia. Pour le plaisir, je retourne aux fontaines d’eau chaude pour regarder le ballet des gens qui viennent se servir, visiblement une tradition bien ancrée.

Hasard du calendrier et clin d’œil au cycliste, Sofia est en pleine préparation du passage du tour… d’Italie. En effet, le Giro part demain de Nessebor, sur la mer Noire et passera ici dimanche. Je vais peut-être croiser le peloton sur ma route.

La ville romaine de Serdica est encore bien visible.
Les incroyables fresques de la rotonde St Georges.
Les fidèles de l’église russe déposent leurs vœux sur les reliques de saint Seraphim.
La mosquée Banya Bashi.
L’imposante cathédrale Alexander Nevski.
Dans les églises orthodoxes, le ménage est fait en permanence.
Les thermes ont fermé, le bâtiment abrite aujourd’hui un musée.
Sur la façade du théâtre national (1907).
Sainte Sophie tient une couronne et une chouette, symbole de sagesse.
Manifestation devant le Parlement.
L’art contemporain est aussi sur les murs.
On s’active pour prendre de l’eau.

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Une réflexion sur “D’empire en empire.

  1. merci pour toutes ces magnifiques photos et toutes ces explications, Ste Sophie toute en noire est très mystérieuse

    bises

    Sylvie

    J’aime

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