Jour 26, jeudi 23 avril
Kranj-Ljubljana, 44 Km.
Le soleil donne directement sur la tente quand j’ouvre un œil, et il brille encore quand j’ouvre le deuxième. Que c’est bon de sentir sa caresse quand je m’extirpe de la toile ! Après le rangement et le petit déjeuner, je remonte le chemin vers la maison des propriétaires avec l’intention de les remercier, mais je ne vois personne. Un plein d’eau et je quitte ce hameau plutôt accueillant pour plonger vers la ville de Kranj toute proche.
A partir de là, je n’ai plus d’itinéraire puisque ce tronçon n’était pas prévu; je demande donc à Open Runner de créer un parcours Kranj-Ljubljana, mais l’appli n’arrive pas à se connecter à internet et ne peut donc pas créer d’itinéraire. Après plusieurs essais infructueux, je prends le taureau par les cornes et décide d’emprunter tout simplement la route principale. Elle ne me semble pas hyper fréquentée et les camions y sont interdits, tenus de prendre l’autoroute qui est parallèle.
Tout se passe bien sur environ cinq kilomètres, jusqu’à ce qu’un panneau « interdit aux vélos » apparaisse. Damned ! Et pas une petite route par laquelle je pourrais m’échapper. Pas question de faire demi-tour, j’appuie donc sur les pédales et je prie, un pour ne pas voir apparaître une voiture de police, deux pour tomber rapidement sur une intersection qui me sortirait de ce piège. Il faudra huit kilomètres pour que mon second vœu se réalise enfin, huit bornes effectuées à plus de 25 de moyenne sur un billard parfait. A partir de là, mon appli retrouve le réseau et me dégotte une enfilade de petites routes qui m’amènent sans encombre à la capitale du pays. Ouf ! L’approche vers le centre-ville se fait sur des pistes cyclables certes nombreuses et pratiques, mais qui nécessiteraient une remise à neuf; on voit qu’elles ne datent pas de la dernière mandature.
Avec ses quelque 300.000 habitants, Ljubljana est une petite capitale à taille humaine. Son université compte plus de 60.000 étudiants et cela a un impact sur l’ambiance joyeuse et insouciante du centre-ville, sur les nombreuses places, les quais de la rivière Ljubljanica et les parcs, dont celui de Tivoli qui occupe plus de 500 hectares. Dans le centre, piétons et vélos sont rois, les automobilistes sont exclus et dans les zones de rencontre ils sont priés de céder la priorité, ce qu’ils font de bonne grâce. Bref, c’est une ville apaisée dans laquelle je circule, à vélo d’abord pour une première exploration, puis à pied après avoir posé mes sacoches dans un hostel remarquablement situé sur un quai de la rivière.
La proximité de tous les sites principaux me permet d’en voir l’ensemble sur l’après-midi. Le plus excentré est le château, évidemment perché sur la plus haute colline, que j’ai tort de vouloir grimper à vélo. Cela se termine par une poussée poussive jusqu’au pied des remparts. Une fois installé et Colibri rangé dans un local sécurisé, je visite la cathédrale saint Nicolas, reconstruite au début du 18ème siècle dans un style baroque aussi chargé que doré. Mais les stars de cette ville qui vit le long de sa rivière, ce sont les ponts. Il y a d’abord ceux que les architectes ont conçus comme des places et qui sont de ce fait aussi larges que longs. Et puis il y a le pont aux dragons, du nom des quatre sculptures en bronze qui ornent ses angles, le dragon étant le symbole de Ljubljana. Enfin il y a le drôle de pont triple, né de l’imagination d’un architecte à qui la ville avait confié en 1932 la mission d’élargir l’ancien pont devenu trop étroit pour supporter le trafic. Plutôt que de répondre basiquement à la commande, l’artiste a proposé de construire deux nouveaux ponts, un de chaque côté de l’ancien et d’harmoniser les décors. Ce qui fut fait et qui reste aujourd’hui une curiosité.
D’un site à l’autre, je flâne sur les quais où toutes les terrasses sont bondées en cette belle journée de printemps.
De retour sur la place où j’ai pique-niqué en arrivant, je me retrouve au milieu d’une foule bigarrée et joyeuse. On y célèbre le mois du cannabis pour réclamer la légalisation dudit produit. Des dizaines de stands sont tenus par des jeunes, certains proposent simplement des jeux, mais la plupart exposent leur militantisme en faveur de la marijuana ou expliquent comment la cultiver. Sur la scène, des groupes musicaux se succèdent à grands renforts de décibels devant des centaines de jeunes installés sommairement sur les pelouses sous un nuage qui ne sent pas que la cigarette blonde, on s’en doute.
Après avoir dîné à l’hostel, je ressors pour humer la même ambiance, mais by night. Devant la scène, les canettes de bières s’amoncellent et le nuage s’épaissit. Je quitte les lieux avant de risquer d’être moi même contrôlé positif par inhalation et je refais un tour des quais, au calme, juste pour le plaisir.











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