Jour 25, mercredi 22 avril
Bohinj-Kranj, 68 Km.
Quelle bonne nuit ! Couché à 22h, je me réveille à presque 8h, un peu vexé d’avoir manqué les premiers feux du soleil levant sur le lac. Mais le spectacle qui m’est offert est grandiose car des petits nuages bas allongés forment une guirlande autour des monts qui encadrent le lac. Je reste un bon moment sur la plage pour admirer ce décor qui évolue sans cesse. Un peu plus tard, un petit avion jaune viendra apporter une note technique à ce paysage, en effectuant quelques rase-mottes pour remplir ses réservoirs d’eau et revenir ensuite les vider. Sans doute un entraînement de lutte contre les incendies.
Malgré les fortes pluies du début de la nuit, la tente n’est pas trop mouillée et je peux la replier sans difficulté. Vers 10 h. je quitte le camping qui porte le nom de Zlatorog, un personnage de la mythologie slovène qui a la fâcheuse manie de pousser les gens dans les précipices. Mais il peut aussi se montrer généreux car en frottant ses cornes sur les rochers, il produit de la poudre d’or.
Le soleil de ce début de matinée est un peu timide, mais le bleu gagne du terrain, et on sent que l’évolution est plutôt positive.
Parmi les visites à effectuer autour du lac, il y a une cascade, la « slap Savica », à laquelle je tente d’abord d’accéder par le chemin piétonnier. Mais à mi-course je dois renoncer car il est vraiment impraticable avec le vélo, même tenu à la main. Je me résous donc à prendre la route, soit une petite demi-heure de grimpette à laquelle j’ajoute une autre demi-heure de montée à pied pour accéder au site de la cascade situé à environ 800 m d’altitude. L’eau jaillit de la roche et forme une double cascade, la première de 78 m et la seconde de 25. Elle l’une des sources qui alimente le lac. J’apprends au passage que celui-ci est un exemple typique de lac glaciaire. La vallée dans laquelle il se trouve a été formée par un glacier dont l’épaisseur dépassait les 1000 mètres il y a environ 20 000 ans. C’est l’érosion provoquée par sa fonte qui a donné à la vallée sa forme en U et laissé un creux qui est devenu un lac.
Une autre attraction de ce lac Bohinj c’est le Vogel, un téléphérique qui amène les skieurs à la station située juste au-dessus, à 1500 m d’altitude. Il est vrai que la Slovénie est un pays de sports d’hiver qui a donné quelques grands champions, dont Tina Maze, championne du monde en 2014 et olympique à Sotchi. Mais comme il est fermé pour maintenance jusqu’à après-demain, je ne l’emprunterai pas cette fois-ci pour aller admirer le lac d’en haut.
Comme il est impossible de faire le tour complet du lac, je reviens sur mes pas en longeant la rive Sud, afin de reprendre la route de Ljubljana. Mon application m’a tracé un parcours qui comporte un col à 1400 m avec un dénivelé de 1000 m sur 10 km d’ascension, soit 10 % de moyenne, avec des pointes à 13 %. Je ne sais pas pourquoi, mais aujourd’hui je suis d’humeur rebelle. À moins que ce ne soit un peu de la fainéantise, car la perspective de trois heures de montée sans interruption ne m’enchante pas du tout aujourd’hui. Alors j’essaye de trouver un autre itinéraire qui m’évite cette grosse montée. La seule solution possible est de repasser par Bled en suivant la route qui mène à la capitale. Je n’aime pas beaucoup reprendre le même chemin qu’à l’aller, mais entre deux maux, il faut choisir le moindre.
Me voilà donc de nouveau sur la route de Bled, marquée par un passage dans des gorges assez impressionnantes, mais qui a l’avantage d’être roulante et pas trop fréquentée. En raison de leur étroitesse certains passages sont interdits aux vélos et on nous fait donc emprunter des pistes cyclables parallèles à la route. C’est par l’une d’elles que j’arrive à Bled vers 16 h. Dans la dernière rampe, je suis dépassé par un cyclotouriste qui porte un beau maillot jaune. Mais après m’avoir fièrement doublé, il marque le pas, et finalement, on monte la côte à la même vitesse. Il faut dire qu’on est pratiquement à égalité, car les kilos que j’ai dans les sacoches, il les a lui sur les hanches.
Je retrouve avec plaisir, les rives du lac de Bled, sur lesquelles je m’arrête comme hier pour casser une petite croûte, accompagné par deux canards qui aimeraient bien partager mes sandwiches.
Je profite si bien du site et du beau soleil qu’il est déjà plus de 17h quand je me décide à reprendre la route, un horaire qui rend compliqué d’atteindre l’objectif du jour, la ville de Kranj, distante d’encore 30 Km. Mais après une heure un peu difficile, sans doute à cause de la digestion, je retrouve un bon rythme et j’arrive à proximité de Kranj vers 19 h. Comme la ville ne dispose pas de camping, je choisis de m’arrêter dans un petit hameau avant l’agglomération. Alors que je tourne dans le village, j’entends une voix qui me hèle en anglais pour me dire que je ne suis pas dans la bonne direction. Je m’arrête, et fais connaissance de Sebastián, qui lui aussi a voyagé à vélo, et qui m’indique le chemin pour trouver un endroit sympa où bivouaquer. Comme il me demande si j’ai besoin de quelque chose, je réclame un peu d’eau. Il me fait monter dans sa cuisine où sa jeune fille fait cuire des saucisses. Il en retire deux de la casserole et me les enveloppe soigneusement dans du papier alu en me précisant qu’elles sont fabriquées dans la ferme d’à côté. Il y ajoute des cornichons et des petits oignons ainsi qu’une bière du pays. De quoi étoffer le dîner.
A trois maisons de là, une gentille dame accepte de mettre à ma disposition un petit champ près de celui qui abrite ses ânes. C’est là que je m’installe sur une herbe haute et confortable pour une nuit qui s’annonce encore fraîche mais sèche. Après avoir rédigé l’essentiel du blog, je fais ma popote à la lampe frontale, les bonnes saucisses s’accordant parfaitement avec les petits pois que j’avais prévus. En revanche, il est trop tard et il fait trop froid pour la bière. Elle sera du voyage demain.








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