Un jour en bon.

Jour 20, vendredi 17 avril

Villaviera-Trieste, 98 Km.

Réveillé par le chant des oiseaux, je sors de ma tente les fesses à l’air, persuadé d’être totalement seul puisque la demeure est inoccupée. Mais c’est ce moment précis que choisit l’employée de maison pour arriver avec sa petite voiture. Oups ! Plongeon dans la tente, habillage, et je ressors pour répondre joyeusement à son « Bon giorno ». Cinq minutes plus tard, elle me propose un café, ce que je ne refuse pas. Concocté dans une mini cafetière italienne, il est loin de répondre à mes besoins en terme de quantité, mais il est délicieux ; fort mais délicieux. Avec le yaourt qu’elle m’offre, cela fera un premier petit déjeuner.

Avec les 20 Km supplémentaires d’hier, ajoutés aux économies faites en « coupant le fromage » à partir de la digue, j’ai avancé de 30 Km de plus que prévu. Résultat, Trieste est à moins de 100 Km, pas de quoi faire deux étapes, donc je pars avec l’idée d’aller jusqu’à Trieste, ce qui me ferait gagner une journée sur le planning. Un jour en bon, comme diraient les Mayennais.

Gagner du temps n’est pas un objectif en soi ; je n’ai aucune envie d’arriver à Istanbul en avance, ce n’est pas le but. Mais il peut être intéressant de disposer d’un peu de marge pour pallier les éventuelles défaillances, les ennuis mécaniques, les coups durs ou des mauvaises surprises météo.

Comme hier, je vais alterner les passages sur des grandes routes et sur des pistes tranquilles, mais aujourd’hui la proportion sera nettement déséquilibrée : environ 90 % de grandes routes pour 10 % de piste. Avec le vent de nord-est qui continue de me souffler dans le nez, cela fera une journée de vélo pas vraiment agréable, hormis la satisfaction d’avaler des bornes et d’avancer vers mon objectif.

Après une vingtaine de kilomètres, je m’arrête à une échoppe de marchand de cycles pour faire réviser le dérailleur avant de Colibri car, depuis plusieurs jours, je n’arrive plus à passer sur le petit plateau. Ce n’est pas très gênant dans cette vaste plaine vénitienne, mais dans les prochains jours, il va falloir attaquer les montagnes slovènes, et je suis incapable de le faire sans le plateau de montagne. Le mécanicien qui s’attelle à la tâche a toutes les peines du monde à régler le dérailleur. Aussi son collègue, sans doute son patron, vient-il à la rescousse et à eux deux ils parviennent à me rendre l’usage de l’ensemble de mes vitesses, même si maintenant, le passage sur le grand plateau est plus compliqué. Mais c’est moins grave.

J’enfile les kilomètres de plat toute la journée à une vitesse qui se réduit au fil du temps car le vent forcit en même temps que la température augmente. En fin de matinée, une bonne pizza de boulangerie vient compléter mon petit déjeuner ultra léger et vers 14h je m’arrête dans un parc public pour un repas plus copieux qui va me permettre d’aller au bout de cette étape.

L’arrivée à Trieste se fait par une bonne montée qui m’amène sur un route qui surplombe la côte adriatique, avant de descendre lentement vers la capitale du Frioul. Je profite de ce moment et de ce beau panorama car c’est une des rares fois où je verrai la mer durant ce périple. La prochaine fois ce sera en Turquie, juste avant d’arriver à Istanbul. Je fais donc quelques petits arrêts sur la côte qui dégage vraiment une ambiance estivale, avec de nombreuses personnes allongées sur la digue, à défaut de plages de sable.

Comme le camping que j’avais repéré semble avoir disparu, je jette mon dévolu sur une des auberges de jeunesse du centre-ville. Installé et douché, je fais un tour de ville, qui doit sa richesse passée à son statut de ville libre et de port franc. Mais il lui a fallu batailler pour conserver son indépendance vis à vis de sa rivale Venise, bien plus puissante. C’est pour échapper à cette hégémonie que Trieste s’est tournée vers l’empire voisin d’Autriche et se placer sous son autorité en 1380. Une situation qui durera jusqu’au XXème siècle puisque la cite portuaire n’est italienne que depuis 1918, à la suite de la chute de l’empire austro-hongrois.

Les immeubles qui bordent l’immense place de l’Unité italienne rappellent sans erreur possible le passé austro-hongrois de la cité. Mais le lieu de prédiction des Triestins quand il fait beau, c’est le mole qui s’avance dans la mer pour protéger le port. Très large et pavé d’énormes dalles, il est propice à la flânerie et au farniente. Une fonction qui ne se dément pas en ce vendredi soir ensoleillé.

Il me reste ensuite à mettre Colibri dans un garage privé car l’auberge ne dispose pas de lieu clos. Un petit dîner dans le bar et je m’éclipse alors que commence la soirée karaoké. J’peux pas, j’ai blog !

Séance de réglage pour Colibri.
Les cimetières à étages économisent l’espace.
Avec la glissière de sécurité au raz du bitume, la marge de manœuvre est réduite.
La rivière Isonzo est déjà à sec.
L’arrivée sur Trieste.
La place de l’Unité italienne.
Des rues piétonnes animées ce vendredi soir.
Il faut se protéger du soleil.
Trieste est réputée comme ville littéraire.
Le mole audace est l’endroit préféré des Triestins.
Ça brille sur les façades austro-hongroises.

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2 réflexions sur “Un jour en bon.

  1. bonsoir

    Je profite de votre référence à la Mayenne pour vous faire un petit coucou et vous remercier de nous partager vos aventures.

    Mayennaise d’adoption, je ne connaissais pas cette expression « un jour en bon ».

    Au plaisir de continuer à vous lire,

    Patricia de Laval

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