Erreur et record.

Jour 37, lundi 4 mai

Stalač-Nis-Ostraviča, 126 Km.

Mis à part la présence tapageuse de quatre jeunes venus boire une bière près du donjon, la nuit a été bonne, froide mais bonne. Avant de quitter les lieux, je ne peux pas m’empêcher de ramasser quelques dizaines de mégots près des bancs et de les ajouter aux quelques déchets que j’ai générés et que je vais jeter dans un conteneur du cimetière contrebas. Geste dérisoire au regard des bouteilles, canettes et emballages entassés au pied d’un arbre, mais je l’ai fait, tel le colibri dans la légende. Puis je repasse chez Zoran faire le plein de mes bidons comme il me m’avait proposé et je m’élance pour une journée qui s’annonce courte, 73 Km, mais nerveuse car parsemée de montées et descentes dans un paysage qui s’arrondit peu à peu.

Persuadé d’être sur la bonne voie, je ne consulte mon appli qu’au premier rond-point, après une quinzaine de kilomètres . Et là, stupeur, je ne suis absolument pas dans la bonne direction, j’aurais dû bifurquer juste après le départ. Plutôt que de faire demi-tour, je cherche une solution de rattrapage et je m’entête dans mon erreur. Résultat, quand je retrouve enfin l’itinéraire prévu, j’en suis au Km 23 de celui-ci mais mon compteur en affiche déjà 42. Presque 20 bornes dans la vue dès le départ, c’est énorme et je sens que je vais les regretter ce soir.

A peine revenu sur le bon chemin, je croise la route d’un autre voyageur à vélo, en pause crème solaire de l’autre côté de la route. C’est Marko, un Néerlandais qui fait Istanbul-Amsterdam à un rythme accéléré puisqu’il prévoit d’arriver à destination le 24 mai, soit dans vingt jours, alors qu’il lui reste 3.000 Km à effectuer. Il faut dire qu’il avale 150 à 170 Km par jour et ne prend guère le temps de faire du tourisme. Lui aussi m’alerte sur les conditions de circulation en Bulgarie, avec des routes dégradées et des conducteurs peu respectueux. En revanche il me vante la gentillesse et la générosité des Turcs. Et puis il m’indique aussi un super camping, 14 Km au delà de Nis, un bon plan car j’ai besoin d’une bonne douche et un sport wifi me rendrait bien service.

La route est très agréable, juste assez vallonnée pour ne pas s’ennuyer et proposer un paysage varié. Comble de chance, j’ai le vent dans le dos, si bien que les bornes défilent à vive allure. Une rapide pause déjeuner à Aleksinac et je roule sans histoire jusqu’à Nis, (prononcé Nich), la troisième plus grande ville du pays, après Belgrade et Novi Sad. Je me mets en quête de la gare et ce n’est pas simple, d’abord parce qu’il y en a plusieurs, d’autre part à cause de la discrétion du bâtiment de la gare centrale, qui ne s’ouvre pas sur la rue mais sur un square.

Je reste un moment sur le quai à observer les va et viens des voyageurs peu nombreux en ce milieu d’après-midi. À l’extérieur est exposée une belle machine à vapeur de 1920, mais j’ignore si elle a pu tracter un jour l’Orient Express. Je fais ensuite un petit tour en centre-ville, je jette un coup d’œil à la forteresse de 1722 et aux rives de la Nivaca qui sont joliment aménagées. Je cherche ensuite des œufs, mais il ne sont vendus que par 10 ou 15. C’est trop pour un cycliste solitaire., alors je lâche l’affaire.

Malgré la bévue de ce matin, il n’est que 16h, alors je vais m’avancer un peu pour demain et essayer de trouver le camping Popovitch indiqué par Marko, à 14 Km de Nis. Le vent est toujours favorable, les kilomètres défilent vite et le décor change rapidement ; la route en direction de Pirot s’engage dans une vallée étroite bordée de forêts verdoyantes. Mais au bout 20 Km, toujours pas de camping. J’ai dû mal comprendre, c’est peut-être 40 Km, fourty et non pas fourteen. Mon compteur affiche plus de 120 Km, je décide donc de m’arrêter au prochain village. Ce sera Ostraviča, et la première maison est la bonne.

Le brave homme accepte tout de suite ma demande et me propose même de dormir chez lui. Ce n’aurait pas été mon premier choix, mais vu l’heure tardive, j’accepte. Il s’appelle Jika, il vit seul avec son chien qui mord et je crois qu’il est content de trouver quelqu’un à qui parler. Sauf qu’on ne parle pas la même langue, mais cela lui échappe complètement, alors il parle et parle et parle. En face, j’essaie d’adapter mes mimiques à son propre ton, mais quand il me pose des questions, elles restent évidemment sans réponse à de rares exceptions près. 

Un truc que je comprends bien c’est quand il me propose une « pivo », une bière. Il est ravi que j’accepte et il va chercher quatre canettes de Tuborg. Après ce sera le café et, ne voyant pas de dîner arriver, je vais chercher quelques provisions dans mes sacoches et j’improvise un dîner sur le pouce. Pendant tout ce temps, Jika n’arrête pas de parler et moi de faire semblant d’écouter.

Je lui fais ensuite comprendre que j’ai besoin de dormir et je monte dans la chambre qu’il m’a attribuée, mais je prends mon duvet car ses couvertures (le lit n’a pas draps) sont sales. D’ailleurs rien n’est propre dans cette maison pas terminée et tout en bazar, le pire étant la salle de bain qui est immonde. Mais les 126 Km du jour font que je ne m’embarrasse pas de scrupules pour dormir.

Désolé, le signal réseau est faible, les photos ne passent pas, ce sera pour demain.

Cette route doit être dangereuse car les stèles commémoratives s’y succèdent.
Mon premier couple de cigognes.
Il n’y a pas la foule à la gare de Nis.
A-t-elle tracté l’Orient Express ?
La porte de Stanboul de la forteresse de Nis.
Les rives de la Nisava.
Je m’engage dans cette belle vallée.
Jika est allé au ravitaillement.

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