La ville blanche

Jour 33, jeudi 30 avril

Ruma-Belgrade, 68 Km.

La sono s’est tue au petit jour, remplacée par le pépiement des oiseaux, et ce n’est pas plus mal. Mais comme prévu, cela ne m’a pas empêché de bien dormir. Au réveil, le soleil pointe le bout de son nez, et je suis bien content de le voir de retour. Outre le rangement habituel, je prends soin de ramasser mes déchets et ceux que les jeunes d’hier soir ont laissé sur place, canettes, bouteilles, mouchoirs, rubalise, sacs en plastique, et j’emporte le tout pour le déposer dans la première poubelle, histoire de montrer qu’on peut profiter de la nature sans la salir.

Après avoir re-traversé Ruma, je m’engage de nouveau sur la route qui mène à Belgrade, l’équivalent de nos départementales, mais avec la fréquentation d’une nationale, camions inclus. Seule satisfaction, le vent du Nord qui souffle de trois-quarts arrière et qui m’aide donc bien à progresser. Mieux même, à partir de Stara Pazova, la route bifurque vers le Sud et me met carrément le vent dans le dos. 

Cela m’aide d’ailleurs à échapper à un danger inconnu jusque là, les chiens agressifs. C’est d’abord un molosse isolé qui me course avec un regard gourmand vers mes mollets, que je sème facilement en accélérant sur quelques centaines de mètres. Puis il s’y mettent à trois pour m’impressionner en courant à côté de moi mais sans vraiment me menacer. Et ils lâchent l’affaire quand je leur dis que je vais à Istanbul. Trop loin pour eux.

Pour ce qui est de l’orientation, pas de problème, c’est toujours tout droit puisqu’il n’y a pas d’autre option que cette route hyper-fréquentée, notamment par de nombreux poids lourds qui me frôlent. Quant à ceux que je croise, ils m’envoient à chaque fois une bourrasque d’air qui me pousse vers le fossé. Bref, ce n’est pas de tout repos et cela ne s’améliore pas dans les faubourgs de Belgrade, où les bus s’invitent à la fête.

Aussi suis-je bien content de pouvoir m’échapper de cette galère en bifurquant vers les quais du Danube qui constituent d’ailleurs une partie de l’itinéraire de l’Eurovélo 6, qui va  de Nantes à Constanza, sur la mer Noire. C’est reposant de flâner sur les quais de ce fleuve qui n’est pas bleu mais beau quand même, et dans l’immense parc qui les sépare de la ville, sur l’autre rive de la Save. Car oui, c’est bien ici que les eaux de la Save viennent grossir celles du Danube, et c’est d’ailleurs cette confluence qui a donné naissance à la ville, dont les traces les plus anciennes remontent à 7.000 ans. Les Romains ne s’y sont pas trompés, en construisant un fort sur les hauteurs de la confluence et en y installant une légion. Au fil du temps, tous les grands empires se sont emparés de la ville, qui fut détruite et reconstruite une trentaine de fois ! Ce qui fit dire à un poète « Pleure, ville blanche le noir de tes deuils ». (Beograd signifie ville blanche). Elle accueille aujourd’hui 1,4 million d’habitants, soit 20% de la population de la Serbie.

Après avoir péniblement pénétré dans le centre-ville, aussi peu accueillant pour les vélos que Zagreb, je pique-nique sur la place de la République, qui en est le cœur battant, puis je vais visiter la forteresse justement. A ma grande surprise, on y pénètre gratuitement, et l’accès des vélos n’est pas interdit, donc supposé autorisé. Cela tombe bien car l’espace à l’intérieur de la muraille, désormais aménagé en parc public arboré, est immense. Je peux donc y circuler à mon aise sur Colibri et aller d’un point d’intérêt à l’autre. Parmi ceux-ci figurent les portes d’accès, dont celle d’Istanbul, et les tours, en particulier celle du despote. Mais ce qui attire aussi les visiteurs c’est la vue imprenable sur la confluence de la Save et du Danube, juste au pied de l’éperon rocheux sur lequel la forteresse est bâtie.

De retour en centre-ville, je me rends à l’auberge de jeunesse où j’ai réservé deux nuits, afin de visiter tranquillement la ville demain. Coup de chance, cet établissement est situé dans la rue Skadarska, une des plus animées de la ville. Pas difficile donc d’y trouver un bistrot agréable, avant de rentrer dîner en compagnie de quelques clients sympathiques, dont un Kosovar qui assure l’ambiance avec sa voix puissante, sa faconde et ses expériences culinaires qu’il fait goûter à tout les monde. Il explique qu’il est à Belgrade pour essayer d’avoir un enfant. Regards interloqués. En fait, sa femme est entrée en clinique pour une fécondation in vitro. Et lui, il arrose déjà l’événement futur.

Et puis il y a la colonie turque, bien fournie car la Serbie leur est accessible sans visa contrairement aux pays de l’espace Schengen. Parmi eux, je sympathise avec Tarik, un trentenaire qui voyage pour perfectionner son anglais en attendant de trouver l’âme sœur que ses parents le pressent de rencontrer et d’épouser parce qu’ils veulent des petits-enfants. On visitera peut-être Belgrade ensemble demain.

En mémoire d’une victime d’accident.
Les quais du Danube.
Des dizaines de cygnes réclament à manger.
La ville au-delà de la Save.
La porte d’Istanbul donne accès à la forteresse.
La confluence de la Save et du Danube.
La porte du despote.
La rue Skadarska.
Une bonne soirée avec Tarik.

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2 réflexions sur “La ville blanche

  1. Bonsoir Pascal. Je profite de la présence de Thierry et Monique à Baden pour t’envoyer un petit coucou de nous tous. Ici, pas de problème de poids lourd sur le GR34 mais nous avons pensé à toi cet après-midi au cours de notre balade. Amitiés de nous tous. Joël et Françoise et Thierry et Monique. Bon, ça s’arrête là.

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