Vrsic Vrsic Vrsic, hourra !

Jour 23, lundi 20 avril

Trento-Martuljek, 30 Km

Pas de pluie nocturne et un beau soleil au réveil, voilà qui fait du bien au moral. Je parviens à faire sécher les affaires mouillées, quitte à utiliser le sèche-cheveux des douches pour réchauffer mes socquettes et mon t-shirt avant de les enfiler car ils sont à la température extérieure, c’est à dire pas beaucoup de degrés au-dessus de zéro. Le petit déjeuner au bord de la Soca est un vrai moment de bonheur, sur le plan visuel bien sûr, mais aussi gustatif grâce aux délicieux petits pains au sésame achetés en boulangerie hier.

Le menu du reste de la journée est beaucoup moins digeste et prometteur. Le col qui se présente devant moi pour aller à Bled n’est pas n’importe lequel : c’est tout simplement le col de Vrsic, le plus haut et le plus difficile de Slovénie. De 700 mètres où je suis, il doit m’amener à 1.611 après 12 Km d’ascension, avec un dénivelé moyen de 7%. Ça encore, ce n’est pas trop effrayant, ce qui l’est plus, ce sont les passages à 13 et 15%. Là, je sais que je ne pourrai pas les franchir, sauf à pousser le vélo. J’avoue que je n’avais pas pris conscience de l’ampleur de la tâche; j’avais bien vu qu’il y avait un col difficile, mais pas à ce point. 

J’envisage sérieusement de rebrousser chemin en redescendant la vallée de la Soca, ce qui ne me déplairait pas, mais ne m’apporte pas vraiment de solution intéressante pour aller sur les lacs Bled et Bohinj que je vise. Et puis j’ai bien envie d’essayer quand même, quitte à marcher ou à faire de l’auto-stop. Vers 10h, je pars donc à l’assaut du monstre, vraiment pas convaincu d’arriver en haut, encore moins quand, après les prémices de l’ascension, je découvre le panneau qui annonce 9 Km à 14% ! Dans ma tête les choses sont claires : ça va être long et je vais avoir mal. Je sais que la route comporte 26 lacets, qui sont dûment numérotés. Autres repères, les panneaux positionnés tous les 500 mètres qui indiquent l’altitude et la distance restante. Je m’impose un arrêt à chaque kilomètre pour boire et souffler.

Assez rapidement je me dis que la mission n’est pas impossible ; certes la pente est plus raide que dans le Simplon, mais 9 Km, ce n’est pas le bout du monde. Au rythme de 4 Km/h, la vitesse d’un piéton, avec les pauses, j’en ai pour trois heures. Et puis j’écarte vite l’option auto-stop pour la simple raison que le trafic est quasi nul. Seul le camion benne des cantoniers que je rencontre trois fois aurait pu venir à mon secours.

L’avantage des lacets c’est qu’ils masquent la suite de la route; ça évite de voir au loin le chemin à parcourir et les mètres à grimper. De plus, ils offrent à chaque fois un petit replat qui permet une relance. Bref, c’est dur mais c’est faisable, sur le presque plus petit développement dont je dispose. Presque, car je me garde une petite dent en réserve pour les coups durs ou les coups de mou. C’est bon de savoir qu’on peut encore se donner une petite facilité supplémentaire au cas où. Petit à petit, borne après borne, j’avance et j’y crois de plus en plus. A 11h30 je passe le cap des 1000 mètres ; plus que 611 à grimper. Au panneau indiquant les trois derniers kilomètres je fais une pause un peu plus longue pour visiter les restes d’un téléphérique installé par l’armée autrichienne pour ravitailler les garnisons installées sur ce site hautement stratégique. En effet, cette route n’existait pas avant la première guerre mondiale.

Ce kilomètre 3 avant le col marque aussi la fin des lacets et, comme disait un ancien premier ministre, à partir de là, la route est droite mais la pente est raide. Quelques passages particulièrement pentus me mettent en difficulté, mais je parviens néanmoins à terminer sans poser pied-à-terre, passant cette fois sur mon plus petit développement. L’arrivée au col, balayé par un vent glacial, se passe sous une averse de pluie mêlée de neige qui ne me donne qu’une envie, celle de redescendre au plus vite.

Mais cette fois, pas question de battre des records de vitesse car, s’il y a 26 lacets d’un côté, il y en a 24 de l’autre et ceux là possèdent une particularité curieuse, ils sont pavés, ce qui les rend dangereux surtout quand ils sont mouillés. C’est un peu l’Alpe d’Huez et Paris-Roubaix combinés. Donc, piano piano.

Un autre arrêt s’impose pour jeter un coup d’œil à la chapelle des Russes. Il faut dire que cette route, dont la construction a démarré en 1916, a été construite par 10 000 prisonniers de guerre russes, affectés à cette tâche, ce qui lui vaut aujourd’hui encore le surnom de « route des Russes ». En mars 1916, une centaine d’entre eux ont péri dans une avalanche. C’est à leur mémoire que leurs camarades prisonniers ont érigé cette modeste chapelle en bois.

Le bas du col est situé dans le village de Kranjska Gora, une petite station de ski. Il est 14h30, je suis transi de froid. Aussi je me réfugie dans un restaurant où brûle un beau feu de cheminée. J’engloutis une grosse pizza accompagnée d’un thé brûlant et je profite de ce moment de chaleur pour faire le point sur mon itinéraire du jour. Je suis encore à 40 km de Bled, des kilomètres faciles, certes, mais le froid et la fatigue m’incitent à mettre un terme à cette étape. Entre ici et Bled, il n’y a qu’un seul camping, situé à 5 Km de là. J’y suis à 17h et, après la douche, je me mets dans le duvet pour écrire ces lignes.

Vers 19h je m’en extirpe à regret pour faire chauffer ma gamelle sur une des tables du bar qui n’est pas encore ouvert à cette saison. Dommage, j’aurais bien mangé une glace…

Derniers coups d’œil sur la Soca.
Village au fond de la vallée, une cloche sonne.
On va pas faire que rigoler.
Plus je monte, plus les nuages menacent.
Accueilli par la neige.
Fait !
Des paysages saisissants.
Un des fameux lacets pavés.
Une descente à prendre avec précautions.
La chapelle des Russes.
Le sous bois est tapissé d’ellebores.
Installé au plus près du bar… fermé.

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2 réflexions sur “Vrsic Vrsic Vrsic, hourra !

  1. Très technique cette étape, bravo !!Heureusement que les pizzas ont été inventées, cette année je crois que tu en uses et abuses …Pour la glace que tu aurais aimé déguster c’est chocolat pour Julie qui est en ce moment à la maison !!Bises de toute la maisonnée car Guillaume, Nelly et Gabriel sont aussi là.Nicole de Rennes

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