Le Simplon, tout simplement.

Jour 11, mercredi 8 avril

Brigue-Domodossola, 73 Km.

C’est le jour J, celui du grand rendez-vous avec le col du Simplon, 2.005 mètres. On va savoir si je peux encore grimper.

Les grands jours, on se lève tôt, aussi je sors du duvet dès 6h15. Et à 7h30, toute trace de mon passage dans ce parc public a disparu. L’employé municipal qui passe vider les poubelles peut en témoigner.

Après avoir fait quelques emplettes pour ne pas manquer de nourriture en route, je vais jeter un coup d’œil à la gare de Brigue. Celle-ci n’a rien d’extraordinaire, sauf qu’elle est la dernière avant l’entrée dans le tunnel du Simplon, qui, construit en 1906, a marqué une étape importante dans la vie de l’Orient-Express. En effet, après la guerre de 14-18, il n’était plus question de traverser les pays vaincus, l’Allemagne et l’empire austro-hongrois. Ce tunnel entre la Suisse et l’Italie a donc permis de contourner ces territoires pour rallier Venise puis Istanbul en passant par les Balkans pour rejoindre l’itinéraire initial à Belgrade. Long de près de 20 Km, il a nécessité huit ans de travaux, qui ont coûté la vie à 67 ouvriers. Il est resté le plus long tunnel du monde jusqu’en 1982. Il comporte deux tubes, le second ouvert en 1921.

En suivant les rails, je finis par trouver l’entrée du tunnel, évidemment interdite d’accès au public. De là où je suis, je vois surtout l’entrée du second tube, marqué 1921.

Ce lieu symbolique trouvé, je peux me consacrer à l’ouvrage du jour, l’ascension du col, puisque le tunnel est réservé au trafic ferroviaire. Il est 8h30 précises quand j’attaque le premier des 20 km de cette montée. A 3,5 Km/h de moyenne, arrêts inclus, je prévois six heures d’ascension. Compte tenu de la fermeture actuelle du col du Grand Saint-Bernard, je redoute un trafic important, mais j’ai une solution au moins pour le début de la montée, puisque une petite route discrète permet de faire les huit premiers kilomètres en dehors du gros trafic.

 Et c’est effectivement au calme que je commence cette ascension. Après 4 km, je fais une pause pour me ravitailler un peu. C’est là que quatre employés de voirie passent et m’annoncent que la petite route en question est fermée quelques hectomètres plus haut car enneigée. Comme je ne me vois pas redescendre pour remonter ensuite par la grande route, j’insiste un peu, et finis par obtenir leur accord pour poursuivre mon chemin, sous réserve de passer à pied les tronçons enneigées. Cela me vaudra quelques séances mémorables de patinage en poussant Colibri sur la neige et le verglas, mais heureusement sur quelques dizaines de mètres seulement à quatre ou cinq reprises.

En deux heures j’ai parcouru 6 Km, donc un peu au-dessous de mes prévisions, mais je sais que la première partie est la plus pentue. Les jambes vont bien et dans la tête je suis en mode « guerrier cool », prêt à me battre, mais sans pression. Je fais une nouvelle pause à la jonction avec la grande route, je mange un peu, puis je me lance pour les 12 Km restants. Tout de suite je constate que la pente est moins accentuée que sur la petite route; et la qualité du revêtement rend le pédalage plus efficace. La route ne comporte qu’une voie dans chaque sens mais la largeur est telle que les dépassements sont assez fluides. Côte trafic, ce n’est pas un flot continu, ce sont plutôt des paquets de véhicules qui arrivent, souvent derrière un camion. Dans la traversée de certains hameaux il y a un trottoir que j’emprunte histoire de me mettre un peu à l’abri.

Bref, les conditions sont plutôt bonnes, la météo excellente et le paysage somptueux. Reste qu’il faut quand même appuyer sur les pédales pour avancer, ce que je fais sans forcer pour tenir dans la durée.

A 12h30, j’ai effectué les 2/3 du parcours, je suis donc dans les temps prévus. Au Km 15, une bonne pause casse-croûte m’assure l’énergie nécessaire pour aller au bout. Je commence à croire que je vais y arriver. Mon sentiment de ne pas trop perturber le trafic va être battu en brèche par un semi-remorque belge qui, visiblement en mal de puissance, fait le choix de rétrograder et de rester derrière moi un peu avant l’entrée dans un tunnel. Ce qui lui vaudra un concert de klaxon de la part des dizaines de véhicules qui le suivent, qui n’apprécient pas de rouler à 5Km/h.

Les trois derniers kilomètres sont un peu décevants car on passe presque en permanence dans des tunnels semi-ouverts sur le côté. C’est un peu frustrant côté paysage et beaucoup plus stressant car les voies de circulation sont plus étroites. Ces tunnels sont parfois équipés de trottoirs assez larges pour y circuler, ce dont je ne me prive pas. Mais quand le trottoir rétrécit soudainement, l’équilibre devient précaire. Une sacoche qui touche le mur et voilà Colibri et son passager dégringolés du trottoir et couchés sur la chaussée, heureusement vide à ce moment là. Promptement relevé, je poursuis ma route un peu échaudé par cet incident.

La dernière rampe, en ligne droite, est peu accentuée et je peux remettre quelques dents à l’arrière pour conclure presque au sprint cette ascension qui aura nécessité tout juste six heures d’efforts continus car il n’y a aucun moment de répit, pas un faux-plat, pas un semblant de descente qui permettrait de se relâcher un peu.

Une bande de gars attablés au restaurant du col m’applaudissent et m’encouragent pour les derniers mètres. Et puis je vois arriver derrière moi un gars sur un vélo couché qui arbore fièrement un drapeau breton ! C’est Pascal, un gars de Douarnenez qui vit à Lausanne, passé au vélo couché parce qu’il en avait marre d’avoir mal aux fesses et au dos. Il a monté le col pour le plaisir et va le redescendre pour rejoindre son épouse dans les environs de Brigue. Mon projet lui fait envie; lui aussi aimerait bien prendre le large tout seul et rendre compte en images de ses voyages. Un jour sans doute…

Une fois enfilé la veste pour me protéger du froid, la descente est un vrai plaisir. Aux meilleurs moments, je vois mon compteur afficher 68 Km/h. Je les dépasse peut-être, mais je dois aussi regarder la route de temps en temps.

Des travaux sous des tunnels vont freiner mon élan et provoquer une autre petite chute sans gravité. À mesure que je descends, je sens la température de l’air qui se réchauffe et bientôt je suffoque dans une atmosphère qui fleure bon l’Italie.

La douane passée sans même m’arrêter, je fais un tour à la gare d’Icelle, là où débouche le tunnel du Simplon. Amusant de voir l’autre entrée/sortie de cet ouvrage. Deux curiosités attirent mon attention à la gare, d’abord un ancien matériel de remplissage d’eau pour les trains à vapeur, matériel sans doute utilisé par le SOE à l’époque. Et puis je découvre l’existence d’un service régulier de trains qui transportent les voitures vers Brigue, ce qui permet aux automobilistes de s’épargner le franchissement du col. Intéressant avec le prix actuel du carburant. Ce service semble d’ailleurs rencontrer un beau succès à en juger par le nombre de véhicules qui affluent vers la gare et ceux qui sont déjà embarqués sur le train en partance. Pour 15€, on peut aussi passer avec son vélo.

Je descends ensuite vers Domodossola, plutôt satisfait de cette belle journée peu ordinaire. Comme je le pressentais, il n’y a pas de camping et mes sollicitations auprès de quelques habitants ne donnent rien. En sortie de ville, je trouve un terrain près duquel deux vans sont installés. C’est là que je vais planter la tente, à côté d’un couple d’Allemands qui vont me faire un beau cadeau : deux bouteilles d’eau chauffées dans la journée derrière leur pare-brise. De quoi m’offrir une douche réconfortante. Après un rapide repas froid, je m’allonge pour écrire mon blog mais je suis stoppé par une panne de batterie qui m’oblige à remettre au lendemain la fin de ma rédaction. Mais dormir, c’est bien aussi…

Un abri et de l’eau, ça me suffit.
L’entrée du tunnel du Simplon à Brigue.
Brigue recèle d’autres trésors que sa gare.
Un « S » comme Simplon.
Le soleil et la neige.
Pousser le vélo sur le verglas, un sport inattendu.
Casse-croûte réconfortant.
Ça sent bon l’arrivée au col.
Fait !
Deux Pascal au sommet.
Le SOE a dû se ravitailler en eau ici.
Cette vieille locomotive tracte le train-auto.

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7 réflexions sur “Le Simplon, tout simplement.

  1. Les photos des routes de montagne rendent rarement justice aux cyclistes, tant la pente est optiquement adoucie. Le Simplon, ça monte!
    J’ai le souvenir du commentaire d’un ami devant une photo me montrant dans le Galibier « c’est tout plat ». Elle avait été prise dans un passage à 10%!
    Bravo Pascal§ Thierry

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  2. Bonjour et merci pour ce récit attendu de l’ascension redoutée, autrement plus accidentée que l’étape d’hier du Région tour Pays de la Loire 🤭 Tu gères ! Bonne journée. I.Ferrand

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