Un sketch !

Jour 7, samedi 4 avril.

Mervant–Le Frasnois, 85 km.

Tout d’abord, je dois dire un grand merci à mes deux conseillers techniques, Zoé pour les réglages de l’iPhone et Philippe Lecrecq pour le blog, qui ne serait pas aussi facile à lire sans son assistance informatique. Merci à vous deux, ainsi qu’à tous ceux qui me laissent des messages (n’oubliez pas de signer à chaque fois) et à ceux qui m’envoient des messages par WhatsApp ou SMS au 06 15 38 19 58.

L’étape à l’hôtel de Mervant m’aura évidemment fait beaucoup de bien, malgré un accueil pas plus aimable qu’à la ferme hier, le prélèvement CB en plus. Cela m’a d’abord permis de retrouver un aspect humain, et aussi de faire une lessive, car le Damart que je porte depuis le départ commençait à sentir le renard.

La salle du bar, devenue salle de spectacle.
C’est jour de fête à Lons le Saunier.
Les thermes rappellent les heures glorieuses de Lons.
L’ancienne gare conserve des traces de son passé.
Vue sur Lons le Saunier depuis la voie verte.
La garantie d’une vue à couper le souffle.
Les tunnels sont désormais empruntés par les randonneurs.
Riche de multiples lacs, cette partie du Jura s’est auto-proclamée « La petite Écosse ».
On appelle ça prendre possession des lieux.

Le petit déjeuner dans la salle du bar a été un pur moment de bonheur et de rigolade intérieure grâce aux quatre compères attablé près de moi, dont trois étaient au café, le quatrième au pastis. On n’était pas loin de la partie de cartes de Marcel Pagnol, version bressane. Extraits : « la fille de mon voisin, elle est acharnée de chasse. La gonzesse elle pèse pas plus de 40 kilos et elle a buté un sanglier de plus d’un quintal ». Après un moment de réflexion, le philosophe du groupe ajoute : « c’est pas le poids qui compte, c’est le fusil», sentence suivie d’un long silence de réflexion.

Et aussi : « Les chèvres adorent le savon; un jour, celle de mon voisin m’a bouffé un T-shirt qui séchait sur le fil ». « Et qu’est-ce que t’as fait »? « Ben je l’ai tuée. » « T’es con, ça se fait pas de tuer la chèvre de son voisin ». « Bah, je tuais des chevaux toute la journée, alors une chèvre… »

Et encore : « hier, c’était vendredi Saint, j’espère que vous avez pas bouffé de viande ». « Non, seulement de la saucisse fumée ».

Je serais bien resté à les écouter, mais je ne suis pas d’ici et j’ai de la route.

Pas de café à préparer, pas de tente à replier, je démarre vers 9h30 sur une route mouillée, mais heureusement la pluie nocturne a cessé. La première moitié de l’étape, soit environ 40 km, est facile. Pour une fois je fais le choix de ne pas suivre rigoureusement l’itinéraire prévu en prenant sur 6 Km une départementale qui s’annonce d’autant plus calme qu’elle est barrée pour cause de travaux. Je suis donc seul à y circuler et ce n’est pas la barrière qui clôture le chantier qui impressionne Colibri. Je file ensuite sur d’agréable petites routes qui m’amènent tranquillement jusqu’à Lons-le-Saunier. Avec ses 17 000 habitants, c’est sans doute une des plus petites préfectures du pays et sa richesse, due à la présence de sel, (d’où le nom) n’est plus qu’un lointain souvenir, toutefois entretenu par la présence de thermes. En revanche, pas trace de l’usine Bel, où est fabriquée l’emblématique Vache qui rit et maison-mère de celle de Sablé.

Dans une supérette je fais un ravitaillement plus important que d’habitude en prévision du long week-end de Pâques qui entraînera la fermeture des petites épiceries de villages.

Après cette première partie facile, je sais que les choses sérieuses vont commencer et que de rudes montées m’attendent, comme en témoignent les traits rouges sur le profil altimétriques de l’étape ; je sais que ça va piquer un peu.

Et je ne suis pas déçu, car dès la sortie de Lons, une forte déclivité calme bien mes ardeurs. Environ 11 km de grimpette vont bien faire monter le cardio, mais ensuite c’est un régal de circuler sur des voies vertes, notamment créées sur d’anciennes lignes de chemin de fer.

Par exemple la ligne qui reliait Lons au village de Champagnol, longue de 43 Km, parcourus en 1h30, soit une moyenne de 30 Km/h. Construite à flanc de montagne en 1891, elle a nécessité des travaux gigantesques, dont le percement de plusieurs tunnels. Elle a aussi coûté la vie à plusieurs ouvriers, dont des Italiens et des Espagnols. Elle fait partie de ces lignes financées et construites par des petites sociétés de chemin de fer locales, à une époque où les investisseurs croyaient dur comme fer à l’avenir du chemin du même métal. Hélas, les guerres et surtout l’émergence de l’automobile ont mis fin à leur rentabilité et donc à leur exploitation.

Elles retrouvent aujourd’hui une nouvelle vie grâce au développement des sports de nature, en offrant aux piétons et aux cyclistes des itinéraires hors de toute circulation. Pour les cyclistes, c’est la garantie de dénivelés inférieurs à 2,5 % puisque telle était la limite supportée par les locomotives à vapeur. Ces 15 Km constitueront une parenthèse enchantée dans cette journée globalement plutôt rude.

Après la pause déjeuner, à Villard sur Ain, il ne me reste plus que 13 Km de route, dont 12 de montée jusqu’au lac de Narvay sur la commune de Le Frasnois. Il me faudra presque 1h30 pour en venir à bout; une bonne préparation pour le col du Simplon dans quelques jours.

Comme je le pressentais, le camping municipal est fermé et les sanitaires dûment clos. Tant pis, l’endroit est superbe, je vais bivouaquer ici malgré les panneaux interdisant le camping. En plus c’est la première fois que je boucle une étape de bonne heure, 17h, en ayant fait exactement le kilométrage annoncé. J’ai envie de profiter de ce temps libre.

Je commence par étaler la tente sur une table de camping pour la faire sécher, puis je fais une toilette/lessive dans le lac.

Le lieu étant fréquenté par des familles en balade, j’attends donc la tombée de la nuit pour monter ma tente.


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4 réflexions sur “Un sketch !

  1. A propos de « viande saucisses fumées » un voisin sarthois connu dans les années 80 , Louis, me disait:  » je ne bois jamais d’alcool juste du vin  »

    Michel

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  2. Bonjour Pascal,

    j’avais eu l’occasion de suivre tes aventures lors de ton périple incroyable dans un ancien pays satellite de l’URSS (dont j’ai perdu le nom) et quel plaisir de te découvrir de nouveau sur ma messagerie…

    On apprécie beaucoup tes écrits pleins de précisions sur les régions traversées, les difficultés du parcours et ton regard humoristique sur les gens rencontrés…

    On t’envoie des encouragements de La FLÈCHE. On ne doute pas qu’on se rencontrera un jour.

    Bonne route…Sylvie et Gérard

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