Un de chute.

Jour 5, Vendredi 3 avril

Suze – Mervans, 111 Km

Rien à redire sur les taurillons, ils n’ont pas festoyé cette nuit et n’ont pas fait de bruit. À la différence du thermomètre qui lui, a fait la fête vers le bas, au point que ce matin, on ne parle pas de gelée blanche, mais de vraie gelée. Mon gant de toilette, raide comme un cadavre, peut en témoigner. C’est donc une tente givrée que je remets tant bien que mal dans son sac.

Mon hôte s’active au volant de ses tracteurs et des différents engins qui lui permettent de nettoyer rapidement les immenses stabulations de ses bovins. Je me dis qu’à un moment ou à un autre, il va me proposer un café. Mais quand il en offre un, c’est au technicien agricole qui lui rend visite. Tous deux sont attablés quand je suis prêt à partir, mais aucun des deux ne bronche quand je tape au carreau pour remercier et saluer. Ben tant pis, merci quand même.

En guise d’échauffement je grimpe le col de Suze, à 426 mètres, puis c’est la descente vers Arnay le Duc que je traverse sans visiter. Comme le soleil semble vouloir briller, je fais une petite pause pour enlever une de mes quatre couches de vêtements et enfiler le cuissard court que je n’ai pas encore utilisé depuis mon départ. Il faut bien que je commence à soigner le bronzage cycliste de mes gambettes.

Celles-ci vont subir leurs premières égratignures quand, en voulant m’arrêter pour prendre une photo, je m’empêtre dans mes cale-pieds et je me retrouve couché sur le bitume avec Colibri par-dessus moi. Un bon juron plus tard j’étais reparti sans trop de dommages.

À Bligny sur Ouche, je fais une halte qui a un petit air de pèlerinage. En effet, c’est là que nous sommes venus en vacances en 1991 avec Marthe, les trois filles et un copain de classe. On y a quelques souvenirs qui font partie des classiques de la famille, parmi lesquels la séance d’auto tamponneuses et la descente dans les caves de Beaune avec la poussette.

Passé ce moment de nostalgie, je rigole moins car je suis confronté à une montée de 6 km avec des pourcentages entre 6 et 8% qui m’amène à un majestueux champ d’éoliennes. La descente qui suit est proprement vertigineuse, avec des portions à 14% dans lesquelles je frôle les 60km/h. Le panard ! Cela m’amène à Savigny-Lès-Beaune, dont le château recèle de drôles de collections parmi lesquelles 2.500 maquettes d’avions, 40 tracteurs des années 50 et…80 avions de chasse que j’aperçois sur un terrain derrière le château.

Arrivé à Beaune, je flâne un peu en ville, tout étonné de voir autant de monde sur les terrasses après ces journées de temps maussade. Un passage devant l’Hôtel Dieu des hospices et un coup d’œil aux vitrines des nombreux marchands de vins, avec des bouteilles à 800 balles, et je quitte cette jolie cité dont les rues pavées ne sont toutefois pas faites pour les cyclistes.

Toujours affublé de mes socquettes qui sèchent sur le porte-bagages, j’attaque la deuxième moitié de cette étape qui s’annonce ultra plate, donc a priori agréable. Je vais effectivement sillonner de beaux petits chemins entre Bourgogne et Bresse, notamment en suivant l’Euro Vélo 6 qui va de Nantes à la mer noire. On roule parfois sur des voies vertes nées du déclassement de voies ferrées, comme celle du « tacot » près de Beaune, une ligne démontée par les occupants allemands pour réparer d’autres voies sabotées par la Résistance. Et puis on longe les rives très bien aménagées de la Saône à la confluence avec le Doubs.

Mais comme rien n’est jamais vraiment simple, je vais me compliquer la tâche, d’abord avec une petite erreur de parcours, puis ensuite avec une déviation en raison de travaux sur un pont. Ajouté à la promenade dans Beaune, cela va rajouter une dizaine de kilomètres à cette étape qui en comptait déjà 100. Autant dire que je suis un peu à l’agonie quand j’arrive enfin vers 19h dans la petite ville de Mervans. Aussi, je n’hésite pas une seconde quand je vois l’enseigne lumineuse de l’hôtel de Marvans où je vais pouvoir me reposer sans avoir à planter la tente et aussi prendre une bonne douche, me raser, faire une lessive et boire une bière !

Les taurillons ont été sages.
Séquence revival à Bligny sur Ouche.
Une petite route bien calme.
Un éleveur de Charolais multi-primé .
La queue devant l’entrée des Hospices.
Le château de Savigny produit aussi du vin.
Sur les coteaux de Beaune, des vignes à perte de vue.
L’ancienne maison de garde barrière témoigne de la présence d’une ligne de chemin de fer.
A Verdun-Ciel, le pont sur le Doubs marquait la démarcation entre zone libre et zone occupée.

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4 réflexions sur “Un de chute.

  1. Je prends en route l’expédition cyclococo ! J’ai tout lu, bravo pour les photos et l’écriture haletante et précise. L’époque est un peu froide pour camper, j’ai un peu grelotté avec vous. Très belle cagoule au petit réveil ! Bon courage. Nous sommes derrière l’aventurier.

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  2. Chouette Pascal !je te suis à travers ton écriture,au plus près de ton aventure, ça donne vraiment envie de se lancer sur un tel périple.Merci ,je te souhaite un beau voyage.Sebastien

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