Trois tours de pénalité

Jour 5, jeudi 2 avril.

Baye – Suze, 100 Km.

Bon, certains s’en sont douté, le silure d’hier était évidemment un gros poisson… d’avril ! J’ai toujours mon savon et mon gant de toilette. La voracité des silures ne va pas jusqu’à leur faire dévorer ce genre de produit. Je suis bien content que certains aient mordu à l’hameçon. Cela me rappelle la belle époque où je téléphonais à monsieur Lambert, le photographe,  pour lui demander s’il avait des pellicules. À sa réponse positive, je rétorquais «vous devriez changer de shampooing.» C’était le bon temps où le numéro appelant ne s’affichait pas sur les téléphones en Bakélite !

Ce matin, la gelée blanche, présente sur le terrain autour de ma tente confirme mon impression de grande fraîcheur nocturne. De ce fait, le rangement est plutôt laborieux, mais j’en profite pour admirer le paysage et les envols de canards, oies et cygnes.

L’étape du jour s’annonce un peu plus courte que celle d’hier, mais aussi un peu plus escarpée car elle consiste en la traversée du massif du Morvan d’Ouest en Est. J’apprécie les premiers kilomètres sous un soleil encore timide, mais prometteur.

Très vite, je rejoins le chemin qui longe le canal du Nivernais. Celui-ci traverse l’étang de Baye, ce qui explique la présence intrigante de nombreux bateaux de plaisance sur ce plan d’eau aux dimensions très limitées. Ce canal avait vocation à l’origine de permettre le flottage du bois de la Nièvre jusqu’à l’Yonne et donc, par la Seine, jusqu’à Paris. Son dénivelé important a obligé ses concepteurs à prévoir un grand nombre d’écluses. A la hauteur de Sardy les Epily il y en a même seize à la suite, espacées de quelques centaines de mètres seulement. Les plaisanciers doivent passer plus de temps à écluser qu’à naviguer !

Passé cet épisode bucolique, les choses sérieuses commencent dès le kilomètre 25 ; les montées deviennent de plus en plus fréquentes, de plus en plus ardues et les descentes de plus en plus rares. Cette configuration des lieux a d’ailleurs attiré l’attention des organisateurs d’une course de côte qui aura lieu samedi prochain dans le secteur. Comme j’en discute avec des gens sur le bord de la route, un Néerlandais qui vit ici m’assure avoir tout prévu en achetant deux bouteilles de bon vin et préparé son fauteuil de jardin. 

Comme si la difficulté n’était pas suffisante, je vais me rajouter des kilomètres en faisant quelques erreurs de parcours, ce qui me vaudra, soit de faire demi-tour, soit d’emprunter une autre route pour rattraper mon itinéraire. La cause de ces erreurs est un problème technique sur mon téléphone, qui se met en veille automatiquement, ce qui me fait perdre mon GPS toutes les trente secondes. En plus, la reconnaissance faciale ne fonctionne plus (ai-je déjà tellement changé?) Si bien que je dois à chaque fois taper mon code pour le rallumer. Bref, ça me soûle au point que je préfère parfois naviguer à vue et je manque les embranchements que je devrais prendre, qui sont souvent de toutes petites routes.

Avec tout ce temps perdu, il est déjà 15 heures quand j’arrive au lac des Settons, l’endroit que j’avais prévu pour déjeuner et mon compteur affiche 65 km alors que je n’aurais dû en effectuer que 50. Finalement, l’étape ne sera pas aussi courte que prévu…

Après déjeuner, je retrouve un peu d’énergie pour attaquer les dernières montées. Je prends juste un petit coup au moral quand mon compteur affiche 83 km, soit le total prévu pour la journée, et qu’il m’en reste encore plus de 15 à faire. Je me sens dans la situation d’un biathlète condamné à effectuer un tour de pénalité pour avoir manqué la cible. Et moi j’en ai manqué trois ! Heureusement, ce point fatidique correspond aussi à l’endroit le plus haut du parcours, à partir duquel je vais essentiellement redescendre. Cela me redonne donc de l’allant pour terminer une étape que j’ai bien cru un moment devoir écourter.

J’arrive un peu après 18 heures dans le hameau de Suze, que j’avais identifié comme final de l’étape. C’est beaucoup plus petit que je ne pensais, et les possibilités d’accueil sont limitées. Mais je trouve néanmoins un agriculteur qui accepte que je m’installe au milieu de ses bâtiments. Le garçon n’est pas très bavard, et même plutôt bourru, mais l’endroit est abrité du vent et dispose de l’eau et l’électricité. J’espère juste que ses taurillons dorment la nuit, car pour le moment ils font un bruit d’enfer en passant la tête dans les barres métalliques de leurs mangeoires.

Le lac de Baye au petit matin.
Sortie de tente avec la cagoule.
L’une des seize écluses.
L’Yonne n’est ici qu’un ruisseau.
Pas besoin de baisser la tête.
Le lac de Settons attend les touristes à partir de Pâques.
Paysage du Morvan.
A Vianges, un magnifique demeure bourguignonne.


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6 réflexions sur “Trois tours de pénalité

  1. On a dû partager le même terrain de camping près de l’étang de Baye sauf que les douches au moins de juin étaient accessibles.

    La succession d’écluses après Baye était effectivement magnifique. Mais nous n’avons pas rencontré de Hollandais prêt à écluser avec 2 bouteilles à la main !

    Bonne continuation,

    Martine et Bruno

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  2. Bonsoir .

    Je suit votre parcours cycliste après avoir trouvé votre blog dans la presse.
    Une question me taraude et je me permets de vous la posé.
    Visiblement vous utilisé pas de gps vélo mais plutôt votre téléphone pouvez vous me dire pour quel raison si bien-sûr il y en a une ?
    Cela m intéresse pour mes prochaine sortie vélo qui sont beaucoup plus modeste que les vôtres.
    Anne

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  3. coucou tonton

    Mardi je t ai présenté à mes élèves, ton blog, ton parcours, ton projet, ton trajet…. Et aujourd’hui en fin de journée, ils avaient le choix entre un temps arts visuels ou regarder où tu en étais…. Je te laisse deviner leur choix.

    Certains parlent de toi en disant tonton Pascal 😂

    Je suis payé pour parler de toi, alors que je ne suis pas journaliste 🤣

    Renaud

    Aimé par 2 personnes

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