Jour 41, lundi 23 septembre.

Qalai Khumb -Jak, 45 Km.

Pris par la patrouille !

Rasé et rassasié par le copieux petit déjeuner en terrasse, je pointe dès 8h à la boutique TCell. Derrière son comptoir, l’employé renifle sans arrêt à cause du tabac à priser qu’il s’enfile dans les narines (ici, on prise et on chique plus qu’on ne fume). Il ne pipe pas un mot d’anglais, mais il me fait comprendre que j’ai épuisé mon forfait. Ok, je mets la main à la poche pour les dix jours restants. Mais le réseau reste muet. Et il découvre que je n’ai pas enregistré mon téléphone auprès des douanes, opération normalement superflue pour les touristes munis d’un visa, ce qui est mon cas. Lui ne peut pas le faire, je dois aller… chez le concurrent, Mégaphone, sur le trottoir d’en face. Je traverse donc la rue pour m’entendre réclamer plus de 60€ ! Pas question de payer ce prix là alors que l’abonnement m’a coûté 15€ pour un mois. Je sors alors mon arme secrète, un deuxième téléphone, mon ancien, que j’avais emporté en secours. La carte SIM passe de l’un à l’autre, et le tour est joué ; sauf que les applis ne sont pas à jour, je dois donc faire un partage de connexion entre les deux et les douanes n’y voient que du feu. Ouf !

Tout cela m’a occupé toute la matinée car dans les boutiques, les clients ne connaissent pas les files d’attente. Pendant que le vendeur s’occupe de vous, ils s’avancent au comptoir et soumettent leur problème au pauvre gars qui se retrouve ainsi à gérer deux ou trois clients en même temps. Sans compter l’épouse du préposé qui vient lui faire une demi scène de ménage avec leur gosse sur les bras. Donc, cela prend un certain temps.

Le temps de faire quelques emplettes de nourriture et il est midi quand je démarre sous un soleil de plomb. J’ai 380 kilomètres à faire pour rejoindre Dushanbe, mon terminus. Je me suis donné cinq jours, soit environ 75 par jour en moyenne. La route est belle, il n’y a pas de difficultés majeures je me dis que sur une demi-journée je peux faire une demi-étape, soit une quarantaine de kilomètres. Malgré le vent contraire, la chaleur et quelques bosses bien senties, je vais tenir cet objectif. 

A l’heure du déjeuner, je suis rejoint à l’ombre par deux soldats en patrouille qui viennent s’asseoir à mes côtés. Pas très chaleureux, ils refusent l’eau et les gâteaux secs que je leur propose et limitent la conversation au strict minimum. Quand ils repartent, je ne résiste pas à l’envie de les photographier de dos, avec l’Afghanistan en arrière plan. Manque de bol, le chef se retourne et me voit faire. C’est ce qu’on appelle se faire prendre par la patrouille ! Il revient vers moi et je lui tends mon téléphone avec la photo sur l’écran pour qu’il l’efface, ce qu’il fait, non sans chercher plus loin s’il n’y en a pas d’autres. Dès qu’il a le dos tourné, je plonge dans la corbeille et récupère l’image interdite.

Vers 16h, j’arrive dans le village de Jak avec 45 kilomètres au compteur ; mission accomplie. Deux jeunes m’indiquent un coin de bivouac idéal, plat, herbeux, ombragé, à proximité d’une rivière et d’une source. D’abord accueilli par le chien, j’attends l’arrivée du propriétaire pour m’installer. Celui-ci arrive dix minutes plus tard avec un large sourire et une poignée de main chaleureuse. Je suis le bienvenu, no problem, tu installes ta palatka et ensuite tu viens boire le tchai. Et c’est reparti pour un incroyable accueil dans la famille de Shokhojia, ingénieur ponts et chaussées à la retraite, père de quatre enfants et marié à l’une des institutrice du village.

Quelque peu déshydraté par cette chaude journée, je me ré-hydrate avec force tasses de thé, accompagnées de soupe, de pommes, de raisin et de figues. Un régal. Voyant mes difficultés à tenir assis en tailleur ou à genoux, Shokhojia me propose rapidement de m’asseoir sur une chaise au bord de la manja, cette estrade présente partout au Tadjikistan. On passe là un bon moment, avec la maman et leurs deux fils qui vont et viennent, tandis que les deux filles restent à l’écart. J’observe au passage un fait déjà constaté dans plusieurs familles, les parents ont des enfants jusqu’à un âge avancé. Ainsi, à 64 ans, Shokhojia a un petit dernier, Ayoub, qui n’a que 5 ans.

A la fin du repas, je dois faire de la résistance pour éviter de déménager ma tente que Shokhojia voudrait me voir installer dans le jardin près de la maison, plutôt que sur le terrain attenant. Je suis très bien un peu à l’écart, notamment pour faire une toilette bienfaitrice dans la source, avant de m’allonger sous la toile.

La terrasse de l’hôtel donne sur la rivière.
La taille de l’école coranique témoigne du peu d’intensité de la pratique religieuse.
Côté afghan en revanche, la mosquée est de taille.
Vu !
Shokhojia, Ayoub et Rex.
Le partage du pain, geste symbolique.
Un petit coin de bivouac parfait.

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3 réflexions sur “Jour 41, lundi 23 septembre.

  1. Les aventuriers sont débrouillards, bravo Pascal, tu as toujours la solution quand une difficulté se présente.

    Bonne continuation jusqu’à ton terminus.

    Odile

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