Ghudara-Nisur, 46 Km.
Bartang, belle et exigeante.
Après le petit déjeuner servi à 6h30, Carlos part assez rapidement. Il se presse car il voudrait remonter au Kirghizistan pour voir la vallée d’Arabel avant l’arrivée de la neige. Je l’y encourage car cette vallée est un des plus beaux souvenirs de mon périple dans ce pays.
Pour ma part, je prends le temps de flâner dans le village où je me sens bien. Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que j’y reste une journée de plus. Mais après avoir pris quelques photos et refusé deux invitations à boire le thé, je me décide à poursuivre ma route dans cette vallée de Bartang. Ghudara marque la limite entre les hauts plateaux arides du Pamir oriental et les vallées étroites de la partie occidentale du massif. C’est aussi à partir de Ghudara qu’on retrouve des cultures, alors que seul l’élevage est possible sur les plateaux.
Après quelques kilomètres faciles, et le passage d’un petit pont de bois, la caillasse et les éboulis refont leur apparition, ce qui ralentit ma progression. Cela ne me gêne pas, car j’en profite pour admirer les paysages qui sont absolument grandioses.
Dans la traversée du village de Rukhch, je suis interpellé par les hommes qui sont aussi en plein battage du blé. Ma foi, une petite pause thé vers 11h, cela ne se refuse pas. L’ambiance est la même qu’à Ghudara, bon enfant et solidaire. Outre le thé classique servi à tout le monde, j’ai droit au « pamirski tchaï », le thé pamiri. C’est un thé au lait dans lequel on ajoute une cuillerée de beurre ou de graisse animale, puis on y émiette du pain qu’on laisse gonfler avant de le saisir à la main pour le manger. J’ai bien du mal à finir mon bol et encore plus de mal à refuser la deuxième tournée.
« Davaï, davaï », c’est l’heure de retourner au boulot et cette fois je ne me contente pas de regarder; mis au défi de participer, j’enfile une paire de gants et je me mets en devoir d’enfourner des gerbes dans la batteuse, sous les rires et les applaudissements des hommes du village. Je les quitte en ayant l’impression de faire un peu partie de cette joyeuse communauté.
Après ce moment de convivialité, je dois affronter la principale difficulté du jour, une montée de plusieurs kilomètres sur une piste difficile pour passer de 2.500 mètres d’altitude à près de 3.000. Malgré mes efforts pour rester en selle, je mets souvent pied à terre et j’en fais une bonne partie en poussant Colibri. Je fais aussi de très nombreux arrêts pour admirer le paysage qui est splendide ; la puissante rivière Bartang a creusé son lit dans des gorges étroites et grandioses. Vus de haut, les villages semblent vraiment des oasis de verdure dans un océan de cailloux. Et face à moi se dresse le mont Lapnazar, haut de 5.990 mètres. Le spectacle est à la hauteur de l’effort. La descente est aussi vertigineuse que la montée fut pénible et comme l’heure avance, je me mets en quête d’un endroit pour passer la nuit. Au delà du village de Nisur, mon objectif du jour, je trouve un terrain à peu près plat entre la piste et la rivière. Quelques arbustes épineux devraient l’abriter du vent. Tente montée, je prends le temps d’un copieux dîner, œuf dur, semoule méditerranéenne et yaourt. Royal. Une toilette dans la Bartang, et au lit avant 20h.










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wow!! 11
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Beurk pour le thé pamiri, rien qu’à voir les « yeux » dans ce breuvage. J’espère que ta digestion s’est faite sans problème.
Belles photos sous un ciel souvent bleu.
Odile
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