Jour 35, mardi 17 septembre.

Nisur-Basid, 42 Km.

Intempéries et autres avanies.

Au réveil, je suis un peu barbouillé, sans doute la conséquence du copieux dîner d’hier soir. Du coup, je zappe le petit déjeuner car je n’ai vraiment pas faim du tout. Et ce n’est pas la météo qui va me remonter le moral : pour la première fois de tout mon voyage, je me lève sous un ciel gris et chargé, au point que je crains une averse. Je note d’ailleurs qu’il a neigé sur les sommets environnants, tout saupoudrés d’une couche blanche. Mais le plus ennuyeux et le plus inhabituel, c’est le vent qui souffle en rafales violentes dès ce matin. Il est si fort que je renonce à démonter la tente et je m’y réfugie en attendant une accalmie. Je constate au passage que mon matelas se dégonfle ; pas impossible qu’une épine ait traversé la bâche et le tapis de sol. A vérifier. Au fil des minutes, je commence à me demander si je vais parvenir à démarrer et je m’imagine déjà passer la journée ici. Mais après une petite averse, le temps se calme d’un seul coup et j’en profite pour plier et ranger. Comme je suis quelques mètres en contrebas de la piste, je remonte d’abord les sacoches, puis Colibri à vide. Je suis aidé spontanément par une des deux gardiennes du troupeau de chèvres qui a pris ma place sur le terrain que je quitte.

Il me reste environ 120 Km à effectuer dans cette vallée de Bartang pour rejoindre Rushan et un semblant de civilisation. J’ai prévu trois étapes d’environ 40 Km. L’objectif du jour est Basid, à 36 Km, avec une trentaine de kilomètres sans aucune habitation. Aussi, quand je traverse Yapshorv, très vite après mon départ, je fais le plein d’eau, puis j’effectue une rude montée pour sortir du village. En haut, un jeune gars m’invite à boire le thé, ce que je commence par refuser car mon estomac n’est pas prêt. Mais le type insiste, en me disant que j’ai l’air fatigué, et surtout il me dit qu’il a internet. Argument fort car j’aimerais bien envoyer un message à Marthe et aux filles pour les rassurer après trois jours de silence radio. Je finis donc par me laisser convaincre et je fais demi-tour, croyant aller vers une des maisons situées à la sortie du village. Mais le bougre habite loin, très loin, tout en haut du village et il faut traverser des champs, puis des gués en poussant Colibri à deux. Au total, on va faire presque 3 Km pour arriver chez son oncle où il loge. Plusieurs fois je suis tenté de renoncer mais la perspective d’envoyer un message rassurant me motive.

Nous buvons donc le thé en discutant beaucoup car Tabib parle bien anglais et il est intéressant. Mais quand je redemande pour internet, il m’annonce qu’il faut aller dans une autre maison ! Cette fois, je renonce, je laisse un billet car j’ai compris que sa démarche n’est pas désintéressée et je me remets en selle après avoir re-traversé les champs et les gués. A ce moment là, le temps est épouvantable et Tabib tente encore de me retenir pour m’héberger. Mais je veux avancer absolument et respecter mon tableau de marche afin d’arriver à Rushan jeudi soir.

Cette journée restera comme une des plus maussades et éreintantes de mon voyage, même si le profil n’est pas très exigeant car majoritairement descendant. Mais la piste est infecte, pleine de cailloux qui descendent des versants des montagnes. Pour ce qui est de la météo, ce sera une alternance de soleil et de nuages, le vent, parfois accompagné de pluie soufflant en rafales. Ajoutée à cela une douleur dans le dos contractée ce matin en poussant le vélo, et voilà une journée 95% souffrance et 5% plaisir, vu que les paysages dans la grisaille sont moins chatoyants.

En chemin, plusieurs endroits sympathiques me font de l’œil pour m’y arrêter, mais je tiens à aller au bout car sinon, c’est une journée de plus pour aller à Rushan. Sur la fin, je compte les kilomètres, puis les hectomètres qui me séparent de Basid. J’avoue que l’entrée dans le village me rend fier car je suis allé puiser très loin les ressources nécessaires pour boucler cette étape qui m’aura littéralement cassé les bras, les épaules et le dos. Heureusement, le « home-stay » qu’on m’indique est très moderne et je peux bénéficier d’une douche bien chaude qui me fait du bien. Mais en attendant l’heure du repas, je n’arrive pas à me réchauffer à cause de la fatigue et aussi sans doute du peu d’aliments ingurgités dans la journée. Peut-être mon corps est-il en train de me dire quelque chose du genre : « Hé, Coco, tu n’as plus 20 ans, il va falloir te calmer ». Promis, mon corps, je vais me calmer, quand j’aurai bouclé ce voyage. 

Ajouté à la douche, le dîner copieux me remet d’aplomb, mais c’est sans retenue que je me jette dans le lit de ma confortable petite chambre toute neuve pour effacer les traces de cette journée harassante.

Les chèvres n’ont pas attendu mon départ pour reprendre possession des lieux.
Parfois le torrent suit la piste … ou l’inverse.
Le thé chez Tabib.
La grisaille a dominé cette journée.
De beaux moments quand même.
Trois lits, l’embarras du choix.

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5 réflexions sur “Jour 35, mardi 17 septembre.

  1. Bonjour Pascal,

    Nous sommes heureux d’avoir de tes nouvelles à travers ton blog. Nous te souhaitons une excellente poursuite dans ce merveilleux pays. Nous sommes rentrés en Auvergne pour une reprise de nos activités professionnelles. Notre voyage a été magnifique par la beauté des lieux, par la richesse en vies partagées, en regard croisés, en âmes touchées.

    Bonne continuation

    Béatrice et Jean Paul RADIC

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  2. Je te souhaite une journée plus douce demain après une nuit reposante. Tiens bon, c’est tellement extraordinaire ce que tu fais. Marthe va savoir t’apporter tous les soins attentifs à ton retour.

    Odile

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