Jour 24, vendredi 6 septembre 

Kuna Kurgan-Kuna Kurgan, 60 Km.

Une journée de m…

Au moment de faire le bilan de cette journée, je n’ai que cette expression là à l’esprit : une journée de m… J’ai presque envie de dire : circulez y’a rien à voir.

Tout avait pourtant bien commencé avec un petit déjeuner en famille chez Ikhbal, puis un départ salué par des « bye-bye » amicaux. Je pars pour effectuer sur deux jours une boucle de 80 kilomètres sur laquelle deux sites sont signalés : un (faux) cratère de météorite et un ancien observatoire astronomique soviétique. Un jour pour le cratère, un jour pour l’observatoire avec un bivouac entre les deux, le programme est sympa.

Ce qui l’est moins, c’est cette route qui mène vers la Chine. D’abord elle ne compte qu’une dizaine de kilomètres d’asphalte défoncé par les camions. Puis elle se multiplie en une multitude de pistes plus ou moins parallèles dont on ne sait jamais laquelle emprunter. Parfois je fais le bon choix, d’autres fois je pars m’engluer dans le sable ou me faire secouer sur la tôle ondulée. Bref, c’est de la piste. Le décor semble tiré d’un Mad Max : du sable, des cailloux, quelques rares végétaux et au loin la montagne. Pour compléter le tableau, il faut ajouter le vent qui soulève le sable et forme parfois des mini tornades. Autant dire que personne ne vit dans ce monde inhospitalier, ce qui en fait un désert au sens propre du terme. 

Mais je m’en moque un peu, excité à la perspective de découvrir ces sites remarquables. Quand j’arrive au pont qui marque le principal repère pour trouver le cratère, je scrute tout autour de moi ; pensant avoir trouvé le bon endroit, je pose colibri et je monte à pied, pour examiner le fameux cratère de météorite, qui n’est en fait qu’un effondrement rocheux. Je trouve effectivement un trou d’une dizaine de mètres de diamètre mais rien d’extraordinaire. Suis-je au bon endroit ? Pas sûr. Je casse la croûte sur place puis redescends vers une base de travaux où je pourrais peut-être recueillir des informations. Mais le lieu est désert, donc je passe mon chemin sans savoir si j’ai vraiment trouvé le site indiqué sur les cartes.

Je m’engage alors sur la suite de la piste pour me diriger vers le deuxième objet de mes visites, mais devant moi se présentent un tel nombre de pistes possibles, que je ne sais à quel sable me vouer. Je choisis celle qui va le plus vers le sud, la direction indiquée sur la carte. Mais très rapidement elle oblique vers l’Est et s’engage dans le massif montagneux, ce qui ne correspond pas à mes prévisions. Hors connexion et trop imprécis, Google Maps et Openrunner sont incapables de venir à mon secours. Alors, plutôt que de prendre le risque de me perdre, je choisis l’option sécurité et je fais demi-tour, ce qui n’est jamais agréable, surtout que je sais ce qui m’attend : des cailloux, du sable et du vent. 

Le retour est pénible et, malgré mon envie de revenir jusqu’à Murghab, je m’arrête une quinzaine de kilomètres avant, pas loin du village d’où je suis parti ce matin. Une belle étendue d’herbe au bord de l’eau va accueillir ce bivouac d’urgence. La tente montée sous les rafales, je fais une bonne toilette dans la rivière car je suis couvert de poussière, puis je m’enferme sous la tente sans avoir le courage de faire du feu pour me chauffer un plat. De toute façon, le vent anéantit tout espoir de maintenir une flamme en vie. Un bout de saucisson et des gâteaux secs feront l’affaire pour ce soir. Au passage, je m’aperçois que j’ai perdu le super petit couteau pliable offert par mon ami Jean-Lou; une journée de m… je vous dis.

Un adorable petit chien, qui n’aboie pas et ne renifle pas mes provisions (critères pour mériter le qualificatif d’adorable), vient se coucher dans l’herbe à quelques mètres de ma tente. Je me sens moins seul…

Le dortoir des enfants.
Au moment des adieux, les enfants ont le sourire triste.
Un paysage de désolation.
Le vent violent soulève le sable.
De drôles de cercles de pierres.
Mon compagnon d’un soir veille sur moi.
Sur la rive opposée, un cheval vient s’abreuver.

20 réflexions sur “Jour 24, vendredi 6 septembre 

  1. Coucou Pascal, je compatis à ta journée merdique, mais après la pluie vient le soleil alors… demain sera un jour radieux. Tu mériteras ta médaille d’or à l’arrivée. Quel courage devant toutes ces difficultés que tu gères très bien.

    Avec toute mon admiration.

    Odile

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  2. Merci de ces belles photos,de ces beaux récits parsemés d embuches,d’humour et plein d’humanité.

    un vrai plaisir chaque jour!

    belle aventure et bon courage

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  3. Bonjour Pascal content de te retrouver, c’est vrai que 3 jours sans nouvelles c’est long..le principal c’est que tout va bien pour toi, on attend la suite du feuilleton. Courage et à bientôt, amitiés
    Claude

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  4. merci du partage de ta cyclo-humaine -aventure…!tu nous transportes dans des régions bien belles.et te suivre par la lecture de ton blog si agréablement écrit est un plaisir! Bravo! prends soin de toi et de colibri! Bonne suite de découvertes.

    martine.gruer

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  5. c’est vrai que de ne pas avoir vos nouvelles en fin de journée était inquiétant, ravie de vous retrouver avec vos aventures toujours aussi romanesques. Merci de nous faire voyager et partager vos découvertes.

    bonne route !

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  6. Rouler sans slip, être importuné par des chiens errants, devoir caresser les fesses d’un taureau de 600kg est truculent mais l’absence de nouvelles pendant 3 jours commençait à fortement inquiéter la gynécée coconniesque ! 

    Les regards inquiets étaient tournés vers les hauts plateaux du Tadjikistan. Les gendres ont dû s’employer à rassurer les filles de l’Homme des hautes plaines dont on ne doute plus, cependant, qu’il soit plein de ressources… merci pour tout le récit de vos aventures, drôle et touchant, d’hommes et de femmes, vivant à côté de nous, mais menant des vies si différentes. Loin des discours stupides ou idéologiques sur la question de l’autre et du racisme, vous vivez ce que vous êtes profondément : un humaniste. On vous suit, faites attention à vous. 

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  7. Ouf, le temps nous a paru long sans lecture depuis plusieurs jours. Ne manquent plus que les photos correspondantes, notamment pour juger de « l’adorabilité » du petit chien 😄

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  8. Bonjour Pascal, après ces quelques jours où tu avais disparu des radars, te voilà de retour parmi nous. Donc, heureux de retrouver tes aventures. Patrick Communeau

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