Jour 12, dimanche 25 août 

Khorog 

Initiation à la culture pamirie.

Dès le réveil, je vérifie l’état de Colibri. Car, si le voyage a été fatigant pour moi, il a été usant pour lui, perché sur la galerie et sérieusement balancé en tous sens. Effectivement, il fait grise mine, couvert de poussière et un peu secoué. Je passe un bon moment à lui redonner une allure correcte, à revisser certaines vis, à détordre un porte-bidon et à graisser la chaîne. Je dois aussi jeter un bidon (celui du mont Ventoux, snif), percé en route. Une heure plus tard, il semble en mesure de reprendre la route.

Ce qui n’est pas mon cas. Je constate en voulant poster mon blog que j’ai perdu la connexion internet. Pensant que c’est spécifique à l’hôtel, je marche vers le centre-ville mais rien n’y fait, je n’ai pas de réseau. J’ai beau tenter quelques manipulations, impossible de me connecter. Dans ces conditions, il m’est impossible de prendre la route, et comme la boutique TCell est fermée le dimanche, je suis condamné à attendre l’ouverture demain matin. Je trépigne car j’ai hâte de m’élancer sur cette Pamir Highway, mais sans réseau, c’est impensable.

Le partage de connexion gentiment proposée par mon compagnon de chambre indien me permet au moins de poster mon blog et de rassurer la famille. Pour le reste, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je choisis d’aller visiter la ville. Visiter est un bien grand mot car cette capitale régionale de 20.000 habitants n’offre que peu d’attraits : une petit square officiel, un théâtre, un stade, une université et deux ponts, voilà l’essentiel à découvrir. Je flâne donc à vélo, repérant au passage l’itinéraire pour demain matin. J’enrage de ne pas pouvoir contacter Shamima, ma professeur de Pamiri, qui m’a proposé hier de me faire découvrir les secrets de la culture pamirie. C’eût été une excellente introduction et une bonne façon d’occuper cette journée gâchée.

Pour déjeuner, j’achète quelques provision et j’improvise un pique-nique sur la place principale. Pour me consoler, je m’offre ma première bière. Assis sur mon banc public, je me sens un peu clodo, mais surtout j’ai l’impression de perdre mon temps, ce qui m’agace, alors qu’il suffirait d’un coup de fil pour bénéficier d’une visite guidée de la ville.

Bien remonté par la bière, je prends mon courage à deux mains pour aborder un passant à l’air avenant. Je lui demande d’appeler Shamima avec son téléphone, ce qu’il fait gentiment. La jeune femme est ravie et passe me prendre à mon hostel une heure plus tard, accompagnée d’une amie. Toutes deux sont habillées à l’européenne, soigneusement maquillées et très attentives à leur look. Pas vraiment représentatives de la population locale. Outre les monuments que j’avais vus le matin, elles me font découvrir un grand jardin public doté d’un beau bassin de baignade rempli avec l’eau de la rivière. 

Elle appelle ensuite un taxi pour me faire visiter une maison pamirie traditionnelle, en l’occurrence celle construite par ses grands-parents dans les années 70 et désormais habitée par leur plus jeune fils, ainsi que le veut la tradition.

La particularité est la vaste pièce de vie centrale. On peut s’y asseoir sur plusieurs niveaux d’estrades, y manger, y dormir comme dans un dortoir et danser dans sa partie centrale lors des fêtes de famille. Sa structure en bois est soutenue par cinq piliers, qui représentent Mahomet, Ali, Fatima, Hassan et Hussein, personnages sacrés pour les Chiites. Car on est ici en terre chiite, contrairement au reste du pays qui est d’obédience sunnite. Au centre, trône un poêle, dont la fumée s’échappe par une fenêtre de toit et au fond un buffet garni de vaisselle pour famille nombreuse. Cette vaste pièce centrale sert aussi de salon et, si besoin, de chambre à coucher pour au moins une vingtaine de personnes. Jusqu’au début du siècle, les familles avec dix enfants n’étaient pas rares. Autour de cette pièce traditionnelle, des extensions successives ont permis de développer une maison plus contemporaine. Ce modèle de maison reste aujourd’hui encore la base de la construction dans le Pamir.

Shamima m’emmène ensuite chez ses parents où je suis reçu par sa sœur et sa mère, ravies d’accueillir un étranger. C’est une famille aisée et éduquée, très ouverte aux autres. Elle nous prépare le chi-choi, le thé au lait traditionnel, légèrement salé, agrémenté de brisures de noix et d’une noisette de beurre. Pas vraiment digeste mais tout à fait buvable. On y trempe des «  mouillettes » d’un pain spécial. Cela constitue le petit déjeuner préféré des Pamiris.

Ce premier contact avec la culture locale est complété par un cadeau aussi sympathique qu’encombrant, un chapeau traditionnel tout droit sorti de la garde-robe du papa. Et c’est affublé de ce couvre-chef que je traverse la ville pour regagner mes pénates, lesté en outre de deux bons kilos de pommes et de poires. Il va falloir faire de la place dans les sacoches !

Khorog vu du « Café Panorama ».
Un abribus clairement daté.
Le dimanche, on lave les tapis en famille.
Une belle piscine naturelle.
Le grand salon de la maison traditionnelle.
Shamima et sa tante, deux générations, deux styles vestimentaires.
Shamima, sa sœur et sa maman m’ont offert un chapeau pamiri.

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10 réflexions sur “Jour 12, dimanche 25 août 

  1. C’est la 5ème saison de « pascalcocoavelo » et on ne s’en lasse pas, tes voyages sont toujours aussi riches de belles rencontres et de paysages grandioses. On souffre avec toi parfois, on s’émerveille avec toi….merci pour ces bons moments de lecture quotidiens. Monique

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  2. ce chapeau te va très bien et cette journée finalement positive te permettra de démarrer du bon pied, à demain pour de nouvelles aventures

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  3. En te lisant, je voyais un chapeau à bords mexicains!
    Nous avons visionné hier soir le doc « les routes de l’impossible au Pamir ». J’en tremble encore!!! Take care. Thierry

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  4. Tu aurais pu écrire : « Devant moi marchait ShamimaIl avait un joli nom, mon guide, Shamimaaaa » 😉. Un beau dimanche ma foi, en espérant que ce lundi matin apporte une solution à ta perte de connexion afin de reprendre la route au plus vite. Isabelle Ferrand

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