Jour 9, jeudi 22 août 

Takfon-Dushanbé, 86 Km

La grande descente.

Pas glamour, le coin, mais propice au sommeil ! J’ai dormi comme une souche, bercé par le ronronnement incessant du trafic. Mais curieusement, ce matin, je ne ressens pas du tout la même envie qu’hier de prolonger ma présence dans cet endroit… Je me contente donc de petit déjeuner, remballer mes affaires, plier la tente et remonter le tout au niveau de la route car je suis en contrebas. Avec Colibri sur le dos, l’escalier me semble bien raide. La boutique est fermée, je ne peux donc pas racheter quelques provisions et dire au revoir à mon jeune pompiste. 

Comme je le pensais, j’en ai terminé avec la partie la plus difficile du col, mais cela ne veut pas dire que la route ne monte plus. De 2.350 mètres, il faut encore que j’atteigne 2.700 pour basculer dans la vallée de la Varzob. À part quelques petites rampes qui font mal aux pattes dès le matin, le pourcentage est raisonnable et la montée se fait bien.

Quand j’arrive à l’entrée d’un tunnel, je crois en avoir terminé avec la montée. Je m’équipe donc de toutes mes lampes pour effectuer la traversée. Mais je me rends très vite compte que ce n’est pas le grand tunnel que j’attends. Celui-là ne fait qu’environ 500 m de long et à la sortie, ça monte toujours.

Il me faut vraiment arriver à l’altitude de 2.700 mètres pour voir enfin le vrai tunnel, celui qui marque la fin de l’ascension.

Comme celui d’avant-hier, la moitié du tunnel est fermé pour travaux. La circulation se fait donc dans les deux sens dans un seul boyau. En plus, les voies de circulation me semblent plus étroites que dans le précédent et il n’y a aucun éclairage.  Mais surtout, en m’approchant de la gueule du monstre, je suis horrifié. Il s’en échappe une sorte de fumée mêlée de poussière qui ne me donne vraiment pas envie de plonger dedans. Au risque d’accident s’ajoute donc celui de l’asphyxie; merci beaucoup. Cette fois, je décide de ne pas courir les risques et je renonce à franchir à vélo ce tunnel de 5 kilomètres de long. Une seule solution : trouver un véhicule qui accepte de me faire traverser. Trois gars, à côté d’une Lada pourrie, sont à peu près dans la même situation que moi ; leur voiture est en panne et ils cherchent un autre véhicule pour les tracter. Étonnamment, nos deux galères vont se résoudre simultanément ; un camion benne orange accepte de les prendre en remorque. Du coup, ils me font signe de monter avec eux. Je ne vois pas trop ce qu’on va faire de Colibri, mais eux, ils ont la solution : on le charge sur la galerie. Pas le temps de réfléchir, en deux temps trois mouvements Colibri et ses sacoches sont hissés sur le toit de la Lada. J’embarque à l’arrière par la seule portière qui fonctionne et nous voilà partis, accrochés au camion-benne par une simple sangle.

Durant les vingt minutes que va durer ce périple, je surveillerai tout bruit suspect venant du toit, de crainte que quelque chose se décroche et tombe. J’ai beau réfléchir et me convaincre que tout est bien arrimé, je ne serai vraiment tranquille qu’une fois arrivé au bout. Je regretterai d’autant moins d’avoir opté pour cette solution que le tunnel est quasiment inondé sur plusieurs centaines de mètres. Bref, le retour à la lumière du jour est une véritable libération. Une fois la sangle décrochée et Colibri descendu de la galerie, la galère est terminée pour moi. Mais pour les trois gars et leur Lada, ce n’est qu’un épisode et ils ne sont pas sortis de l’auberge. Au fil des kilomètres suivants, je les croiserai de nouveau cinq ou six fois, tantôt montant une côte tirés par un autre véhicule, tantôt poussant leur voiture sur du plat, tantôt descendant à tombeau ouvert en roue libre.

Je ne peux m’empêcher d’admirer cette capacité à résister aux éléments contraires et à poursuivre coûte que coûte leur route dans ces conditions. La dernière fois que je les ai vus, ils franchissaient le péage avant Douchanbé; ils poussaient leur Lada…

Une fois le tunnel franchi, il me reste environ 60 km pour atteindre la capitale. Je savais que la pente serait à mon avantage, mais je n’osais imaginer à quel point. Après quelques kilomètres de descente vertigineuse, la pente s’adoucit et c’est un faux-plat descendant qui m’emmène jusqu’à Dushanbé ! Je n’en demandais pas tant. Du coup, lors de mon arrêt déjeuner, je réserve mes deux nuits au Green House Hostel, une auberge de jeunesse appréciée des voyageurs aventuriers.

Les seuls obstacles sont des petits tunnels, dix-sept au total, dûment numérotés en ordre décroissant. Je franchis les plus courts en allumant simplement mes lumières; les plus longs, quelques centaines de mètres, font l’objet d’une « déviation », en fait l’ancienne route, qui m’évite de m’y engager.

J’arrive sans encombre au Green House vers 16h et je m’installe dans le dortoir qui m’est assigné. Le premier objectif est évidemment la douche, mais là, déception, seul un mince filet d’eau froide coule de la pomme et, même si cela me fait du bien, ce n’est pas le panard attendu. Je profite ensuite de la fraîcheur de la chambre climatisée pour me reposer un peu. Puis je vais faire un tour dans les rues surchauffées pour acheter quelques provisions pour le dîner. Je suis tout heureux de trouver des œufs, je vais donc pouvoir me faire une petite omelette ce soir.

Pendant que je rédige ce blog dans la cour de l’auberge, les arrivées de motards se succèdent ; tous ont l’air de se connaître et n’en finissent pas de se raconter leurs journées respectives. Côté cyclistes, un couple d’Allemands fait le même périple que moi, mais dans l’autre sens; ils reviennent du Pamir et se dirigent vers Tashkent. On échange les bons plans; je leur conseille vivement le détour par le lac Iskander.

Après dîner, je retourne me promener dans le quartier, en attendant de visiter Douchanbé demain.

Quand nécessité fait loi, on ne choisit pas son point de chute.
Une cabine de téléphérique transformée en cabine de check point.
J’veux pas y aller !
Et hop ! Colibri est sur le toit.
De beaux moments quand même.
La Lada poussée dans les travaux.
Premier objectif atteint.
Le drapeau national s’affiche vraiment partout.

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11 réflexions sur “Jour 9, jeudi 22 août 

  1. Merci Pascal pour ces récits passionnants.

    Profites à fond de cette inoubliable aventure.

    Belle continuation et des bises depuis mon canapé…pas bien courageuse moi !

    Martine.

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  2. Tous les matins, tu nous accompagnes pour le petit déjeuner, et le plaisir de te lire ne diminue pas. Aujoud’hui, on a fait 2 épisodes d’un coup. Le festival est chronophage, du coup les nuits sont plus courtes.

    C’est facile d’avoir le maillot jaune quand on pédale tout seul! Garde le! Ne prends pas de risques! Bravo ! Au plaisir de te lire demain. Bonne route.

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  3. Merci de nous faire partager tes aventures Pascal, j’attends avec impatience ma lecture matinale et je suis toujours stupéfaite par tes capacités physiques et mentales!

    Profites bien de ton voyage… bon courage 😉 bisous 😘

    Séverine

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  4. Hello cousin… Cela continue fort 😅… Et un doute vient de me gagner … As-tu tes lunettes de soleil avec toi pour toutes ces aventures ? J’en ai trouvé une paire estampillée Sablé Optic dans les toilettes de mon petit 6e 🤣 !!!

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      1. Me voilà rassurée si elles sont exclusives de tes soirées parisiennes 🎶… En attendant profites de tes soirées « tadjikiennes » 🎶… Bon pédalage, cousin…

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  5. Coucou Pascal,

    Déjà pas mal d’aventures et de dénivelé pour ce début de voyage.

    Pause et visites seront les bienvenues j’imagine !

    Des bisous de Michel et moi

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  6. dès juin 1976, J Chirac disait qu’en septembre « la France verrai la fin du tunnel ». Nous sommes en septembre. ALORS!

    Amitiés. Thierry B

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