Jour 8, mercredi 21 aout, 

Iskander-Takfon, 43 Km.

D’Iskander à la galère.

Le lac Iskander est un petit lac naturel de forme triangulaire, alimenté par la rivière Saritag et plusieurs torrents. Il tient son nom d’Alexandre le Grand, passé par là en allant conquérir les Indes. Il donne naissance à la rivière Iskander Daria qui s’écoule librement de sa pointe Nord. C’est d’ailleurs étonnant de voir le débit qui s’échappe du lac à chaque seconde. Il doit forcément se remplir d’autant par l’autre bout.

Après la lumière du soir, je profite de celle du matin qui donne un autre relief aux montagnes alentours. Je prends tout mon temps pour déguster mon petit déjeuner et faire mes ablutions, rasage inclus, le premier depuis mon passage mémorable chez le barbier.

Mon voisin russe est déjà parti en randonnée, le peintre passe me voir pour me donner 1 kilo d’abricots. Bien décidé à profiter au maximum de ce site, j’entreprends la petite marche qui mène à un autre lac, le Snake Lake, mais dont l’intérêt est mineur. En revanche, la cascade de la rivière Iskander est très spectaculaire. On n’y accède après une marche d’une vingtaine de minutes au milieu des éboulis. Arrivé sur place on peut profiter au mieux du spectacle en s’avançant sur une plate-forme métallique ajourée qui a été installée au-dessus des chutes d’eau. Déconseillé aux personnes sujettes au vertige.

Cette fois, il est temps de quitter ce lieu enchanteur. Le garde-barrière, pas le même qu’hier, me demande quelque chose. Je lui réponds « All is OK » et je file sans attendre mon reste.

La remontée des 280 mètres inutiles se fait sans trop de problèmes. Et cela me permet de voir le paysage sous un autre angle. Quant à la descente, elle se fait debout sur les pédales, les mains crispées sur les freins, et surtout les yeux rivés sur la piste car la moindre seconde d’inattention peut être synonyme de vol plané.

Quand je retrouve la route principale, la M 34, je bénis la qualité de son revêtement, mais je maudis l’intensité de son trafic. Il me reste tout juste 100 km à faire pour rallier Douchanbé. J’aimerais bien le faire en deux jours mais je sais qu’une grosse montée m’attend ainsi qu’un tunnel. Je voudrais franchir ces deux obstacles aujourd’hui pour avoir une journée plus tranquille demain. Ça c’est la théorie, et puis il y a les évènements qui commandent…

Quand la route s’élève, je ne suis pas étonné. Je sais que je dois franchir un col pour passer d’une vallée à l’autre. A la sortie de Takfon, les lacets se succèdent et ma vitesse n’excède que rarement les 5 km/h. Les très nombreux camions chargés de charbon qui fréquentent cette route ont autant de mal que moi à les franchir et il s’installe une espèce de complicité entre galériens de la route. De ce fait, les coups de klaxon et les encouragements redoublent. 

Comme hier, le ciel s’assombrit, l’orage gronde au loin et quelques gouttes de pluie font leur apparition. Mais je n’y prête pas attention car c’est déjà arrivé plusieurs fois sans que jamais une véritable averse arrive. Mais voilà, l’histoire ne se répète pas toujours. Et cette fois c’est du sérieux. Quand l’orage me tombe dessus, j’ai tout juste le temps de me réfugier sous le surplomb d’un gros rocher sur le bord de la route. Colibri, lui, prendra l’averse de plein fouet. Au début, je ne m’inquiète pas, car c’est si violent que j’imagine que cela va passer très vite. Mais d’abord cela tourne à la grêle et la pluie battante ne fait qu’augmenter. Au point que l’eau ruisselle sur l’arrondi de mon rocher et finit par me couler dessus. Je me recroqueville alors tout au fond de mon trou dans une position assis/allongé plutôt inconfortable. Cela me permet de garder le haut du corps au sec, mais le bas, de la ceinture aux chaussures est complètement trempé. Il faudra une bonne demi-heure avant que je puisse remettre le nez dehors, changer de T-shirt et enfiler une veste imperméable. Je repars, équipé du gilet jaune et de la lumière arrière car la luminosité a sérieusement baissé.

La route continue de monter inlassablement Mais, mis à part quelques portions à 9 et 11 %, je parviens à conserver un bon petit rythme. Autour de moi, les odeurs de moteurs qui souffrent, d’embrayages qui patinent et de freins qui chauffent envahissent l’atmosphère. Beaucoup de camions roulent avec le capot moteur ouvert pour éviter la surchauffe. L’un d’eux explose son carter en roulant sur une grosse pierre; fin de trajet pour lui.

De mon côté, je ne surchauffe pas, mais je commence à saturer. Je m’aperçois soudain qu’il est 17h30, et il y a urgence à trouver un point de chute. Tandis que la pente diminue et que je pense avoir passé le plus difficile, j’espère avoir trouvé l’endroit idéal : un champ récemment fauché au bord d’un torrent. Je descends le raidillon qui y mène, et j’interpelle l’homme qui s’y trouve. Malheureusement, il n’est là que pour garder les lieux et doit impérativement refermer la barrière ce soir avant de partir; impossible donc de m’accueillir. Dépité, je remonte péniblement le raidillon et je vais voir un peu plus loin. A moins d’un kilomètre, je tombe sur une station-service qui fait aussi épicerie. Je commence donc par acheter un peu de ravitaillement pour ce soir et je demande au jeune vendeur la possibilité de planter ma tente derrière la boutique. Permission accordée. Même si ce n’est pas très glamour, je n’ai ni le courage ni l’envie d’aller plus loin. J’effectue un montage de tente rapide car l’orage menace à nouveau. Du coup, elle est tout de guingois, mais tant pis, je suis trop fatigué pour recommencer.

Mon petit coin de paradis.
Le matin, c’est bien aussi.
La plateforme au dessus de la cascade.
Pendant ma balade à la cascade, Colibri est gardé par l’épicière.
Pendant l’averse de grêle.
Un lacet après l’autre.

12 réflexions sur “Jour 8, mercredi 21 aout, 

  1. Ben! dis donc, le beau, ça se mérite vraiment ! Entre les émanations nauséabondes, les raidillons«intenses», le ciel qui se vide et j’en passe…les photos sont magnifiques,, on les regarderait presque que d’un seul œil tant c’est facile depuis le fauteuil confortable…de grosses bises avant une balade, à pied et fort simple pour admirer la marée de 108… G&Y

    J’aime

  2. Merci Pascal pour ce partage d’aventure.

    Pas toujours simple, surtout quand l’orage s’invite mais demain sera un autre jour et la richesse de tes rencontres valent quelques efforts ;-). Au plaisir de te lire.

    J’aime

  3. Et hop, c’est reparti pour les lectures palpitantes et drôles de tes aventures au long cours ! Merci de nous faire partager tout ça. Prends soin de toi. Isabelle Ferrand

    J’aime

  4. 4ème essai, à deux doigts de sauter par la fenêtre (je suis au rez de chaussée).
    Espérons que le mot de passe tordu que l’on m’impose va fonctionner
    Thierry B

    J’aime

  5. deuxième essai, aves encore un changement de mot de passe. C’est pénible mais moins que d’être planqué sous l’orage.
    Amitiés. Thierry B

    J’aime

Répondre à greatsecretly2b627c86b7 Annuler la réponse.