Karzink-Zapravska (Tj), 92 Km.
La boulette !
Ce dont j’avais besoin c’était un bonne nuit; eh bien c’est raté. La chaleur, les moustiques, l’âne du voisin et les chiens du quartier ont tous contribué à me pourrir le sommeil. Du coup je suis levé à 5h et à ma grande surprise, je découvre que Ziot est déjà debout aussi. On prend un petit déjeuner identique au dîner d’hier soir et on se sépare avec force effusions.
A 6h je suis en selle pour profiter de la relative fraîcheur. Sur les 20 premiers kilomètres, la route est plutôt défoncée, le bitume parfois absent. Mais la circulation y est relativement calme. Après une trentaine de kilomètres je rejoins la grande route que j’avais choisi de délaisser hier soir au profit de cette petite route plus tranquille. À 9h, j’ai déjà bouclé 40 km soit environ la moitié du trajet jusqu’à la frontière.

A Oybec, je passe un point de contrôle où je prends soin de saluer aimablement les policiers qui regardent passer les voitures. Juste après, un automobiliste me fait des grands signes pour m’inviter à faire demi-tour. De quoi j’me mêle ?!
Les 20 kilomètres suivants sont effectués sur une 2×2 voies en mauvais état et très fréquentée. Le soleil recommence à taper dur et je m’arrête plusieurs fois pour tremper mon t-shirt et acheter des bouteilles d’eau.
A la sortie de Zafar, je suis hèlé par un jeune gars. Cela m’arrive souvent, mais en général je me contente de répondre d’un signe de la main, ne pouvant pas répondre à toutes les sollicitations. Mais cette fois le gars semble insistant et m’invite à venir le rejoindre. Lui même cyclo-voyageur il est allé à Moscou et en Finlande à vélo. Et là, stupeur, il m’apprend que le poste frontière vers lequel je me dirige est fermé aux étrangers. Me suis-je trompé ? Ou la situation a-t-elle changé depuis que je me suis penché sur cette question ? Toujours est-il qu’il est sûr de lui, je ne passerai pas la frontière à cet endroit. Il faut que je revienne en arrière jusqu’à Oybec. Et là, une lumière s’allume : Oybec, mais c’est bien sûr. C’est là que les policiers m’ont salué et que l’automobiliste énervé m’intimait de faire demi-tour. Lui aussi savait … Je suis passé à deux pas du poste frontière ouvert aux étrangers et j’ai filé plus loin parce que l’itinéraire me semblait plus direct pour la suite. La loose ! J’ai gagné 20 kilomètres de marche arrière, et pas des plus agréables, sur cette 2x2voies toute droite et bien ensoleillée. C’est le prix à payer pour une erreur de débutant !
Juste avant d’arriver à Oybec, je m’arrête manger. Je suis si fatigué que j’ai du mal à finir mon lagman, une soupe de nouilles aux légumes et à la viande de mouton. Je n’ai qu’une envie, m’allonger et dormir.
Mais je suis trop près de la frontière pour renoncer à la franchir. Je décide donc d’y aller et de me trouver rapidement un coin de sieste et de bivouac, mon premier au Tadjikistan.
Comme je ne suis pas certain de trouver une carte SIM tadjike juste à la frontière, je vais peut-être être privé de réseau jusqu’à demain soir.
Finalement le passage de la frontière s’est bien passé. J’ai grugé toute la file de camions sur au moins 500 mètres et on m’a fait passer par la file des cars. Le plus compliqué a été de décrocher toutes les sacoches pour les passer au scanner. La préposée au contrôle me fait même ouvrir la sacoche de selle. Comme rien d’anormal n’est détecté, son air revêche se transforme soudain en grand sourire et on échange un peu en anglais. Plus loin, au contrôle des passeports, ma nationalité fait réagir le douanier, qui me sort quelques phrases tout droit sorties de son manuel scolaire. Du genre : « Bonjour monsieur l’épicier, quel est le menu aujourd’hui ». Puis il bascule sur l’allemand : « Guten Tag, wie heissen Sie ? », phrase suivie d’un rire sonore.
Côté Tadjik, la vérification du passeport prend un peu de temps, mais en revanche mes sacoches ne sont pas inspectées. Une fois suffit.
Mon passage suscite pas mal de curiosité, notamment d’un groupe de Tadjiks émigrés en Pologne, qui rentrent au pays pour les vacances.
Comme prévu, je laisse juste passer quelques kilomètres pour sortir de la zone frontalière avant de chercher un bivouac. En effet, les relations entre les deux pays sont un peu tendues pour des questions territoriales. Le Tadjikistan ne réclame pas moins que Samarcande et Bukhara !
A mon entrée dans le premier village, un marchand de pastèques m’invite à goûter ses produits. Une bonne façon d’entrer en contact. Tout en dégustant une énorme tranche juteuse, je demande par mimiques la permission de bivouaquer sous un bouquet d’arbres aperçus juste en face. Permission accordée. Arrivé sur place j’avise le propriétaire qui travaille dans le champ en question. Permission confirmée. Il m’autorise même à traire la vache et, quelques minutes plus tard, arrive avec une pastèque et du pain ! Je me vois bien manger le pain, mais la pastèque, qui pèse au moins 6 kilos, est un peu encombrante. Un peu plus tard, deux jeunes garçons m’apportent du pain et des korots, ces petits fromages très secs et très salés que j’ai goûtés au Kirghizistan. Voilà mon dîner tout trouvé !
Après une toilette au tuyau d’irrigation, je m’offre une petite sieste, prélude à une nuit sous les étoiles.
PS : ma carte SIM ouzbèque fonctionne encore à proximité de la frontière, ce qui m’a permis d’envoyer ce texte.










Mon précédent commentaire a disparu??
Quel beau périple! Tout coeur avec toi. Profites au max.
des bises
Martine
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Laisse moi le temps de le valider. Y’a pas de wifi à chaque coin de rue ici. D’ailleurs y’a même pas toujours de rues…
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Argh, j’avais mis un commentaire et il a disparu… Bon, je lis la suite et je reviens !
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incroyable coco! Je te suis. C’est comme si on y était 🙂
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Merci Anne, cela me fait plaisir.
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