Vendredi 9 septembre, mais que fait la police ?

Yangibozor – lac de Charvak, 92 Km.

La police ouzbèque fait des rondes, ça c’est sûr. Vers 1h du matin je suis réveillé par une forte lumière dans les yeux et des voix tonitruantes. Deux policiers m’éclairent avec leur lampe torche et les phares de leur voiture. Dialogue de sourds, air pas commode, deux minutes de suspense et ils repartent sans même vérifier mon passeport. Deux heures plus tard, même scénario, avec un seul homme cette fois, et qui effectue sa ronde à pied. Son approche est plus bienveillante que celle de ses deux collègues, il me demande juste si je suis ok. Ben oui, j’étais ok avant que tu me réveilles, mon gars. Mais je me rendors sans problème et n’émerge qu’à 6h.

Comme il n’est pas question de faire du feu ici, je remballe et je pars sans prendre de petit déjeuner. Je le prendrai un peu plus tard, sur le bord de la route, quelques kilomètres après la sortie de Yongibozor. Je me sens un peu moins en jambes qu’ hier, et il me faudra une bonne trentaine de kilomètres pour retrouver un bon rythme de pédalage. Toutefois, je ne force pas trop car je sais que la fin de l’étape sera assez ardue. La route est large et très fréquentée, ce qui confirme que le lac vers lequel je me dirige est un endroit très prisé. D’ailleurs, à mesure que je me rapproche du lac, les boutiques sur le bord de la route proposent des bouées et des jeux de plage, ce qui est plutôt bon signe. Au fil des kilomètres je m’inquiète de voir que je ne monte toujours pas, cela signifie que la montée au lac va être abrupte. Effectivement je vais passer de 530 m à un peu plus de 1000 m en l’espace de 6 km. Mais à ce point haut, je n’en ai pas fini car la route ne cesse de monter et descendre en longeant le lac de très haut. Je guette toutes les petites routes à gauche qui pourraient descendre vers la rive, mais toutes sont privatisées, y compris celle que j’avais repérée sur la carte pour aller me baigner. C’est en fait une résidence privée dont l’accès est interdit. Il me faut donc continuer mon chemin sur une dizaine de kilomètres pour atteindre le village de Yusufhana.

En chemin, je m’arrête sur un parking qui donne un joli point de vue sur le lac. Un gars me propose de faire du parapente. Je décline gentiment, ce dont il ne prend pas ombrage et il m’explique qu’il vient souvent en France pour voler avec des amis, surtout dans les Alpes et les Pyrénées. Je profite de son très bon anglais pour lui demander s’il connaît une plage où je pourrais aller me baigner. Il m’indique effectivement un endroit et il me décrit très précisément le parcours sur mon navigateur. En le suivant à la lettre, j’arrive effectivement sur une jolie petite plage à laquelle on peut accéder moyennant 1,50 €. Je sors donc la ceinture qui contient mon argent et là, stupeur, il ne me reste que de la petite monnaie, tous mes billets de 50 000 ont disparu. Je reste un moment interloqué, me demandant si je n’aurais pas mis cet argent ailleurs, mais je me résous rapidement à reconnaître la vérité : je me suis fait piquer mon argent. Cela n’a pu avoir lieu que durant la nuit à Yangibozor; j’avais pourtant mis cette ceinture dans ma sacoche guidon que j’avais posée juste à côté de ma tête. Je fais alors le lien avec la disparition de mes lunettes de soleil sur lesquelles je n’arrivais pas à remettre la main depuis ce matin. Mon voleur a pris les grosses coupures et les lunettes de soleil, mais il a eu la délicatesse de me laisser ma carte bancaire, mon passeport, mon téléphone portable, et ma batterie rechargeable, autant d’objets qui étaient aussi dans la sacoche de guidon. Est-ce l’un des policiers ? Plus sûrement un rôdeur ou quelqu’un qui m’avait repéré et suivi. En tous cas, je ne pensais pas avoir le sommeil aussi lourd !

À la louche le préjudice doit être d’environ 60 à 70 €, ce qui n’est pas une catastrophe financière, mais c’est un vrai problème immédiat car il me reste en tout et pour tout l’équivalent de 0,50 €. D’après l’appli Visa que je consulte, le distributeur de billets le plus proche est à 60 kilomètres… Et comme un fait exprès, je n’ai pratiquement aucune réserve de nourriture, tout juste de quoi manger ce soir. Je me baigne quand même car je n’ai pas fait tout ce chemin pour juste regarder le plan d’eau et en plus, cela me rafraîchit les idées et m’aide à réfléchir. Ensuite, je lave mes vêtements du jour, le soleil et le vent se chargeant de les sécher en un clin d’œil.

Une solution consiste à redescendre immédiatement pour me rapprocher d’une grande ville où je trouverai un distributeur. Mais que faire après ? Remonter ici pour profiter du lac ? Je ne me vois pas grimper une deuxième fois cette côte. Filer sur Tachkent ? Mais que vais-je y faire avec trois jours d’avance ? Si encore je pouvais tabler sur l’hospitalité de la vallée de Ferghana ! Mais dans cette région c’est différent, moins chaleureux comme je le disais hier, et ici particulièrement, très business ; il n’est qu’à voir le nombre de datchas proposées à la location sur le bord de route. Peu de chances qu’on m’accueille gracieusement.

Et soudain, je repense à mon sympathique parapentiste ; j’ai peut-être là une solution. Puisqu’il va régulièrement en Europe il pourrait être intéressé par des euros; or j’en ai un peu en espèces. Je quitte donc la plage et rebrousse chemin sur quelques kilomètres. Le gars est toujours là, accompagné de plusieurs amis avec lesquels il vient d’effectuer un vol. Je lui explique la situation et il accepte très rapidement de procéder à l’échange de 50 € contre un peu plus de 500.000 soums, avec lesquels je peux vivre plusieurs jours. Ouf ! Cela ne répare pas le préjudice mais cela me permet de poursuivre mon voyage tel que je l’avais prévu pour ces derniers jours. Averti sans trop de frais, je me dis que désormais mes objets importants dormiront au fond de mon sac de couchage.

Je suis tenté de planter ma tente à côté de ce parking car la vue sur le lac est magnifique, mais il y a beaucoup de passage et je crains d’être dérangé. Je reprends donc la route pour entamer le tour du lac. Je vais un peu regretter ce choix car la configuration des lieux ne permet pas d’accéder à la rive ; les rares chemin qui y descendent sont privés et aboutissent à des hôtels ou des résidences. En outre, la route est loin d’être plate et l’heure avançant, je commence à fatiguer sérieusement. De guerre lasse, je descends un des chemins privés et je demande une chambre. Mais le tarif engloutirait la quasi totalité de mes ressources financières actuelles, donc je renonce. Je m’arrête faire quelques courses dans une des rares épiceries sur le bord de la route ; au moins j’ai de quoi manger. À un moment, je franchis un pont qui est équipé de guérites à chaque extrémité, occupées par des militaires en armes. À la sortie du pont, je leur demande s’ils connaissent un endroit pour dormir, et l’un deux m’indique gentiment le trou dans les barbelés qui permet d’accéder à une zone théoriquement interdite mais qui convient parfaitement. Je ne me fais pas prier et je descends pour planter ma tente juste au-dessus d’une des rivière qui alimentent le lac. Le plus difficile est d’enfoncer les piquets car, sous les 5 centimètres de terre, ce n’est que du caillou. Je dévore les cochonneries achetées à l’épicerie en regardant le soleil disparaître derrière la montagne. Et je retrouve avec plaisir la petite protection apportée par la tente.

Sur le bord des routes, de nombreux arbres sont plantés, qu’il faut arroser copieusement ensuite.
Toutes les rivières sont ponctionnées pour irriguer.
Casse-croûte léger du midi avant la montée.
Des cyclistes ouzbeks à l’entraînement.
Ça sent bon la plage.
Faut-il vraiment mettre les enfants à la poubelle ?
La récompense après l’effort.
La vue sur le lac est belle.
Colibri se prélasse à la plage.
Je n’ai pas résisté.
Le plagiste propose aussi des promenades en bateau.
Coucher de soleil sur mon lieu de bivouac.
« Mon » pont.

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5 réflexions sur “Vendredi 9 septembre, mais que fait la police ?

  1. tes gendarmes ont du être infirmiers dans un hôpital français où l’on vous réveille deux fois par nuit pour vous demander si vous dormez bien!!!!
    proverbe cycliste « plaie d’argent vaut mieux que furoncle mal placé »!!!!!

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  2. Joli lac ! Dommage de se faire chouraver dans un si beau coin ! En ce qui me concerne, j’ai eu la même anecdote à Constanța, au bord de la Mer Noire… mais ce sont mes dollars qui étaient partis et le change était obligatoire à ce moment là… Courage, on suit ! @+

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