2022 le Kirghizistan au jour le jour

Dimanche 24 juillet

8 heures du matin. C’est avec la musique des Rolling Stones dans les oreilles que j’enfourche Colibri devant l’hôtel « Paris 121 », situé comme son nom l’indique, au 119 de l’avenue de Clichy. Objectif : rallier l’aéroport Roissy Charles de Gaulle afin de procéder sur place à l’emballage sous film du vélo. C’est l’option que j’ai choisie de préférence à la mise en carton à Paris qui m’aurait obligé à transporter ensuite d’un côté Colibri empaqueté et de l’autre les 20 kilos de sacoches. Un paquetage bien encombrant.

Il m’a fallu deux petites heures pour effectuer la trentaine de kilomètres dans un Paris bien calme en cette fin juillet, et une banlieue aux multiples visages entre Aubervilliers et Aulnay-sous-Bois sous Bois. Mon appli de voyage me fait passer par des petites routes agréables. Jusqu’à la partie finale, où il est impossible d’éviter les voies rapides d’accès à l’aéroport.

Colibri est en approche.

Après m’être assuré d’être dans le bon terminal et à proximité du comptoir de Turkish Airways, je désosse Colibri avec le soutien plein de poigne d’un cycliste belge en partance pour le Brésil. Puis je sors mes rouleaux de films d’emballage et j’embobine Colibri qui ressemble alors à un rôti prêt à cuire. J’en termine presque quand une employée de Turkish Airlines vient me voir et m’informe que la mise en carton est obligatoire. La compagnie refusera d’embarquer le vélo dans cette configuration. Le récit de mes trois appels téléphoniques à la compagnie la font douter; elle consulte donc le responsable du vol en cours d’enregistrement. Confirmation, il refusera le vélo sans carton.

De là, je prends une décision énergique : je m’assieds et je mange une banane. C’est tempête sous un crâne. Dois-je aller faire la course au carton ? J’ai le temps, mais sans garantie de résultat. Et surtout, je ne peux plus me déplacer : Colibri est inutilisable et mes sacoches regroupées dans un big bag. Donc je décide de persister et de forcer le destin. Je termine le filmage avec beaucoup de soin et j’attends l’heure de début de l’enregistrement. Repéré dans la file d’attente, je suis ciblé par une hôtesse qui exige à son tour un carton. Face à mon argumentation elle appelle son responsable de vol. Visiblement ce n’est plus le même et celui-ci donne son feu vert. Ouf ! Mon forcing a payé, mais j’ai frisé la catastrophe. Je me voyais déjà négocier un report de 24 heures de mon départ pour retourner à Paris récupérer un carton. La galère !

Vélo PAC, prêt à charger !

La suite n’est que du bonheur ; une hôtesse mariée à un fan de vélo qui rêve aussi de partir en voyage sur deux roues. Un projet familial en gestation. Du coup on a papoté un bon moment et je lui ai laissé l’adresse de mon blog. Je la salue si elle lit ces lignes !

Le passage en salle d’embarquement me permet de bien faire redescendre la tension et la demi-heure de retard annoncée ne me fait ni chaud ni froid.

Lundi 25 juillet

Finalement, le retard sera de plus d’une heure puisqu’on ne décolle que vers 19h. Vol sans histoire, à part quelques turbulences au-dessus de Belgrade. A l’escale d’Istanbul, je suis impressionné par l’immensité des halls de l’aéroport. Vaincu par la fatigue, je m’endors dans un fauteuil en attendant de connaître la porte d’embarquement. Quand je me réveille, il est grand temps de trottiner jusqu’à la porte B12A où l’on embarque pour Bichkek, toujours avec Turkish Airlines et toujours avec une heure de retard.

Deuxième vol sans histoire qui me permet de bien dormir, réveillé seulement par le service du deuxième dîner de la nuit. A l’arrivée, la récupération des bagages est immédiate et Colibri ne semble pas avoir souffert du voyage. C’est un gros soulagement de le voir ici et en bon état.

Il me faut quand même une bonne heure pour le sortir de son cocon et le remettre en état de rouler : revisser les pédales, refixer la selle, redresser le guidon, regonfler les pneus et accrocher les sacoches. Après avoir acheté une carte SIM du pays et retiré des soms, la monnaie locale, je suis prêt à effectuer une étape peu réjouissante mais nécessaire, aller à Bishkek. Comme de Paris à Roissy, ce sont environ 30 kilomètres, mais ici, pas d’itinéraire bis, la 2×2 voies est la seule option. Quand je sors de l’aéroport la chaleur me saisit; il fait 36 degrés à l’ombre et elle est rare sur le bitume. L’avantage c’est que je ne peux pas me tromper de route, c’est tout droit. Il me faut bien trois pause pour venir à bout de ce pensum.

Pas vraiment le genre de route dont je rêvais en venant ici.
Première rencontre sympa, un jardinier qui a accepté de m’arroser avec son tuyau.

L’entrée dans Bishkek n’a rien de séduisant non plus et la ville ne m’apparaît pas d’emblée sous son meilleur jour : grise, sale et polluée, émaillée d’immeubles en chantiers abandonnés. Mais je réserve mon jugement en attendant une visite plus approfondie. Je m’installe dans mon Tiny Hôtel, pas grand comme son nom l’indique mais au confort plus qu’honorable. Je me précipite sous la douche, puis je fais une sieste en attendant que la température baisse pour une visite du centre-ville.

Colibri déchargé de ses sacoches me permet d’arriver au centre-ville en une petite demi-heure. Outre la température, j’ai quelques coups de chaud à cause de la circulation. Faute de maîtriser le plan de la ville, je choisis d’emprunter les grands axes, des sortes de pénétrantes 2×2 ou 2×3 voies, sur lesquelles la place du vélo n’a pas été prise en compte. Et comme les automobilistes kirghizes doublent indifféremment à droite et à gauche, je dois me faire tout petit pour leur laisser la place.

La statue de Manas et le drapeau national.

Je fais un premier tour de la place Ala Too, épicentre de la vie de Bishkek en soirée. Et pour cause : cette place a le bon goût d’être agrémentée de multiples jets d’eau qui rafraîchissent l’atmosphère. Résultat, les familles s’y retrouvent pour goûter un peu de fraîcheur. Et les enfants sont à la fête; vente de jouets à deux balles, tour de poney, jeu de crève-ballons, voitures télécommandées, vente de glaces, c’est le paradis pour eux.

Le paradis des gosses.

Juste à côté, dans le parc Panvilov, c’est carrément la fête foraine sous les magnifiques chênes. Là, ce sont plutôt les ados qui s’éclairent dans les manèges à sensations fortes. Et au milieu de tout cela trône la statue équestre de Manas, le héros national et le drapeau géant du pays, gardé par des soldats impassibles.

Les beaux chênes du parc Panvilov accueillent la fête foraine.

Affamé, je m’installe à une table au milieu de la fête foraine. Faute de comprendre un traitre mot du menu, je choisis… une pizza ! Ma première confrontation avec la gastronomie kirghize attendra.

Le retour est aussi sportif que l’aller, avec l’obscurité en plus. Heureusement que je suis bien éclairé. Mais je commence à me repérer un peu et je parviens à emprunter quelques voies secondaires moins stressantes que les grands boulevards de l’aller.

Mardi 26 juillet

Est-il besoin de dire que la nuit fut bonne ? Et ce, malgré la chaleur. Je me lève tranquillement à plus de 9 h et je prend mon petit déjeuner dans la cuisine commune, très bien équipée et d’une propreté impeccable.

J’aide un nouveau client à rentrer dans les lieux. Comme moi, il est un peu dérouté par l’accueil. En effet, l’hôtel est en réalité une grande maison particulière que de l’extérieur rien ne distingue des autres. Il faut donc appeler le propriétaire pour entrer. Mais franchi ce cap, l’accueil est très cordial et le lieu très bien tenu.

Il se trouve que le petit nouveau voyage aussi à vélo; un Italien prénommé Giorgio qui entame son 22ème voyage en solitaire. Il compte notamment à son actif plusieurs périples en Sibérie, au Canada, aux États-Unis, en Alaska, etc. Mais pour le moment, il tente de digérer la route de l’aéroport à Bishkek, qu’il n’a guère appréciée non plus.

Giorgio part aussi pour 2000 kilomètres.

Pour ma part, je retourne au centre-ville et j’ai la chance d’assister à la relève de la garde sous le drapeau. Sous cette chaleur, sur cette place minérale, le pas des soldats est encore plus impressionnant : à chaque foulée ils doivent lever la jambe en avant jusqu’au niveau du menton ! Faut être jeune et souple.

Et ils sont synchros en plus !

Je passe ensuite à l’hôtel Salut, un repaire de motards, pour y retirer mon fameux permis frontalier, le sésame pour circuler dans les zones proches du Kazakhstan et de la Chine.

Puis je plonge dans les entrailles du souk Osh pour tenter d’y dégotter une cartouche de gaz adaptée à mon réchaud. Mais, malgré mes longues déambulations dans les allées surpeuplées et surchauffées je ne trouve pas l’objet convoité. J’ai pourtant reçu les conseils d’un jeune vendeur sympathique qui m’a orienté vers le bon quartier de cet immense ville dans la ville. Sur le retour, je fais gonfler mes pneus chez un petit garagiste. Le mot de France déclenche chez lui un immense sourire et me vaut quelques tapes dans le dos bien senties.

Après un passage à l’hôtel, je repars en chasse en visant les magasins d’articles de sports de plein air.

Le troisième sera le bon; je trouve des cartouches de gaz… russe. Tant pis pour l’embargo, je ne vais pas faire la fine bouche.

Résumons : border permit, fait; gonflage des pneus; fait, gaz, fait. Je me sens tout de suite plus détendu ! Je vais pouvoir profiter de la soirée. Ce sera de nouveau sur la place Ala Too et le parc Panfilov pour profiter de la joie de vivre qui émane des habitants de Bishkek. Et je ne suis pas déçu. A chaque fois que je demande la permission de faire une photo je l’obtiens sans difficulté et avec le sourire en prime.

Séance de maquillage festif.

Après avoir bien déambulé, je rentre à l’hôtel situé à environ 5 kilomètres de là. S’il m’est encore difficile d’éviter les grands axes, je trouve quand même quelques voies de délestage moins fréquentées. Je vais bientôt être un vrai Bishkekois !

Je viens de lire les nombreux commentaires que vous m’avez envoyés. J’en suis tout ému. Merci pour votre soutien et votre fidélité. J’espère ne pas vous décevoir !

38 réflexions sur “2022 le Kirghizistan au jour le jour

  1. Coucou Pascal,

    Une pensée pour toi de Normandie où nous pédalons ces samedi (boucles de la Seine) et dimanche (Dieppe et environs). Il fait beaucoup moins chaud qu’au Tadjikistan et nous nous contentons de collinettes… pas fous 😜 !

    Bonne route et biz de Michel et moi

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  2. Hello Pascal, je prends le « train » de ton périple en marche grâce à Gaëtan C. qui m’en a informée hier et je ne suis pas déçue ! Je retrouve ta belle plume et ton humour avec plaisir en ce premier jour de ma retraite🤗. Bon voyage et merci de nous faire rêver. Isabelle

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  3. Bonjour Pascal ,
    J’ai connu Chantal , votre sœur , grâce à Airbnb …
    Totale admiration pour votre parcours , votre indépendance , votre art de partager , par l’écriture , vos aventures et pas des moindres .
    Quelle énergie !!!!
    De tout coeur avec vous ….
    Nicole

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  4. On se régale à chaque tour de pédale et ils sont nombreux !
    Merci de nous faire découvrir cette région d’Asie aux paysages à couper le souffle , idéal pour mieux les apprécier quand ça monte !
    Merci de nous faire découvrir la belle l’hospitalité de la population.
    Tout simplement merci de nous faire partager cette belle aventure humaine et sportive.

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  5. Coucou Pascal,
    Quel bonheur de retrouver ce rendez-vous quotidien qui nous fait rêver, sourire ou encore lever les sourcils quand les embrouilles commencent ! Et ce, dès le 1er jour.
    Nous te souhaitons le meilleur pour cette nouvelle aventure cycliste, humaine et culturelle.
    Prends soin de toi.
    Michel et Liliane

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  6. Coucou Pascal, et c’est reparti, nous admirons ton côté aventurier. Nous te sentons prêt pour toutes les surprises. Quel moral d’acier ! C’est avec plaisir que nous allons te suivre sur ce nouveau périple.
    Avec toute notre amitié. Odile et Claude

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  7. Quel plaisir de retrouver tes rendez-vous quotidiens et de suivre ton aventure ! Cela a l’air tellement facile telle que tu la racontes! Chapeau, bonne route ……..et à très bientôt pour un nouveau chapitre.

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  8. Tous mes encouragements pour votre périple vélo. Bravo. Récit très intéressant et des photos qui donnent un aperçu des galères d’embarquement et de la vie ailleurs qu’en France. A bientôt pour la suite. Gérard.

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  9. Coucou Pascal,
    Ça y est, c’est parti pour une aventure avec un grand A et tu as déjà tellement de souvenirs et d’événements à raconter. Super !
    Bonne route au Kirghizistan !
    Amitiés d’un fidèle lecteur
    Philippe

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  10. Bons débuts, l’aventure avant même de partir !
    Descriptions très intéressantes comme si on y était !
    Je sens que l’on ne va pas s’ennuyer tout au long de ton périple !
    Bises
    Martine

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  11. Coucou cousin… Te voilà au début de ton aventure et on est déjà addict à ton blog… Il ne faudrait quand même pas jouer le sicilien trop longtemps 🤣… Il va falloir rapidement oublier la pizza et passer au plov… Allez « satisfaction », mon cousin… 😘😘😘

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  12. Super cette idée de blog et ce voyage qui s’annonce sublime. Je me réjouis de suivre votre aventure avec colibri !
    Bénédicte Le Mouel
    Ex cardiffoise avec Anne Laure

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  13. Bienvenue au Kirghizistan Pascal! Malgré la chaleur et « l’autoroute » peut réjouissante vous nous faites envie! Ah ces belles rencontres le long des routes! Vous penserez à nous en mangeant des chachliks! Plein de bises! Flo et Isa

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  14. C’est toujours un plaisir de lire le récit de tes aventures plein de péripéties et non dénué d’humour. À demain j’espère !

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  15. Je retrouve l’écriture haletante de Pascal, quasi policière, avec du suspens et des dénouements heureux à chaque paragraphe. Un vrai bonheur de vivre par procuration celui de Pascal. J’attends (nous attendons pour les fans) avec impatience la suite…

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  16. Ceux qui ont déjà entendu parler de Bishkek, levez la main !
    En tout cas, buon viaggio, fratello mio. Ah oui, il parait que depuis le passage de Marco Polo les kirghizes et les ouzbeks maitrisent la langue de Dante (et de Pantani).

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  17. Pas de changement d’un voyage à l’autre, de la détermination, de la patience, de la confiance !
    Assurément, pour commencer, la route est tout sauf guillerette, mais ce n’est que le début !
    Bonne mise en route et je vais essayer de t’envoyer (par la pensée) un peu de la fraîcheur bretonne retrouvée.
    Bises

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