Pourquoi et Comment ?

Qui suis-je ?

Pascal Coconnier, né en 1953 à Sablé sur Sarthe (72), où je vis encore aujourd’hui. Je suis marié avec Marthe depuis 1976 et nous avons trois filles qui nous ont donné à ce jour six petits-enfants. Au cours de ma vie professionnelle, j’ai travaillé successivement dans l’enseignement, le journalisme, la communication et le développement durable. A la retraite depuis 2016, je suis impliqué dans trois associations dont deux à caractère écologique.

Le vélo et moi.

Enfant, adolescent et adulte, je me suis toujours beaucoup déplacé à vélo. Du vélo utile, ce qu’on nommerait aujourd’hui du vélo taf. Un peu plus tard, il y a eu les sorties du week-end avec des amis cyclotouristes. C’est là que je me suis endurci. J’ai toujours rêvé d’aller plus loin que le lycée ou le Mont Saint Michel, sans jamais franchir le pas. Jusqu’à la retraite. Comme beaucoup, j’étais quelque peu effrayé face au temps libre dont j’allais disposer. Alors je me suis posé la question de ce que j’avais vraiment envie de faire, le truc qui me motiverait à coup sûr et m’entraînerait dans un nouvel élan. La réponse s’est imposée comme une évidence : partir, et à vélo, bien sûr. C’est ainsi que j’ai pris la route de Saint Pétersbourg, puis sillonné l’Atlas marocain, traversé les Carpates et parcouru le Kirghizistan.

1er septembre 2016, arrivée devant l’Ermitage à St Pétersbourg après 4600 kilomètres depuis Sablé.

Les destinations.

En 2016, le choix de Saint-Pétersbourg s’est imposé pour des raisons d’anniversaire : c’est là que Marthe et moi avions envie de fêter nos 40 ans de mariage. Donc rendez-vous sur la perspective Nevski le 4 septembre ! Rendez-vous honoré après 70 jours de vélo sur 4.500 kilomètres. La traversée de la grande plaine d’Europe centrale a été une formidable aventure, mais les paysages se sont avérés un peu monotones. D’où l’envie de prendre de la hauteur pour bénéficier de points de vue plus spectaculaires. Ce sera l’Atlas marocain en 2018, avec la découverte de paysages grandioses et d’une chaleur humaine extraordinaire. Puis les Carpates en 2020, de Vienne à la frontière serbe en passant par la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie. Séquences émotions devant les monastères de Bucovine et le délicat château de Bran, hanté par Dracula, mais magnifié par la reine Marie. Et puis en 2022, ce fut le Kirghizistan, pays enclavé d’Asie centrale, avec ses hautes vallées peuplées seulement de quelques semi-nomades qui y amènent leurs troupeaux. Des paysages à couper le souffle, des cols à près de 4.000 mètres, des lacs de haute montagne et des rencontres inoubliables ont émaillé ce périple éprouvant mais enthousiasmant.

Un col de l’Atlas au Maroc en 2018.

Et maintenant, le Pamir

Cette fois, j’y vais ! Le Pamir, massif montagneux qui culmine à 7.495 mètres est parfois surnommé le toit du monde. Mon parcours débutera à Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan, d’où je rallierai Douchanbé, capitale du Tadjikistan en traversant les monts Fan, paradis des trekkeurs. Puis je descendrai vers le sud pour longer la frontière afghane, filer dans la vallée de Wakhan, remonter vers le lac Karakul et retourner à Douchanbé par la sauvage vallée de Bartang.

Mais pourquoi ?

Il est si facile de voyager aujourd’hui ; l’avion, le train, le car ou la voiture vous emmènent aisément aux quatre coins du monde. Aisément, c’est bien cela qui m’ennuie. J’aime que le chemin soit un peu ardu, que des obstacles se présentent, que la route ne soit pas trop dégagée. En voyageant à vélo, j’ai le sentiment de mériter ce que je découvre. Je paye de quelques douleurs aux mollets et ailleurs le prix des rencontres et des découvertes que je vais faire. Et puis le rythme auquel je parcours les routes et les chemins me laisse le temps de savourer et d’accueillir les surprises qui me guettent. Partir chaque matin sans savoir où je vais dormir le soir est hyper stimulant. Voyager à vélo c’est tuer la routine et l’ennui, c’est quitter sa zone de confort, c’est aller à la rencontre des autres.

Tout seul ??

C’est LA question qu’on me pose : pourquoi tout seul ? D’abord parce que pas grand monde n’a envie de m’accompagner, ni de quitter durant deux mois son domicile et sa famille. Mais surtout parce que j’ai envie de disposer d’une totale liberté dans mes choix. Choisir ma destination, définir mon itinéraire, dormir là où j’en ai envie, visiter ou pas le site près duquel je passe, c’est moi qui décide. J’assume aussi seul les décisions que je prends. Si je me fourvoie, c’est ma faute ; si je ne trouve pas d’hébergement après une journée harassante, c’est ma faute ; si l’itinéraire est moche ou pourri, c’est ma faute. Quant à la question de la sécurité, elle ne se pose pas ; les gens bienveillants sont mille fois plus nombreux que les voyous.

Colibri, fidèle monture.

Sans lui rien n’est possible. Mon fidèle Colibri (du nom de l’association fondée par Pierre Rabhi) est de tous les voyages. C’est un vieux VTT reconverti en vélo de voyage, racheté d’occasion à un gendarme nantais. J’ai pu tester sa robustesse et la qualité de son préparateur sur les trois voyages précédents où aucun incident majeur ne m’a contrarié. Cette solidité sera toutefois mise à rude épreuve cette fois-ci car les pistes s’annoncent particulièrement caillouteuses. La boite à outils sera donc au fond des sacoches, mais je croise les doigts pour la sortir le moins souvent possible car mes compétences en mécanique sont plutôt limitées.

En autonomie.

Comme à chaque voyage, mon objectif est d’être totalement autonome. Pour échapper aux contraintes d’hébergement je dispose donc d’une tente bien étanche et d’un duvet bien chaud, ainsi que d’un matelas gonflable léger et solide. Cela me permet de me poser à peu près n’importe où dans cette nature sauvage. Côté cuisine, je repars avec mon mini-réchaud à bois, le plus écologique et économique. Mais les zones boisées seront rares et j’ai emprunté à réchaud à essence, le carburant le plus facile à trouver. Enfin, l’énergie. Compte-tenu des vitesses auxquelles je vais me traîner dans les cols, le moyeu-dynamo ne devrait pas alimenter suffisamment les quelques appareils que j’emporte (iPhone et lampe frontale). Je complète donc mon équipement avec un chargeur solaire et une batterie tampon. Au total, mes quatre sacoches devraient encore peser autour de 20 kilos.

La préparation

Préparer un tel voyage est un exercice multiforme. Première étape, trouver la bonne organisation familiale, celle qui bouscule le moins possible la vie de couple et permet à Marthe de faire autre chose que broder une tapisserie en attendant mon retour…

Ensuite, il y a la partie administrative, plutôt stressante quand le visa n’en finit pas d’arriver et le permis GBAO idem. Sans lui, impossible de pénétrer dans le Gorno-Badakhchan, la partie la plus spectaculaire du pays. Mais c’est maintenant une affaire réglée.

Sur le plan physique, mieux vaut faire un peu de vélo avant de partir. Bon, je ne suis pas du genre à aligner les bornes. De toute façon, la forme arrive au fil des jours de voyage; j’ai donc un petit millier de bornes au compteur depuis le début de l’année.

Reste le plus excitant : préparer le parcours. Cela représente des centaines d’heures devant les cartes, les guides, les blogs, les sites web et toutes sortes de moyens d’information. Des soirées entières a choisir les sites, les routes et les pistes, à s’imaginer sur le terrain, bref à rêver et à voyager avant le voyage.

Et enfin, la logistique de détail; il faut faire réviser le vélo, choisir le matériel en veillant à limiter le poids. Avec l’expérience j’ai appris à éliminer le superflu, mais chaque voyage est différent du précédent et nécessite des équipements spécifiques. Ainsi ai-je dû changer la tente et mon duvet en prévision des froides nuits d’altitude. Tout en conservant des tenues très légères pour la traversée des vallées qui peuvent être brûlantes. Idem pour le réchaud. Exit le gaz, trop difficile à trouver sur place, que je remplace par l’essence, disponible partout.

Les partenaires

Même si le coût d’un tel voyage est raisonnable, j’apprécie de pouvoir compter sur des partenaires, dont le soutien est aussi précieux sur le plan psychologique qu’en termes financiers. Ainsi la ville de Sablé met-elle à ma disposition une salle municipale à mon retour pour me permettre de présenter mon récit de voyage. De son côté, Cycles du Loir à La Flèche me fournit une assistance précieuse pour la préparation du vélo. Quant à l’aide fournie par Laurence Leguy, agent l’Abeille Assurances, elle contribue au financement du voyage en avion, le plus gros poste de dépenses de ce projet.