Juliana

Jour 14, samedi 11 avril

Milan-Bergame, 75 Km.

Mes compagnons de chambrée ne sont pas très matinaux; quand je me lève à 8h, ils sont encore tous dans les bras de Morphée. C’est donc en silence que je plie bagages avant d’aller prendre mon petit déjeuner dans la salle à manger commune. Il faut ensuite que je harnache complètement Colibri à qui j’avais enlevé toutes les sacoches hier soir par précaution, bien qu’il soit dans une cour fermée.

Jusqu’au dernier moment, j’hésite à retourner faire un tour dans le centre de Milan, mais il m’est difficile d’effectuer des visites car il est délicat de laisser Colibri longtemps à l’extérieur. De plus, Milan est une ville que nous envisageons de visiter avec Marthe prochainement. Je tourne donc le dos à cette ville bouillonnante et je m’engage sur la route en direction de Bergame, pour une demi-étape qui fera office de jour de repos.

Curieusement, c’est encore en longeant un canal, celui de Martesana, que je vais effectuer environ la moitié de mon parcours. Ce n’est pas pour me déplaire car la piste cyclable qui le longe est particulièrement bien aménagée et d’ailleurs très fréquentée ce samedi matin tant par des cyclotouristes que par des coureurs à pied. Je me régale aussi du spectacle des petits canetons qui apprennent à nager à contre-courant pour trouver leur nourriture.

Je traverse la ville de Gorgonzola, mais je ne m’arrête pas faire le plein de fromage, car j’ai encore du morbier et du comté du Jura. En revanche, j’assiste à un mariage, dont certains convives, arrivés un peu en retard, me demandent où se trouve le parking le plus proche. J’ai vraiment une tête à savoir où se trouvent les parkings de Gorgonzola ?

Je me trouve si bien au bord de ce canal que j’en oublie de le quitter quand mon itinéraire oblique dans une autre direction, ce qui m’oblige à un petit retour en arrière.

La deuxième partie du parcours se passe essentiellement sur des routes assez fréquentées en ce samedi matin, mais je dois rendre justice aux automobilistes italiens qui sont beaucoup moins excités du klaxon que je l’imaginais. Ils sont même plutôt prudents et courtois, même si les Stops ne sont pas tous respectés et le feu tricolore souvent franchi très mûr. Mais on est ici en Lombardie, peut-être pas tout à fait en Italie.

Arrivé à l’entrée de Bergame, je choisis de faire un détour pour aller dans un Décathlon afin de m’acheter un nouveau cuissard court car celui que je porte est en piteux état. L’élastique de ceinture notamment est si relâché que quand je dois marcher avec le vélo à la main, je tiens Colibri d’une main et mon cuissard de l’autre. Ni élégant ni commode.

Mes emplettes effectuées, je les glisse dans la sacoche ad hoc et m’apprête à repartir quand je constate avec effroi que ma sacoche de guidon n’est pas là. Je retourne en catastrophe dans le magasin, sillonne le rayon cyclisme, mais je n’en trouve pas trace. Affolé à l’idée qu’on me l’ait volée, j’alerte le caissier qui m’a servi, le service client, la conseillère du rayon vélo, et voilà tout le monde en recherche de ma sacoche, jusqu’au moment où je réalise que je l’ai soigneusement déposée dans la consigne à l’entrée du magasin, comme en atteste la clé qui est dans ma poche. Tout piteux, je remercie tout le personnel qui s’était mis en branle pour retrouver l’objet. Quand je vous dis que les jambes vont bien, du côté de la tête, c’est moins sûr…

Content d’être en possession de tout mon matériel, je grimpe jusqu’à la ville haute de Bergame, un entrelacs de ruelles pavées bordées de boutiques à touristes, lesquels sont d’ailleurs si nombreux que j’ai du mal à me frayer un chemin parmi eux.

La densité des édifices religieux qui bordent la place principale est impressionnante, puisqu’on trouve côte à côte une cathédrale, une basilique et une chapelle ! Pour prier, les fidèles n’ont que l’embarras du choix. J’essaie de sortir des sentiers battus pour découvrir des ruelles typiques et, curieusement, le flot de touristes chute drastiquement d’un coup. En revanche, je choisis la marche à pied car les petits pavés ronds qui habillent les ruelles sont vraiment infréquentables à bicyclette.

Après cette visite agréable, il est l’heure de sortir de l’agglomération pour trouver un coin de bivouac car il n’y a pas de camping à Bergame. Après avoir mis pas mal de temps à sortir d’une zone urbaine étonnamment étendue, je m’engage sur une petite route de campagne. Mes trois premières sollicitations auprès de propriétaires de maisons avec terrain se heurtent à un refus catégorique. Ce qui ne m’étonne qu’a moitié au vu des clôtures, portails clos et panneaux « propriété privée » qui encadrent la moindre parcelle de terrain.

Revenu sur mes pas, je sonne à la porte d’une maison dont le jardin et les terrains adjacents me semblent rassembler toutes les qualités pour m’accueillir. Et je suis comblé au-delà de mes espérances ; une dame très gentille me dit de m’installer où je veux, dans un champ ou dans son jardin. Je choisis le jardin où elle me montre le robinet que je peux utiliser si j’ai besoin d’eau. Alors que je commence à monter ma tente, elle revient et me fait visiter le sous-sol où il y a des toilettes et une douche en m’expliquant que c’est à ma disposition. Et elle me fournit une serviette de toilette et… un sèche-cheveux ! Puis elle revient quelques minutes plus tard pour me proposer de dormir dans le garage plutôt que sous la tente, mais je décline, préférant rester dans la nature.

Après ma douche, la voilà de retour pour s’enquérir de ma nourriture. Bien que je lui dise que j’ai de quoi manger, elle me propose néanmoins de partager son repas, ce que je refuse dans un premier temps, mais quand elle revient à la charge, je ne peux pas résister. Et me voilà attablé devant une soupe, suivie de deux beaux morceaux de poulet accompagnés d’épinards, le tout très bien cuisiné et arrosé d’un verre de vin rouge. Royal.

Juliana s’occupe à plein temps de sa maman Caterina qui est hémiplégique depuis 21 ans. Elle est aidée par un de ses frères qui habite le deuxième étage de la grande maison familiale. Je comprends que les deux autres frangins sont aux abonnés absents. À mesure que le repas avance, Juliana oublie que je suis étranger et me raconte l’histoire de sa vie dans un italien dont je ne saisis que des bribes. Je lui montre des photos de ma famille et aussi le tracé de mon périple qui la fascine car elle aimerait voyager.

Je suis ému par cette femme qui se sacrifie pour donner à sa maman de 87 ans de l’amour et une vie acceptable. Je dormirai cette nuit convaincu qu’il y a des gens formidables sur cette planète.

Le tramway milanais a un petit côté rétro.
Dés la sortie de Milan, le canal du jour.
L’Italie, c’est aussi ça.
Bergame, la fontaine Contarini et le palais neuf.
La chapelle Colleoni.
Un détail de la grille de la basilique.
Pizza au gorgonzola.
De jolis pavés bien ronds.
Mon dîner avec Juliana et sa maman.


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