D’un lac à l’autre.

Jour 12, jeudi 9 avril

Domodossola – Arona, 82 Km.

Désolé pour hier soir, toutes mes ressources électriques étaient à plat, un peu comme le bonhomme… Levé de bonne heure, je n’ai qu’une hâte, trouver un bistrot pour prendre mon petit-déjeuner et surtout recharger mon téléphone pour écrire mon blog. Du coup, le rangement en semi-nocturne est vite expédié et il est à peine 7h30 quand je me mets en quête d’un troquet.  Je trouve très rapidement, ce qui m’étonne à cette heure là, mais beaucoup de clients passent rapidement boire un café avant d’aller au boulot. Une fois mon café et mes croissants commandés, je demande au patron où je peux brancher mon téléphone. Sa réponse est simple : no ! Et il s’en va. J’en reste comme deux ronds de flans, j’avale mon café, j’emballe mes croissants, je pose le montant de la note sur la table et je sors sans saluer personne. Non mais !

Le bistrot voisin est beaucoup plus accueillant ; il y a le même va et vient de clients qui passent, parlent fort, boivent un café et repartent, mais la serveuse est aimable et il y a une prise de courant près de la table du fond. Je reste là une bonne heure à me remettre à jour et lire vos gentils messages.

Vers 9h je démarre en direction d’Arona, au bord du lac Majeur. Les 40 premiers kilomètres sont faciles et j’avale les bornes sans ressentir la moindre fatigue par rapport à hier. Au contraire, je me sens en pleine forme, juste gêné par les petites séquelles de mes chutes d’hier : une douleur au poignet gauche et à une côte du même côté, un gros bleu à la cuisse, mais rien de méchant. Colibri porte aussi quelques traces, comme un porte bidon tordu et la mousse du guidon déchirée, mais là non plus pas de quoi alerter le SAMU.

L’autre chose qui me gêne ce matin, c’est l’attitude des cyclotouristes italiens. Pas un de ceux que je croise ne me salue, ne serait-ce que d’un petit geste de la main ou de la tête. Pire encore, ceux qui me doublent n’ont pas un regard, pas un geste ni un mot pour moi. Non que je me prenne pour le centre de la terre, mais je trouve que, entre cyclistes, cela se fait. D’ailleurs, en Suisse, j’étais presque fatigué de saluer ou de répondre aux saluts de tous les cyclos que je croisais. J’en ai d’abord pris ombrage, puis mon parti, et j’ai cessé de lever les yeux sur eux.

L’autre contrariété du jour, c’est la disparition de mon antivol qui a dû tomber de mon porte-bagage ce matin où je l’avais sans doute mal fixé. Certes, il y a le numéro de téléphone sur la clé, mais je ne pense pas que ce soit très utile. Je m’arrête pour vérifier qu’il n’est pas dans la sacoche « technique », mais non. Tout au long du chemin je rumine car c’est de ma faute, je n’ai pas fait les vérifications d’usage avant de démarrer : fermeture des sacoches, fixation du sac étanche, connexion du câble du téléphone et antivol prêt à l’emploi. Je vais devoir en racheter un, ce qui va m’obliger à laisser Colibri devant un magasin sans antivol.

Après une petite bosse, j’arrive sur les rives du lac d’Orta. Cela me rappelle une conversation que j’ai eue avec une Italienne dans le Flixbus qui me ramenait de Roumanie en 2020. On parlait des lacs italiens, et elle me dit « si tu dois n’en voir qu’un seul, c’est le lac d’Orta; c’est le plus petit, mais le plus beau ». En tous cas, c’est le plus à l’Ouest des quatre et ses dimensions sont modestes, environ 20 Km de long pour 2 de large. Curieusement, ses eaux se déversent dans le lac Majeur, situé 100 mètres plus bas. Sur le plan écologique il revient de loin car il a été littéralement empoisonné pendant des décennies par les industries implantées sur ses rives. Au point que toute vie en avait disparu dans les années 80. Depuis, un vaste plan d’action a permis de l’assainir et de développer une faune et une flore normales.

La perle de ce lac et la petite ville de San Giulio de Orta, située sur une presqu’île de la rive Est qui regorge de villas somptueuses. Ses ruelles étroites et ses placettes en bord de lac ont un charme certain. À cette saison, l’animation qui y règne est plutôt sympathique, mais je n’ose imaginer la foule qui doit se presser en période estivale, genre St Tropez ou Venise.

Après ce joli détour, il est temps d’attaquer le plat de résistance de la journée, quelque 5 km d’ascension pour franchir une petite montagne qui sépare le lac d’Orta de son grand frère, le lac Majeur. Sous une chaleur qui devient accablante, je retrouve les sensations d’hier sur des pentes au moins aussi raides, mais heureusement pour une durée plus limitée. Une belle descente m’amène ensuite jusqu’à la ville d’Arona qui ne me semble pas avoir beaucoup de charme, mais elle dispose de plusieurs campings dont celui très bien équipé où j’arrive vers 16h30, ce qui me laisse le temps de faire une lessive et d’admirer le lac Majeur qui est à dix mètres de ma tente. Et là, bonne surprise, je trouve mon antivol dans une sacoche où il n’a rien à faire. Un moment d’égarement ce matin sans doute…

À peine descendu de vélo, je suis félicité par un Italien volubile qui veut tout savoir de mon périple et me félicite à maintes reprises avec des « bravissimo » à répétition. C’est un habitant de Monza et il me déconseille d’aller à Milan qu’il n’aime pas du tout. En revanche, il me vante chaleureusement les charmes de Padoue.

De l’autre côté, mes voisins sont des Bordelais en vacances avec leur petit-fils. Ils vont très gentiment recharger ma batterie de stockage et, encore plus gentiment, m’inviter au café demain matin. Voilà une étape bien sympathique.

La place de l’église et des cafés de Domodossola
Une spécialité bien italienne, l’affichage des avis d’obsèques.
Une villa de San Giulio.
Un petit côté Riviera.
Les arcades et la place principale.
Fin de journée sur le lago Maggiore.

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