Jour 10, mardi 7 avril
Aigle – Brig, 127 Km.
Lever à 7h, en selle à 8h30, le rythme commence à venir, bien aidé par le beau temps qui invite d’avantage à se bouger de bonne heure. Le programme du jour consiste à rattraper la petite excursion d’hier qui m’a mis en retard sur mon plan de route. En fait, j’ai une demi-étape à rattraper, et cela ne fait pas une grande distance puisque j’avais prévu une étape courte à la veille de monter le col du Simplon. De plus, je pense m’arrêter avant Brig, afin de disposer de quelques kilomètres d’échauffement avant d’attaquer le col du Simplon demain.
La mise en route est facile sur des pistes cyclables bien tracées et bien entretenues sur les rives du Rhône. Seul point noir, un vent de face assez violent qui contrarie ma progression. Je rencontre Alain et sa compagne qui suivent la Francigena tantôt à pied, tantôt à vélo. Pour le moment, ils sont à bicyclette, mais bientôt, ils vont remettre les chaussures de marche pour franchir le grand Saint-Bernard.
Des travaux sur la voie verte nous obligent à emprunter une passerelle temporaire dont l’accès est fermé par un potelet qui laisse si peu d’espace pour passer que je suis obligé de décharger les quatre sacoches et le sac du porte-bagages pour franchir cet obstacle inattendu en deux fois.
Dans la petite ville de Saint-Maurice, je m’arrête pour jeter un coup d’œil à l’église qui, selon la légende, abriterait les reliques de ce légionnaire romain d’origine africaine qui fut mis à mort ainsi que toute sa légion parce qu’ils s’étaient convertis au christianisme. C’est aussi le saint patron de la confrérie des Têtes noires, les commerçants célibataires des villes de la Hanse.
Hasard et coïncidence, c’est un garçon prénommé Moritz que je rencontre quelques kilomètres plus loin. Cet habitant de Bâle se rend à bicyclette à un festival de musique à Zermatt où il va retrouver sa copine. D’abord en anglais, puis en allemand, on va discuter pendant une bonne heure, en enfilant les kilomètres à un bon rythme car le vent nous a enfin lâchés. Enseignant dans le primaire, il a pris une année sabbatique pour se consacrer à d’autres activités professionnelles, comme l’entretien d’un sauna ou la fabrication de masques pour le carnaval de Bâle. Il a aussi effectué quelques périples à vélo, l’un jusqu’à Stockholm, l’autre en direction du Maroc, mais qui s’est arrêté à Bilbao où il s’est fait voler son vélo et tout son équipement. On se sépare quand je dois m’arrêter pour manger un petit morceau.
Après 80 km, j’arrive à Sierre, où s’arrête provisoirement la piste cyclable, ce qui m’oblige à emprunter une grande route, très fréquentée. Assez rapidement, je me retrouve en difficulté y compris sur le plat où j’ai vraiment des difficultés à progresser, au point que je me demande si je n’ai pas un problème technique. J’ai l’impression de rouler avec le frein à main serré. Je m’arrête donc pour vérifier, mais je ne vois aucune trace de frottement, ni à l’avant ni à l’arrière. En fait, je suis tout simplement victime d’une fringale et je dois m’alimenter rapidement car la machine n’a plus de carburant. Cela tombe bien, un petit restaurant se présente sur le bord de la route, dans lequel j’engloutis une pizza qui va me redonner les forces nécessaires pour terminer la journée.
Après une dizaine de kilomètres sur cette route, je retrouve avec plaisir les petits chemins qui longent le Rhône, et le plaisir est d’autant plus grand que le vent a eu la bonne idée de changer de direction, si bien que maintenant, il me pousse.
Dans le paysage, je suis surpris de découvrir beaucoup de vignobles sur les versants sud. Il paraît que le vin du Valais est très réputé, même si aujourd’hui les viticulteurs arrachent des vignes car la consommation de vin baisse et la rentabilité avec. L’autre surprise, c’est la présence de très nombreux arbres fruitiers, pommiers, poiriers et abricotiers. Mais la région du Valais est aussi très industrielle et le chemin longe de nombreuses usines, carrières, stations dépuration, et autres incinérateurs, aussi bruyants que puants.
L’autre constatation qui m’amuse, c’est que, à mesure que j’avance dans la vallée, la prééminence du français s’estompe au profit de l’allemand, l’autre langue officielle du Valais, mais aussi de l’Italien.
Arrivé à Visp, à une quinzaine de kilomètres de Brig, je songe à m’arrêter et me mets en quête d’un lieu pour dormir, mais il n’y a aucun camping dans la ville. Un habitant m’indique un camping à Brigerbad, ville balnéaire située à trois kilomètres. Le camping est effectivement magnifique, mais la dame de la réception m’informe qu’elle n’accepte que les clients de la station thermale. Je suis donc le bienvenu, à condition de payer aussi l’accès aux thermes. Autant dire que le total me fait prendre la porte immédiatement.
Me voilà donc de nouveau en selle, à demander ici ou là si je peux planter ma tente. Mais aucun des autochtones interrogés ne dispose des 2 m² d’herbe dont j’ai besoin et chacun me renvoie vers son voisin. De fil en aiguille j’arrive ainsi à Brig, une ville qui ne dispose pas non plus de terrain de camping. Mes différentes demandes auprès de gens qui disposent de jardins ne reçoivent pas un meilleur écho.
Avec 127 km au compteur et dans les jambes, je finis par rendre les armes et je décide de m’installer dans un abri auprès d’un terrain de loisirs équipé de tables de pique-nique et d’une fontaine d’eau fraîche. Je vais éviter de monter la tente pour ne pas attirer l’attention. Entre les trains et les grenouilles, j’espère que je vais bien dormir, car demain, c’est du sérieux.








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