Jour 3, mardi 31 mars,
Selles sur Cher – Rians, 102 Km.
Froid froid froid ! Ce matin je suis tout ankylosé ; j’ai les doigts si gourds que j’ai du mal à faire jaillir une flamme du briquet pour allumer mon réchaud. Et le rangement du matériel me prend beaucoup de temps car je fonctionne au ralenti. Cette nuit, le duvet d’oie et mon drap de soie cousu par ma chérie m’ont protégé des basses températures, mais j’ai senti leur morsure sur mon visage. La nuit prochaine je dormirai avec une cagoule .
Le petit canal près duquel j’ai dormi est la branche nord-ouest du canal de Berry, qui relie Nevers et Montluçon à Tours grâce à trois branches en étoile. On peut parler de petit canal, puisque sa largeur n’excède pas 2,70 m aux écluses. Ce petit gabarit a été imposé par la faible ressource en eau, mais aussi par la difficulté de financer cet ouvrage au début du XIXe siècle. De ce fait, les bateaux au gabarit Freyssinet (5,20 mètres) ne pouvaient pas y circuler et il a fallu construire des navires spéciaux, les berrichons, qui pouvaient quand même transporter jusqu’à 60 tonnes de marchandises. Aujourd’hui, déclassé, le canal de Berry ne voit plus passer de bateaux, mais ses chemins de halage constituent de magnifiques voies de randonnée.
Et je me régale vraiment à rouler de bon matin sur ces chemins parfaitement entretenus, accompagné par le chant des oiseaux et subjugué par les nombreux passages de hérons cendrés. J’aimerais capter en vidéo leurs envols majestueux, mais les oiseaux me repèrent toujours avant que je les aperçoive et décollent sans que j’ai pu me saisir de mon téléphone.
Après une pause sur l’aire de Langon, je passe à Mennetou, bien tenté de m’arrêter boire un petit verre, mais ce n’est pas ici qu’on produit le Menetou Salon, alors je file.
La deuxième partie est moins séduisante car le canal est plus rectiligne et le charme des méandre s’estompe.
Je traverse Vierzon presque sans m’en apercevoir car le canal évite les zones urbaines denses. Après 60 Km, je fais ma pause déjeuner à Méhun sur Yèvre, ville qui garde la mémoire du passage de Jeanne d’Arc. J’ai si froid assis sur mon banc que je passe boire un café dans un bistrot avant de reprendre la route.
Route est le mot juste car je quitte les bords du canal pour remonter un peu vers le nord et contourner Bourges sur des petites routes qui ne vont pas tarder à me donner du fil à retordre. Cette partie sud des monts du Sancerrois offrent une succession de montées et descentes qui font bien grimper le cardio. Malgré cela, je me sens mieux qu’hier et j’arrive relativement frais à Rians, avec mes 102 Km au compteur.
Après un particulier et une collectivité, c’est une entreprise qui m’accueille ce soir. Une grosse usine qui fabrique des cuves pour liquides alimentaires, dispose d’un bel espace arboré derrière la cantine de ses salariés. Avec l’autorisation d’un cadre de la société, je m’installe sur ce terrain qui présente en plus l’avantage de disposer de tables de pique-nique. C’est seulement dommage que les trois robinets de puisage présents sur le bâtiment adjacent soient coupés, sans doute par crainte du gel. Mais qu’importe, un sympathique voisin qui passe par là, m’apporte un bidon de 5 l d’eau et, en plus, m’invite au petit déjeuner demain matin. C’est Byzance avant l’heure.








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