Jour 49, mardi 1er octobre.

Dushanbe -Karchi 

Un dernier petit déjeuner avec Max et Carlos, et je quitte définitivement ce lieu de repos et de rencontres qu’est le Green House Hostel. A 9h pétantes, je suis à l’entrée du musée archéologique pour rattraper le loupé d’hier et voir enfin ce fameux Bouddha couché. C’est une statue trouvée dans un monastère bouddhiste du 7ème siècle, Ajinateppa, au sud du pays. Bouddha y est représenté dans le posture dite du lion qui dort, allongé sur le côté, la tête posée sur un oreiller, le bras droit replié sous la tête, le gauche tendu le long du corps. Son visage exprime une immense sérénité, ce qui vaut à cette œuvre le surnom de Bouddha au Nirvâna. Mais ce qui la rend encore plus remarquable, c’est sa dimension, 13 mètres de long ! La tête et le bas du corps étaient un bon état; le buste avait disparu et le restauration effectuée dans les années 70 n’est pas très heureuse. Mais l’ensemble dégage une majesté et une sérénité qui s’imposent au visiteur quand il pénètre dans la pièce étroite qui l’accueille, semblable au couloir dans lequel elle se trouvait à l’origine.

Je passe plus rapidement sur les autres salles, tout en admirant quand même les fresques du 8ème siècle du temple de Penjikent, surnommé la Pompéi d’Asie centrale.

A 11h, il est temps de filer vers la gare, où se déroulent les vérifications douanières de sortie du Tadjikistan, ce qui explique l’exigence d’arriver 1h30 avant l’horaire de départ du train. C’est comme dans un aéroport, avec multiples vérifications du passeport et passage des bagages au scanner. Examen dont mes sacoches seront dispensées, remplacé par un simple contrôle visuel.

L’embarquement de Colibri ne pose aucun problème, sauf la hauteur de la voiture par rapport au quai ; il a sa place en bout de voiture, dans le passage vers la suivante. Je voyage dans ce qu’on appelle ici un « coupé », une voiture sans compartiments, avec des sièges transformables en couchettes. Dès le départ, on vous distribue draps et oreillers sous vide et certains voyageurs s’installent d’emblée en position couchée.

Peu après le départ, un des contrôleurs m’invite dans son petit compartiment avec des airs de comploteur. A ma grande surprise, il me propose une solution à 10 dollars pour aller en voiture de Karchi à Tashkent dans la nuit, sans attendre le deuxième train. Je décline poliment car je connais les routes ouzbèques et je préfère leurs rails. Et puis, j’ai déjà mon billet en poche.

Après environ deux heures de trajet, le train atteint la frontière de l’Ouzbékistan, et c’est là que je comprends pourquoi le voyage dure onze heures. Une horde de douaniers prend possession du train, pas moins de six dans notre voiture, qui se mettent en devoir d’effectuer une fouille très approfondie : coffres à bagages ouverts, faux plafonds dévissés, trappes techniques inspectées à la lampe torche, extincteurs sondés, et bien sûr tous les bagages des passagers ouverts et fouillés, pots de confitures inspectés, flacons de produits d’entretien reniflés, poches des vêtements vérifiées, etc. Et si un passager change de place pendant la fouille, il a droit à une palpation. Pour finir, un chien renifleur vient poser sa truffe un peu partout.

Bien entendu, Colibri n’échappe pas aux investigations des douaniers et je dois ouvrir et déballer les sacoches que j’avais si soigneusement rangées pour qu’elles soient aussi compactes que possible. Toutefois, les autocollants de mes précédents voyages et le tracé de mon parcours au Tadjikistan me valent une certaine admiration et un peu de relâchement dans la fouille. Au total, le train est retenu trois heures à la frontière, près de Sariasya, aération éteinte et chaleur suffocante.

Cette épreuve me vaut d’entrer en relation avec ma voisine, une Russe mariée à un Écossais. Elle me servira d’interprète avec le douanier venu fouiller mes sacs, curieux de la France et notamment de notre âge de départ à la retraite. Elle est déjà venue visiter Paris et aimerait y revenir, mais il lui est impossible d’obtenir un visa actuellement. « On ne voyage plus que dans le périmètre de l’ex-URSS » m’explique-t-elle avec regrets. Son fils de cinq ans, Alexis, alias Alioucha, parle un peu la langue de son papa, ce qui nous permet de jouer un peu ensemble aux petites voitures et de faire des coloriages pendant que sa maman dort. Il aime aussi beaucoup les noisettes et termine le sachet qu’on m’avait offert.

Le temps s’écoule lentement, entre roulage au ralenti et arrêts prolongés dans les gares ou en rase campagne. Je finis par dormir un peu; c’est toujours ça de pris en prévision des 6 heures d’attente à Karchi, de 23h à 5h du matin. Je ne suis pas seul à être tombé dans les bras de Morphée, les deux contrôleurs dorment à poings fermés quand on arrive à destination. C’est donc auprès d’autres voyageurs que je me fais confirmer que c’est bien là que je descends.

A la gare, j’accepte l’offre d’une place en salon VIP qui va me permettre de passer une nuit presque normale dans un confortable canapé. 

Dernier petit déj avec Carlos et Max
Avec ses 13 mètres de long, le Bouddha couché fait forte impression.
Il est au nirvâna.
La différence de niveau entre les voitures et le quai obligent à hisser Colibri.
Ambiance comme à la maison.
Alioucha fait du coloriage.
Salon VIP pour nous deux.

10 réflexions sur “Jour 49, mardi 1er octobre.

      1. Génial, ce n’est donc pas le dernier message alors, je suis devenue addictoblog !!

        Merci merci merci pour ces photos, ces aventures, ces visages et émotions et surtout bravo d’avoir boucler ce magnifique périple avec le fidèle destrier colibri

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  1. Nous aurions vraiment aimé faire partie de la foule de tes amis qui vont bientôt t’accueillir à Sablé. Nous y serons quand même, en pensée, de coeur.

    Et ce sera pour saluer la performance exceptionnelle que tu as réalisée sans la moindre fanfaronnade. Ce sera aussi pour te remercier de nous avoir fait partager tes joies et tes difficultés, en toute simplicité.

    Nous avons voyagé loin de notre Lorraine pour faire ta connaissance. Mais, vraiment, ça en valait la peine : nous y avons trouvé un vrai et grand champion, plein d’humanité. Encore bravo et merci !

    Nous te souhaitons un bon retour, tranquille, auprès de Marthe, de ta famille et de tes amis. A plus tard, à une autre occasion le plaisir de se revoir. Avec toute notre amitié

    Any et Michel REINHART

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