Jour 44, jeudi 26 septembre.

Novabad-Oksu, 88 Km.

Ma nuit à la mosquée.

Et que vois-je en premier en ouvrant la tente ? La bouille du gamin, accroupi près de ma toile. J’ignore depuis combien de temps il guette mon réveil, mais c’est à croire que ma venue est l’événement de l’année pour lui. J’ai de quoi l’occuper car mon matériel est en vrac comme jamais; avec la réparation d’hier soir et l’installation de la tente au milieu du champ, mes affaires sont éparpillées partout. Je mets donc « un certain temps » à démarrer, bien décidé à faire une grosse étape pour me rapprocher de Dushanbe que j’aimerais bien atteindre demain soir. Pas gagné car il y a 180 kilomètres et deux grosses difficultés à grimper.

Et puis, il y a les visites culturelles qui s’enchaînent ; peu après mon démarrage, j’arrive à Hulbuk, l’ancienne capitale de la région de Khaton. Des fouilles menées à l’époque soviétique ont mis au jour une ville importante datant des Xème et XIème siècles qui abritait d’un côté un centre administratif, de l’autre des habitations et des commerces. Un système sophistiqué amenait l’eau par une canalisation de plusieurs kilomètres et certaines maisons étaient équipées d’un système de chauffage. Cette cité évoluée était protégée par une fortification qui vient tout juste d’être reconstruite, mais hélas le site est fermé quand j’arrive. Alerté par mes tentatives d’intrusion, un gardien m’invite à visiter le musée voisin. Et il me fait la visite complète dans un anglais que je comprends parfois. A la sortie, il me présente le directeur qui se targue d’être ancien militaire, archéologue, historien, professeur et… ceinture noire de judo ! En découvrant ce point commun, il ne veut plus me lâcher et j’ai toutes les peines du monde à reprendre la route.

Je traverse des paysages désespérément secs, où rien ne semble pousser. Pourtant, les bords de route sont pleins de marchands ambulants qui proposent des butternuts géants, des pastèques et des oignons dont la récolte bat son plein. Plus loin, c’est le coton qu’on finit de ramasser dans des champs desséchés.

En arrivant à Danghara, je suis très tenté de m’arrêter là car j’ai un vrai coup de barre. Mais je n’ai fait que 80 kilomètres, il en reste 100 à faire demain, plus les deux grosses montées, ce qui sera difficile à boucler en une journée. Il faut que j’avance encore un peu et que j’entame l’ascension, sinon la journée de demain sera trop difficile. Alors j’achète quelques fruits, je m’offre un gros goûter et je me lance à l’assaut de la première montée, qui s’étale sur une vingtaine de kilomètres. J’en parcours 8 pour parvenir au village d’Oksu où je décide de bivouaquer ou de me faire inviter. Un premier groupe d’hommes se montre curieux mais pas très réceptif à ma demande d’emplacement pour une tente. Il est vrai que toutes les maisons sont dûment clôturées et fermées par des portails imposants, ce qui n’est guère accueillant.

Dans le deuxième groupe sollicité, un homme réagit immédiatement en me proposant de dormir à la mosquée, ce qui me convient parfaitement. Il m’y emmène et me présente aux fidèles qui arrivent pour la prière de 17h. Les échanges sont chaleureux mais limités car aucun d’eux ne parle anglais. Mon hôte s’appelle Mirzomeddin et il fait visiblement partie des membres actifs de la communauté religieuse. On partage une pastèque dans la cour de la mosquée, puis c’est la prière de 18h30, après quoi trois d’entre eux m’apportent à manger : un plat de pommes-frites au saucisson, un autre de patates grasses au poulet et un plov d’Osch, plus des salades et du pain. Je m’efforce de faire honneur au plat de chaque généreux donateur, mais impossible d’en venir à bout, évidemment. Les restes sont emballés dans la nappe et conservés pour demain matin. Maintenant j’aimerais bien être un peu seul car ils ne me lâchent pas d’une semelle et je n’ai pas pu écrire mon blog ni le mettre à jour.

Après la prière de 20h, je peux enfin installer mon couchage dans un coin de la salle de prière, et je pense bénéficier d’un peu d’intimité, mais j’ai la surprise de voir Mirzomeddin s’installer à mes côtés ! Il laisse femme et enfants à la maison pour rester dormir aussi à la mosquée. C’est trop gentil… Du coup, pas de blog ce soir ; on se couche car l’heure du réveil est fixée à 5h15 afin de libérer la place pour la prière du matin, programmée demain à 5h40.

La muraille de Hulbuk vient d’être reconstruite.
La maquette de la cité du XIème siècle.
Monument à la gloire d’un certain Voseb, dont j’ignore qui il est.
Une ligne de chemin de fer relie Kulob à Danghara, mais elle ne transporte que des marchandises.
Sur le bord de la route les oignons s’empilent…
… tout comme les courges de toutes les formes.
Fin de la récolte du coton.
La petite mosquée d’Oksu, dortoir d’un soir.

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