Jour 43, mercredi 25 septembre. 

Montée Shuroobod -Novabad, 67 Km.

Crevaisons # 5 et 6.

En fait, je me suis mépris ; je suis bien dans un hôtel, mais pas encore ouvert. Ce matin, je fais la connaissance du propriétaire des lieux, un géant au crâne rasé, ancien colonel de l’armée tadjike qui a cassé du taliban pendant la guerre civile.  « Le Président me connaît », précise-t-il en me montrant fièrement sa photo en uniforme avec sa flopée de décorations. Désormais à la retraite il a investi dans ce futur hôtel qui est en construction depuis 9 ans et sera terminé… l’an prochain. Il est associé avec son frère qui vit à Moscou. « La Russie c’était bien avant au temps de l’URSS, maintenant, beurk ». En attendant d’ouvrir l’hôtel, il loue son terrain à une entreprise chinoise de travaux publics. J’ai l’honneur d’assister à son petit déjeuner, cinq œufs durs et un plat de viande de mouton dont il rouche les os dans un style très Cro-Magnon.

Au moment de démarrer, ma roue avant est dégonflée, mais c’est sans doute dû à la fraîcheur nocturne car, une fois regonflée, elle ne bougera plus. Ouf !

Inquiet de mes difficultés d’hier soir, j’aborde les 15 kilomètres d’ascension avec beaucoup d’humilité. Trouver le bon rythme, ne pas forcer, se mettre dans l’idée que ça va être long, ne pas s’enflammer quand ça va mieux, ne pas se mettre dans le rouge, etc. Et ça marche, 5 kilomètres dans la première heure, 6 dans la deuxième portion qui était moins pentue et les 15 bornes de montées sont avalées en un peu plus de trois heures, avec quelques pauses, dont une pour boire le thé avec deux ouvriers sur le bord de la route. 

Une bonne pause casse-croûte à Shuroobod, puis le contrôle du passeport pour entrer dans la zone frontalière et je peux savourer ma récompense, 30 kilomètres de descente ininterrompue que je dévale à plus de 50 km/h. J’arrive ainsi à Kulob sans avoir donné un coup de pédales ! La contrepartie c’est la chaleur qui augmente encore d’un cran.

Kulob, capitale de la région de Khaton, est la troisième ville du pays, avec près de 100.000 habitants. J’y retrouve la vie grouillante des centres importants, à commencer par un marché dans lequel je m’enfonce avec plaisir. J’y achète des fruits, des nouvelles claquettes ainsi qu’une chemisette en prévision de mon retour. Et puis je m’offre un superbe plov dans un restaurant, où je m’éternise un peu car je me sens bien.

A la sortie, c’est la douche froide : pneu arrière à plat ! Un marchand ambulant voyant mon désappointement, m’emmène chez un dépanneur. On regonfle, et cela semble tenir, mais à peine reparti, je dois me rendre à l’évidence, je viens de crever pour la cinquième fois.

Kulob abrite un des rares sites historiques du pays, le mausolée de l’écrivain Said Ali Hamadoni, né en Iran en 1314, grand voyageur et prédicateur. Lors de son passage à Kulob, il réunit 700 disciples qui le suivirent en Inde pour répandre l’Islam. Après sa mort en Afghanistan, ses disciples décidèrent de construire ce mausolée en son honneur. Un jeune guide anglophone me fait visiter le lieu saint, puis le musée attenant en m’expliquant le contenu de chaque vitrine des quatre salles de l’établissement. Pour une fois que je trouve matière à visite, je ne vais pas me plaindre.

Bien qu’il soit plus de 17 h, je choisis de quitter la ville pour faire tourner le compteur car je me sens en forme. Mais je ne vais pas bien loin; à la sortie de la ville, je dois me résoudre à m’arrêter pour réparer. Et cette fois, je vais détecter la cause, un tout petit morceau de ferraille qui s’est piqué dans le pneu et ressort à l’intérieur. Ne parvenant pas à l’extraire, je le repousse au maximum et je répare.

Bien décidé à profiter de cette bonne forme qui ne m’a pas quitté, je vise la prochaine ville, Hulbuk, à une dizaine de kilomètres. Mais à mi-chemin, ma roue arrière est de nouveau à plat.  Alors là, c’est trop, je sollicite un bout de champ pour planter ma tente auprès d’une épicière et je re-démonte ma roue. Cette fois j’extrais le petit morceau de métal, pas plus gros qu’une demi agrafe, qui a évidemment provoqué cette nouvelle crevaison et je répare sous le regard attentif du fils de l’épicière. Celui-ci ne va rien manquer de la réparation, puis du montage de la tente, de mon dîner, pas plus que de ma toilette au point d’eau public ! Il reste là à m’observer sans rien dire, y compris pendant mon dîner frugal, pris à la lampe torche car, avec tout ça, la nuit est tombée. Seule la fermeture de la tente va nous séparer.

La chambrette est correcte.
Le petit déjeuner du colonel.
La montagne joue encore avec les couleurs.
Aux grands hommes la ville reconnaissante.
Le mausolée de Said Ali Hamadoni.
Signature du livre d’or du musée.
Près du mausolée, un joli kiosque en hommage à Tamerlan.
Le petit bonhomme ne me quitte pas des yeux.

7 réflexions sur “Jour 43, mercredi 25 septembre. 

  1. Alors je ne voudrais pas être rabat joie mais la chemisette en prévision du retour, oublies… Profites en maintenant en total look avec tes nouvelles claquettes 🤩… Et bien entendu, on attend la photo 🤣… Bon pédalage sans crevaison… 😘😘😘

    J’aime

  2. Alors je ne voudrais pas être rabat joie mais la chemisette en prévision du retour, oublies… Profites en maintenant en total look avec tes nouvelles claquettes 🤩… Et bien entendu, on attend la photo 🤣… Bon pédalage sans crevaison… 😘😘😘

    J’aime

Laissez un commentaire, cela me fera plaisir.