Jour 42, mardi 24 septembre.

Jak-Montée Shuroobod, 78 Km.

L’hôtel fantôme.

Tente rangée, pneus regonflés et selle remontée, je suis prêt à partir quand Shokhojia et Ayoub viennent me chercher pour le petit déjeuner. Quatre œufs au plat plus tard, c’est sous le regard et les gestes d’adieux de toute la famille que je reprends la route. Au programme, les 80 kilomètres réglementaires, voire plus si je veux m’assurer une petite marge en prévision d’un col à monter après-demain. Le souci c’est que j’ignore le profil de l’étape du jour car mon appli refuse de me tracer le parcours par la route normale, la croyant toujours en travaux.

Mon idée est de rouler fort le matin pour m’arrêter tôt quand la grosse chaleur arrivera. A midi, quand je quitte la vallée de la Panj, j’ai fait 55 kilomètres, ce qui est dans mes prévisions. Les choses vont se compliquer par la suite à cause du relief qui augmente et de la chaleur qui m’accable. À plusieurs reprises, je suis obligé de mettre pied à terre pour monter des côtes à 8, 9 et 10%.

Je fais une pause assez longue dans une station-service pour rattraper un peu le retard pris dans la mise à jour du blog. Mais ce sera insuffisant pour me relancer car j’attaque alors une montée de 18 kilomètres qui m’amènera à Shuroobod, 900 mètres plus haut, à près de 2.000 mètres d’altitude. Je suis vraiment à la peine en cette fin de journée et je m’inquiète car il n’y a aucun village avant Shuroobod et l’eau est très rare. Ça ne va pas le faire.

Aussi, après avoir monté 3 kilomètres, je bifurque vers le premier bâtiment qui se présente, une grande maison pas terminée, dont la cour sert d’entrepôt à des engins de chantier. Partout des pelleteuses, des tuyaux, des sacs de ciment, des cartons de carrelage chinois, bref, un lieu de stockage. J’envisage de planter ma tente entre deux bulldozers, mais le gars qui m’accueille me montre la maison. Je me dis qu’il doit plus ou moins squatter cet immeuble mi-pas fini mi-déjà délabré, sans eau ni électricité. Mais à ma grande surprise il m’ouvre la porte d’une petite pièce proprement aménagée, avec un futon au sol et une table. Le squat me convient tout à fait, d’autant que le gars m’apporte le thé.

Après une petite toilette avec l’eau de mes bidons, il me propose de passer à table et se glisse derrière le comptoir d’une cuisine improvisée pour me proposer des plats et des boissons à la carte. Mon choix effectué, il me fait la note : 3€ pour la nuitée, 2€ pour le repas. Le gars tient vraiment un hôtel restaurant dans cet endroit totalement improbable ! En fait, je crois que Djamal est le gardien des lieux et qu’il profite du bâtiment pour faire son petit business complémentaire et arrondir ses maigres fins de mois. Je doute fort qu’il ait une licence et qu’il paye des impôts sur cette activité, mais qu’importe, cela me dépanne bien. Et pas que moi car, si je suis le seul à dormir, quelques habitués profitent du bar et de la cuisine. 

A la nuit tombée, Djamal s’absente pour faire sa ronde et fermer les grilles, me laissant durant dix minutes la responsabilité de l’établissement. Après quoi je m’allonge dans ma chambrette surchauffée, dont je parviens avec du mal à ouvrir la fenêtre bloquée par un parpaing pour avoir un peu d’air. Les deux chiens de garde font leur boulot, ils aboient au moindre bruit suspect ; ça promet…

Photo souvenir.
Beaucoup de monde sur le chemin afghan ce matin.
Je ne vais pas bivouaquer ici.
Qui aurait idée de dormir ici ?
Pas finie ou déjà délabrée ?
Le dîner est servi.

Une réflexion sur “Jour 42, mardi 24 septembre.

Laissez un commentaire, cela me fera plaisir.