Dashtak-Qalai Khumb, 80 Km.
Fingers in the nose.
Au réveil, tout est normal, le bouc qui partage mon champ est de retour avec son air pas commode, son maître me salue rapidement en l’attachant et les voitures ont repris l’asphalte aux enfants. Je me sens en pleine forme et de bonne humeur, les contrariétés de la veille sont oubliées, mon dos me fait moins souffrir et la perspective des 70 kilomètres ne m’effraie même pas. C’est dans cet état d’esprit positif que je me mets en selle à 7h30, bien décidé à rattraper le temps perdu hier.
Comme prévu, le bel asphalte tout neuf ne dure pas longtemps et je vais alterner toute la journée les zones de travaux et les parties terminées. Avec une petite variante, ce sont les zones délaissées parce qu’elles seront shuntées par la nouvelle route au profit de tunnels. Et là, c’est du coriace, de la bonne vieille caillasse qui casse le dos.
A mon grand étonnement, dimanche n’est pas synonyme de repos pour tout le monde; certes l’activité est réduite sur le chantier, mais les géomètres sont à l’œuvre, ainsi que les ouvriers qui travaillent sur les ouvrages d’art, ponts et tunnels. Heureusement, les artificiers semblent bénéficier du jour de repos, ce qui me met à l’abri des fermetures de route. À plusieurs reprises j’emprunte des portions quasiment terminées mais pas encore ouvertes à la circulation, ce qui me donne l’impression de les inaugurer.
Une équipe qui ferraille un pont m’accueille avec une chaleur particulière, donc je m’arrête pour répondre à leurs interpellations. Said, le jeune chef d’équipe, observe mes mains attentivement et fait une remarque à ses collègues. Aussitôt, une paire de gants de travail tombe du haut du parapet et je suis prié de les enfiler pour protéger mes fragiles petites mimines. Charmante attention.
A l’heure du premier casse-croûte, je m’arrête à Kurgovad, un village qui possède trois épiceries sur une sorte de place ombragée par un arbre énorme et rafraîchie par une source élégante. Mais le plus remarquable sur cette place est la maison qui la domine. Construite et pierre et en brique, elle n’a rien de commun avec celles du pays. Avec ses deux étages, ses larges baies vitrées, ses escaliers métalliques extérieurs et ses terrasses, elle ne dénoterait pas dans nos contrées occidentales. On dirait qu’un Français est venu s’installer ici…
Pour l’arrêt déjeuner, j’attends que le compteur affiche 35 kilomètres, soit la moitié du trajet prévu. Mais en consultant Mapy, je constate qu’il me reste en fait 42 kilomètres, cela fait une grosse moitié ! Du coup, je ne fais plus de pronostics, j’avance et je verrai si je vais au bout ou pas, avec le secret espoir que l’asphalte soit de plus en plus fréquent à mesure que j’approche de Qalai Khumb.
J’observe toujours l’autre rive où je constate curieusement plus de verdure et d’habitations que du côté tadjik. Je vois pas mal de petites motos qui peinent dans les côtes, mais aussi des tracteurs et quelques voitures.
Je suis étonné de la facilité avec laquelle j’avale les quelques difficultés du parcours, et c’est sans problème que j’arrive à Qalai Khumb vers 16h. Je repère aisément la ruelle où se trouvent les quelques hôtels qui disposent d’une terrasse sur la rivière. Au gamin qui me propose son aide, je précise que je veux la wifi. Et c’est ainsi que je me retrouve à l’hôtel Roma, le prénom du patron. La wifi ne fonctionne pas, mais l’établissement est coquet et je dispose d’une chambre individuelle.
Après une bonne douche, je repère la boutique TCell pour y être demain matin dès l’ouverture. Au passage, je reconnais le supermarché où le taxi nous a arrêtés entre Dushanbe et Khorog le mois dernier. J’y achète une grosse bière fraîche que je déguste sur la terrasse de l’hôtel en compagnie d’un guide pamiri qui accompagne un client italien quelque peu ronchon.
D’ailleurs, à l’heure du dîner, le guide m’invite à leur table, peut-être pour éviter le tête à tête avec son client. Du coup, j’en profite pour l’interroger sur un incident qui m’est arrivé lors de mon tour en ville : un automobiliste s’est arrêté à ma hauteur et m’a vertement interpellé. J’ai d’abord cru qu’il me disait de marcher sur le trottoir, mais on était des dizaines de piétons sur la rue. En fait, j’imagine qu’il en voulait à ma tenue vestimentaire trop légère, un short de bain qui laisse voir la partie bronzée de mes jambes. Le guide me confirme que j’ai sans doute eu à faire à un intégriste. « Si ça se renouvelle, tu lui dis Fuck you », me conseille-t-il, ce que je me garderai bien de faire car je suis poli et prudent.
Un nouveau petit tour de ville by night et il est l’heure de se retirer dans nos appartements, en l’occurrence une chambre à deux lits où j’ai la chance d’être seul.











Il n’avait pas l’air méchant ton petit bouc!
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Boh non, tout mignon.
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