Jour 39, samedi 22 septembre 

Shipan-Dashtak, 40 Km.

Le gros caillou.

 Ce sont des pleurs d’enfant qui me tirent du sommeil ; un petit bonhomme de trois ans semble tout perdu au milieu du champ de blé récemment fauché. Très vite, toute la famille est en activité, on re-change les vaches de place, on sort la chèvre et c’est reparti pour une journée d’activités agricoles qui permettent à la famille de subsister.

De mon côté, le rangement est vite fait et le petit déjeuner arrive comme par magie. Quatre œufs au plat, des fruits secs, des gâteaux et du thé « normal » car je refuse poliment le thé pamiri dont mon hôte se régale, le beurre étant remplacé par de la graisse animale. Après un échange de cadeaux et de tapes dans le dos, je reprends Colibri. Il fait beau, les oiseaux chantent, les gens sont adorables et… mon pneu avant est à plat ! Je ne connaissais pas le dicton « jamais trois sans quatre ». Cette fois je suis un peu agacé car cela commence à faire beaucoup. Et surtout, j’étais content de ne pas avoir à harnacher Colibri. Raté ! Il faut tout redéfaire.  Mais la réparation est rapide avec l’aide d’un voisin compatissant. 

A peine sorti du village, je tombe sur la fameuse zone de travaux qui s’étale sur une centaine de kilomètres, jusqu’à Qalai Khumb. Comme m’avait prévenu Paul hier, ce n’est pas pire que la piste. Certes, l’asphalte disparaît complètement, raboté pour préparer la future route, mais les travaux de terrassement rendent la route moins caillouteuse, même parfois carrossable. Mais le vrai risque, c’est la fermeture temporaire pour les besoins du chantier. Et je n’y échappe pas ! Au Km 20, un énorme rocher barre la route sur toute sa largeur, résultat d’une précédente explosion destinée à élargir la route. Il faut le faire sauter et cela prendra plusieurs heures, peut-être deux, ou trois, ou quatre; bref, je suis coincé pour un sacré bout de temps. Arrivé le premier, je suis bientôt rejoint par un motard coréen, puis par une voiture, deux, cinq, dix, et des camions à la pelle.

A midi, c’est la pause déjeuner, il ne se passera plus rien jusqu’à 13h. Du coup, je remonte un kilomètre en arrière dans un minuscule village pour trouver au moins de l’ombre. C’est là que tout le monde vient se réfugier et faire des emplettes à l’épicerie qui va certainement réaliser sa meilleure recette de l’année ! Après avoir grignoté, je m’offre une petite sieste sous les arbres d’un espace qui pourrait être agréable s’il n’était jonché de détritus. La principale distraction est d’observer ce qui se passe en Afghanistan car ici la Panj est très étroite et on voit très bien la piste en face, sur laquelle passent des mobylettes et des maigres troupeaux.

A 14h je suis réveillé par des vrombissements de moteurs et un mouvement de foule. Visiblement les travaux de déblaiement touchent à leur fin. Je remonte toute la file pour me positionner en pole-position, à côté du motard coréen qui est dans les starting-blocks. Après tout, on était les premiers de l’embouteillage. On fait bien car on démarre les premiers et je ne serai jamais rattrapé par les camions. 

Surprise deux kilomètres plus loin, de l’asphalte ! Pas des lambeaux de l’époque soviétique comme j’ai vu jusque là, non du vrai, du beau, du neuf, millésime 2024. Voilà qui permet d’envisager non pas de rattraper les 4 heures perdues, mais de faire une journée presque normale, autour de 50 kilomètres. Sauf que le bel asphalte est en pointillé, alternant avec des portions  encore en cours de terrassement. Et surtout, la route s’élève après le point de contrôle de Vahdat, une montée qui me coupe les pattes et me casse le moral. Plusieurs arrêts me sont nécessaires pour arriver en haut. D’après Mapy.cz, le prochain village, Dashtak, est tout de suite dans la descente, le suivant à 19 kilomètres. Je n’hésite pas un instant et je m’arrête à Dashtak car je me sens incapable de faire encore 19 bornes. Un passage à l’épicerie et on m’indique un bout de terrain où je peux m’installer. Hélas il n’y a pas d’eau et j’en aurais bien besoin car je suis très sale. En fait le village n’a pas de source et les habitants doivent aller chercher l’eau assez loin, ce qui en fait un bien précieux. J’apprécie donc à leur juste valeur les deux bouteilles que deux femmes veulent bien me donner.

Quelques gamins suivent attentivement le montage de la tente, mais aujourd’hui l’événement est ailleurs : l’asphalte est arrivé à Dashtak ! Une première voie a été posée le jour même et tous les habitants viennent tâter ce nouveau revêtement, à commencer par les enfants qui dévalent la pente à toute allure sur leur vélo ou leur trottinette. Tout le monde marche au milieu de la route, à commencer par les enfants qui dévalent la pente à toute allure sur leur vélo ou leur trottinette. Tout le monde marche au milieu de la route et les voitures doivent klaxonner pour dégager le passage. On imagine la révolution que représente ce changement, en termes de temps gagné pour aller à la ville, et de poussière en moins dans la vie quotidienne. 

Hélas ce beau ruban ne va pas d’un trait jusqu’à Qalai Khumb; un riverain me confirme qu’il est encore en pointillé. Du coup je ne suis pas certain de couvrir sur la journée de demain les 70 kilomètres qu’il me reste. J’ai pourtant hâte car j’ai besoin de repasser dans une boutique TCell pour faire débloquer ma carte SIM qui est de nouveau inopérante, ce qui me prive d’internet, alors que les autres abonnés à cet opérateur ont du réseau.

Après avoir passé un moment à regarder la population s’extasier devant le nouveau ruban noir qui traverse leur village, puis salué le monsieur qui vient enlever son bouc de mon champ, je me glisse sous la tente. Avant de dormir, je m’équipe de boules Quies car le ballet des engins de chantier n’en finit pas. On est samedi, ils doivent rentrer à la base pour le week-end.

Petit déjeuner avec le voisin.
La maison est spacieuse et coquette.
Ce nuage de poussière n’annonce rien de bon.
Colibri ne passera pas.
L’attente en plein soleil.
L’endroit idéal pour patienter.
L’Afghanistan est à portée de voix.
Le passage est presque libéré.
Stockage de fûts de bitume vides, tout près de la rivière…
De l’asphalte, les enfants n’en reviennent pas.
Ça roule beaucoup mieux qu’avant !

3 réflexions sur “Jour 39, samedi 22 septembre 

  1. Bonjour Pascal, merci pour cette documentation de ton voyage. C’était un plaisir d’avoir fait connaissance. Nous sommes toujours dans le Wakhan et pensons toujours au courageux cyclistes qui enpruntent ces routes. Il y a de moins en moins avec l’automne qui arrive. Il faut qu’on quitte le Tajikistan la senmaine prochaine. Destination Uzbekistan. Bon retour en France pour toi. Peut-etre on aura la possibilité de nous voir dans ce pays tres lointain….

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    1. Bonjour, vous deux. Merci pour ces nouvelles. J’ai beaucoup apprécié notre rencontre. J’ai eu des nouvelles de Marion et Sébastien qui vous doivent une sacrée chandelle. Bonne continuation de voyage et profitez bien de la Wakhan. On reste en contact.
      Pascal

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