Dasht-Rushan, 47 Km.
Les espoirs douchés.
Comme je le craignais, on n’a pas bouché tous les trous du matelas qui est bel et bien percé. Mais il a le bon goût de se dégonfler lentement, à peu près au rythme où ma vessie se gonfle. Donc je ne suis guère plus réveillé qu’une nuit normale. L’événement de la nuit se produit à 1h16 exactement, un tremblement de terre. C’est d’abord un bruit sourd, comme si on démarrait un groupe électrogène, puis un tremblement sensible du sol que je ressens d’autant mieux que mon matelas est dégonflé. C’est assez impressionnant et je reste quelques minutes en éveil pour guetter une éventuelle réplique.
Au matin, Fotima me confirme avoir aussi ressenti la secousse. Elle vient m’inviter à partager le thé juste au moment où j’avais déballé tout mon matériel de cuisine et mis l’eau à chauffer. Le menu est le même qu’hier soir, mais cette fois je me dispense de mayonnaise.
Je m’élance vers 8h pour ce qui devrait être ma dernière étape dans la vallée de Bartang. L’objectif est d’arriver à Rushan, de m’y reposer une journée avant de prendre un taxi pour Qalai’Khumb afin d’éviter une portion de 100 kilomètres en plein chantier. Et surtout, je vais retrouver du réseau pour communiquer de nouveau avec famille et amis.
Après le petit frisson de la traversée de la passerelle, la mise en jambes est un peu laborieuse et les premiers kilomètres défilent lentement. Pour mes claquettes ce sera la fin du voyage; l’une d’elles se décroche du porte bagages sous l’effet des secousses. Quand je m’en aperçois, je renonce à faire demi-tour et décide de poser la deuxième sur le bord de la route. Quelqu’un arrivera peut-être à reconstituer la paire. Ce n’est pas une grosse perte, mais je croise les doigts pour qu’il n’y ait plus de gués à traverser. Et puis cela faisait partie de ma tenue de soirée, celle que je mettais après la toilette.
La rencontre avec deux jeunes cyclistes bavarois qui vont à Osch m’offre un instant de pause, mais je m’oblige à faire au moins la moitié de l’étape, soit 22 kilomètres avant de me reposer et casser la croûte, ce qui m’amène à la sortie du village de Bagu. A peine installé, je suis rejoint par un gamin d’une dizaine d’années qui s’installe à côté de moi. Je lui offre un gâteau sec, puis une pomme qu’il refuse car il en a chez lui et des bien plus grosses. D’ailleurs il m’invite à venir constater par moi-même. Ni une ni deux, je remballe mon déjeuner et me voilà installé chez Akim, dont la maman me sert un plat de viande pour au moins quatre personnes. Et le gamin est tout fier de me montrer ses pommes qui sont effectivement énormes. Il m’en donne plusieurs, ainsi que deux poires, les premières que je vois. C’est bien le signe que je suis revenu dans une zone tempérée où les fruits peuvent s’épanouir.
A partir de ce village, l’asphalte fait son apparition, de façon très épisodique d’abord, puis de plus en plus régulièrement. Cela fait du bien de rouler sans être ballotté ! Encouragé par ce revêtement confortable, je boucle les derniers kilomètres avant Rushan à une vitesse inhabituelle depuis une semaine.
Une première antenne relais a l’entrée de la ville ne m’offre pas de réseau, pas plus que la deuxième en centre-ville. Grosse désillusion ! Des jeunes m’expliquent que TCell n’a pas de réseau ici, seul Mégaphone permet de se connecter. Je prends un gros coup sur la tête. Un jeune partage sa connexion, ce qui me permet juste d’envoyer un message rassurant, mais pas moyen de téléphoner et encore moins de mettre mon blog à jour.
En outre les taxis ne veulent pas charger des clients pour Qalai-Khumb; c’est Dushanbe ou rien ! Décidément, cette ville de Rushan douche tous mes espoirs et met à mal mes projets. Je me console dans une supérette bien achalandée en achetant des brugnons et une espèce de Schweppes au citron. Et quand je ressors, surprise, mon pneu arrière est à plat ! N’ayant pas envie de tout déballer en ville, je prends l’option « cantonniers », je gonfle à bloc et je m’engage sur la route de Dushanbe sans trop savoir si c’est le bon choix. Qalai-Khumb est à 160 kilomètres et Dushanbe à environ 500. En neuf jours, c’est faisable, et puisque les taxis ne veulent pas de moi, je vais faire du vélo. Après tout, je suis ici pour ça !
Dans le premier village après Rushan, un étang sympathique m’invite à poser ma tente, ce que je fais avec l’approbation d’un riverain. Je profite d’un accès facile à l’eau pour tester mon matelas, sur lequel je détecte une cinquième fuite que je colmate, pensant m’assurer ainsi une nuit tranquille. Et tant que je suis dans le rebouchage de trous, je répare la chambre à air numéro 2, des fois que… Jusque-là mon pneu arrière semble tenir, mais c’est certainement une crevaison lente. Un bon plat de pâtes à la saucisse fumée vient conclure cette journée à surprises.







Les paysages sont plus verdoyants. On a le sentiment que tu es revenu à la civilisation… Le noyer est particulièrement beau.
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t’es saucisses fumées ne font guère envie tu auras droit à celles de la jaluere au retour
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