Col Aylutek – Rivière Tanimas, 32 Km.
La grande descente.
Dans la nuit, j’ai dû rajouter une veste polaire à ma tenue, tellement il faisait froid. Levé à 5h30, j’attends avec impatience l’apparition du soleil qui apporte tout de suite quelques degrés supplémentaires. À peine ai-je fini de ranger mon matériel que je vois passer un cycliste sur la piste dans le sens contraire du mien. Comme il ne m’a pas vu, je le hèle vigoureusement pour qu’il s’arrête. C’est Benjamin, encore un Français, qui a tout quitté pour parcourir le monde à vélo, avec l’objectif d’aller en Asie du sud-est, puis en Australie pour travailler comme cuisinier et se refaire un peu d’argent. Avec mon petit tour du Tadjikistan, je me sens vraiment un tout petit voyageur.
14 août, 14 septembre, voilà un mois que je suis sur les routes et les pistes. Je n’ai pas vu le temps passer, mais j’avoue que le manque de confort et d’hygiène commence à me peser. Maison et famille me manquent.
Je repars en direction de Ghudara que j’envisage d’atteindre dès ce soir. C’est peut-être ambitieux car il reste 50 kilomètres, mais ce sera majoritairement descendant. Benjamin m’a même annoncé une descente vertigineuse qu’il a eu toutes les peines du monde à monter dans l’autre sens.
En attendant, le premier obstacle sur mon chemin est aquatique : un gué d’une dizaine de mètres de large. Au vu de la profondeur, je ne me sens pas capable de le traverser à vélo. Aussi je fais le choix de déchausser et d’enfiler les claquettes pour traverser à pied. Quelques centaines de mètres plus loin, la piste traverse à nouveau la même rivière dans l’autre sens. Heureusement j’avais gardé mes sandales, il me suffit donc de descendre de vélo et de traverser à nouveau à pied. Plus d’1 km après cette seconde traversée, la piste s’engage dans une direction qui me paraît bizarre. En consultant Mapy je constate effectivement que je me suis fourvoyé; il ne fallait pas traverser la rivière une seconde fois, mais rester sur la même rive. Je n’ai pas vu la bonne piste. Retour en arrière et nouvelle traversée de gué, juste pour le plaisir des pieds.
Après encore quelques petites côtes, j’arrive enfin au début de cette descente vertigineuse vers la vallée verdoyante que j’attends depuis hier. L’état de la piste ne me permet pas de descendre très vite ni d’admirer le paysage en roulant. Aussi fais-je de nombreux arrêts pour admirer la vallée en contrebas et la rivière Tanimas qui se sépare en une multitude de bras qui scintillent sous le soleil. Ce spectacle me réconcilie avec la vallée de Bartang qui m’avait déçu hier.
Arrivée au niveau de la rivière, la piste bifurque résolument vers le sud et là, le résultat est immédiat, le vent se met à souffler de face. Mais déjà il n’est plus aussi froid qu’hier ce qui le rend moins désagréable. D’ailleurs je sens bien qu’avec la perte d’altitude, je suis maintenant à 3.200 mètres, le fond de l’air est beaucoup moins froid que ce matin et les jours précédents. Du coup, j’accepte ce vent inéluctable mais supportable.
La suite est une succession de petites montées et de descentes en suivant le cours de la rivière dans une vallée qui se rétrécit peu à peu et devient spectaculaire. Les couleurs de la roche notamment sont exceptionnelles. Cela va du jaune au noir en passant par l’ocre et le rouge. Là encore, je m’arrête souvent pour faire des images, photos ou vidéos. La végétation change aussi, les plantes rabougries martyrisées par le vent laissent place à des arbustes qui forment des petits bosquets sur les rives.
Alors que j’ai remis mes chaussures depuis un bon moment, voilà un nouveau gué qui se présente. Je tenterais bien de le franchir à vélo, mais il est assez profond et il y a de gros cailloux qui cognent dans le fond. C’est sans doute ce qu’on appelle un gué tapant. Me voilà donc de nouveau à barboter en claquettes dans l’eau fraîche.
Tout cela fait que je n’avance pas très vite, et du coup l’objectif d’arriver ce soir à Ghudara ne semble pas accessible. Qu’importe, personne ne m’y attend et je m’étais bien promis de prendre mon temps pour descendre cette vallée mythique. « Enjoy »! diraient nos amis british.
Vers 15 h. je passe à un endroit exceptionnellement abrité du vent et qui présente une grande surface herbeuse et plate. Tout cela juste au bord de la rivière. Il n’en faut pas plus pour que je décide de mettre un terme à cette étape et de me poser dans cet endroit agréable.
L’urgence est un bonne lessive car je n’ai plus rien de propre. En allant à la rivière, je remarque des petites traces d’animaux à deux ongles. Peut-être des mouflons qui descendent pour venir boire. La montagne porte en effet sur des versants très escarpés des traces bien marquées de passage d’animaux. J’aimerais bien en observer car, à part des marmottes et un lapin, je n’ai pas vu beaucoup d’animaux. Mais je crains que ma présence sur leur point d’eau ne les dissuadent de venir ce soir.
Pour mon repas, j’ai envie de tenter une expérience, la cuisine au feu « B&B », à savoir bois et bouse. Je sors donc mon mini-réchaud et je démarre un feu de bois, puis j’ajoute des petites bouses. Le résultat est tout à fait satisfaisant : l’eau de la semoule est vite à ébullition et les petits pois chauffent tranquillement pendant que la semoule gonfle. Une belle réussite écologique pour conclure cette belle journée !







Super Pascal, tu as appris à faire des barbecues écolos que tu pourras expérimenter en Sarthe, différents des sarments de vignes…
Odile
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Oui, les bouses de vaches ne manquent pas, vu que personne ne les récupère. Après les pellets, peut-être un nouveau business à créer 😁
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