Camp de yourtes-Col Aylutek, 43 Km.
Les quatre vents.
Au matin, la situation de Sébastien n’est pas brillante ; son œil a gonflé comme un pamplemousse et, même si leur ami ophtalmo les a rassurés par téléphone sur l’absence d’éventuelles complications, ils sont évidemment inquiets tous les deux de la tournure des évènements. Un passage à l’hôpital s’impose, mais le plus proche est à Khorog et il n’est pas simple d’y aller. Le chemin le plus court passe par la vallée de Bartang, mais le véhicule de Jens ne peut pas l’emprunter. L’autre solution, proposée par Jens et Natalie, est de remonter à Karakul pour trouver un taxi qui les emmène à Khorog. Malgré les réticences de Sébastien, qui voudrait bien poursuivre son périple, c’est cette seconde solution, celle de la sagesse, qui est retenue. Il faut alors toute la rigueur et le sens de l’organisation de Jens et Natalie pour parvenir à caser quatre personnes, quatre vélos et huit sacoches dans un véhicule prévu pour deux personnes. Dans leur malheur, Marion et Sébastien ont eu de la chance de rencontrer des personnes aussi serviables et efficaces.
Me voilà donc de nouveau seul sur cette piste mais dès mon départ, j’ai la surprise de voir arriver en face de moi l’ami Marco. Ce ballot a oublié sa lampe frontale à l’hébergement de Karakul hier matin. Et comme il y tient beaucoup il a décidé de faire demi-tour pour aller la chercher. 70 + 70 = 140 km de punition pour un petit oubli matinal…
Je repasse sur le pont délabré où nous étions hier soir, mais je le franchis à pied car il me fait vraiment peur. Ensuite j’avance plutôt bien sur une piste correcte. Mais cela ne va pas durer ; le vent, qui se lève chaque jour vers midi, a choisi aujourd’hui de devancer l’appel et c’est dès 9h30 qu’il commence à me souffler dans le nez. Il va m’accompagner toute la journée au point de me rendre pénible une étape qui aurait pu être sympathique. Le pire est que j’ai beau changer de direction, il souffle toujours de face. À croire qu’il n’est là que pour empêcher ou ralentir ma progression. L’ami Eole a sorti toute sa panoplie et s’amuse à m’envoyer ses quatre vents à tour de rôle. Moi qui pensais faire une quarantaine de kilomètres en cinq heures, je roule généralement à 6km/h; c’est fatigant et déprimant. Du coup j’en viens à négliger le paysage autour de moi qui est, il est vrai, toujours aussi minéral et monotone, sauf les cimes enneigées du Damamat, 5.180 m. et du Kartash, 5.520 m. qui s’affichent en face de moi.
Cette première journée dans la vallée de Bartang ne sera vraiment pas à la hauteur de ce que j’en attendais. Pour moi, cette vallée est un peu le dessert de mon voyage, et pour le moment le dessert a un goût amer.
À 14h, j’ai tout juste parcouru une trentaine de kilomètres. Je fais une pause déjeuner assez copieuse pour me redonner de l’énergie et je repars avec pour objectif de boucler quand même les 40 km prévus. A chaque fois que j’attaque la montée d’une bosse, je me dis que derrière, je vais basculer dans une vallée verdoyante, avec de l’herbe, des arbres, des vaches et des gens. Mais à chaque fois je suis déçu et je reporte mes espoirs sur la suivante, et ainsi de suite.
Quand le compteur affiche enfin les 40 Km fatidiques, je pose le vélo et décide de ne plus bouger. L’endroit est moche au possible, il fait froid, le terrain est plein de cailloux, et je ne vois vraiment pas comment je vais monter une tente dans cet endroit en outre hyperventilé.
Par acquit de conscience, je consulte quand même la carte, et là je m’aperçois que je ne suis qu’à quelques centaines de mètres du col Aylutek (3.795 m.) et qu’ensuite la piste rejoint rapidement une rivière. Je me remets donc en selle pour 3 km, et je trouve effectivement un coin tout à fait adapté pour planter ma tente et passer la nuit au bord de la rivière Shuralisu.
Après un bon bain de pieds pour soulager mes chevilles irritées par des frottements, je m’enferme au chaud sous la tente pour échapper au vent et rédiger mon blog. Je ressors ensuite rapidement pour compléter ma toilette et prendre un peu de nourriture que je grignote sous la toile, le seul endroit où je me sens bien. J’en ai marre d’avoir froid, le matin, la journée, le soir et la nuit; j’ai hâte de redescendre dans des contrées plus accueillantes.
Dans la soirée j’entends un véhicule passer sur la piste et je me rends compte alors que c’est le premier de la journée.








Des vallées verdoyante…je te conseille celle de la Vegre avec des gens et un beau patrimoine, sinon il faut bien qq journées compliquées pour épicer le périple, courage et bravo
J’aimeJ’aime
Pascal,
Eh bien tu vas avoir chaud quand tu vas revenir en Sarthe… Et la campagne est bien verte. Heureusement, ta santé est restée top, quelle bonne immunité.
Prends soin de toi jusqu’au bout.
Odile
J’aimeJ’aime
Tu ressembles à papa sur ta photo…je ne l’ai pourtant jamais vu avec un casque de vélo, une parka orange ni même des lunettes de soleil lol
J’aimeJ’aime
Si tu cherches des vallées verdoyantes avec de l’herbe, des vaches et des gens viens en Dordogne 😉
Bisous et bon courage
J’aimeJ’aime