Jour 27, lundi 9 septembre

Rangkul-pied d’Ak Baital, 63 Km

Roulons entre Français.

Une petite sortie nocturne m’a valu encore un beau moment d’émotion. Le ciel est si pur que la voûte céleste est d’une incroyable richesse. Vers l’Est, une étoile brille tellement fort qu’elle se reflète dans le lac à la manière d’un phare. Côté nord, c’est la Grande Ourse qui fait le spectacle, posée sur l’horizon des cimes montagneuses. Et à la verticale, c’est la Voie lactée qui déroule ses milliards d’étoiles. Subjugué par ce spectacle, j’aimerais en garder une trace ; aussi je rallume la le téléphone et j’essaye de prendre quelques photos sans y croire vraiment. Je suis stupéfié par le résultat qui est presque aussi beau que la réalité.

Au matin, retour à la réalité, justement ; la casserole d’eau que j’avais préparée pour faire mon café s’est transformée en un bloc de glace durant la nuit. Et même si l’eau bout à moins de 100° en altitude, il faudra quand même du temps pour que ce cube glacé se transforme en un breuvage fumant. De même, le miel est si dur que je casse ma cuillère en plastique en voulant enduire ma tartine de pain. le petit déjeuner est néanmoins un moment agréable, que je prolonge en admirant le paysage et en marchant un peu le long de la rive.

Sur le chemin du retour, je fais à nouveau quelques petits arrêts le long du lac, puis sur la rive du Shorkul près duquel j’étais passé un peu rapidement hier. J’y note la présence d’un van jaune immatriculé dans le Vaucluse, mais les habitants ne donnent pas signe de vie.

Voulant éviter quelques passages difficiles sur la piste officielle, j’emprunte les petites voies annexes, mais à force de me détourner de l’axe principal, je finis par faire un détour d’au moins 1 km sans avoir pour autant échappé à la tôle ondulée.

Il est 10h30 quand je rejoins la M 41 et retrouve avec un certain plaisir l’asphalte sous mes roues. Le col d’Ak Baital est à environ 50 km, et j’aimerais couvrir la moitié de cette distance afin de pouvoir le franchir dans la journée de demain. 

À ma grande surprise, la portion asphaltée se poursuit encore, pendant des kilomètres qui sont en outre marqués par de longs faux plats d’une pente tout à fait acceptable, et comme le vent est plutôt favorable, j’avance à une vitesse tout à fait inespérée dans cette montée vers le sommet de mon voyage.

Après une quinzaine de kilomètres, je rencontre Dorian, un Français qui voyage à pied et en auto-stop. Il aimerait bien atteindre Murghab aujourd’hui mais ce 9 septembre marque la célébration de l’indépendance ; c’est donc la fête nationale du Tadjikistan. De ce fait,  la circulation est considérablement réduite et les possibilités d’auto-stop le sont tout autant. Il m’indique à 5 km de là une petite maison où il est possible de se restaurer. Cela tombe bien car je commence à avoir faim. Aussi, quand j’arrive à hauteur de cette maison, je m’y rends immédiatement et je sollicite un « tchai »auprès de Tolia la femme qui habite là, visiblement habituée à recevoir des touristes. Elle me mijote un œuf au plat accompagné de morceaux de saucisson et d’oignons grillés, un régal, tout comme le fromage blanc dont je tartine allègrement plusieurs morceaux de pain.

Pendant que je déjeune, j’aperçois par la fenêtre quelques casques de cyclistes, mais personne ne vient me rejoindre dans la maison de Tolia. À la fin de mon repas, je constate effectivement la présence de trois vélos posés contre le mur, quant aux cyclistes ils sont à l’arrière de la maison pour s’abriter du vent et ils font cuire des pâtes. Cela ne plaît guère à la maîtresse de maison, qui ne leur servira qu’une théière fumante pour accompagner leurs nouilles. Mais ils sont comme moi, ils ont du stock de nourriture dans leurs sacoches et il faut songer à l’utiliser.

Une tête ne m’est pas inconnue, c’est Pierre-Vincent avec qui j’ai déjeuné ce matin. Il est accompagné de Marion et Sébastien, un couple d’Annecy qui fait le tour du Tadjikistan en cinq semaines. On passe un bon moment à discuter tandis qu’ils dégustent leurs pâtes au thé. Ils me signalent un autre endroit de ravitaillement et de bivouac possible à une vingtaine de kilomètres plus loin. 20 + 20, cela fait plus que ce que j’avais prévu, mais il est tôt et je me dis qu’après tout je peux peut-être aller jusque-là. Je repars avant eux, persuadé que de toute façon ils vont me rattraper sur la route. Cela s’avère exact pour Pierre-Vincent, qui a décidé de franchir le col dès ce soir. Il me rattrape donc au bout de cinq kilomètres, on roule quelques minutes de conserve, puis il me quitte en donnant quelques coups de pédale vigoureux qui le font disparaître de ma vue en quelques minutes.

Depuis un moment déjà, le vent n’est plus favorable du tout ; il tourbillonne et se positionne le plus souvent au nord-ouest, justement la direction qu’emprunte la M 41. Cela rend l’ascension difficile, même si la pente est toujours très modeste de l’ordre de 2 à 3 % et le revêtement tout à fait de bonne qualité. Au kilomètre 60 je ne vois toujours pas apparaître la maison où nous sommes convenus de bivouaquer, alors, je pousse encore un peu plus loin, un kilomètre, puis deux, puis trois, mais je finis par me résigner. Il est presque 17h, je suis déjà à 4.360 mètres d’altitude, il ne reste plus que 300 mètres de dénivelé à monter sur moins de 10 km; c’est inespéré par rapport au projet de départ. J’avise un emplacement un peu à l’écart de la route qui me semble bien protégé des vents dominants. J’y descends et j’y installe mon campement avant que le soleil ne disparaisse. Il fait si froid que j’envisage une fois encore de me glisser sous la tente sans prendre le soin de me faire à manger. Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais je suis transpercé par cette bise qui me harcèle. Mon programme va être modifié par l’arrivée de Marion et Sébastien qui pensent que la maison visée est à environ 2 km. Mais comme moi, ils sont tentés de s’arrêter et choisissent finalement de planter leur tente à quelques mètres de la mienne. Du coup, pendant qu’ils s’installent j’allume mon réchaud et je me fais un mélange semoule petits pois que je ne mange qu’à moitié chaud car avec ce temps, sitôt qu’on retire un aliment du feu, il refroidit presque instantanément. Une fois leur tente plantée, ils se font aussi un plat chaud, ce qui nous laisse le temps de discuter un peu mais on ne traîne pas et on se met rapidement à l’abri sous nos tentes respectives en se donnant rendez-vous à demain matin pour le petit déjeuner.

Le spectacle nocturne.
Rangkul pour moi tout seul.
No comment.
Toujours ces traces de sel autour des lacs.
Une courte végétation rouge parvient à pousser sur ce sol ingrat.
Ce talus fera un maigre abri contre le vent.

2 réflexions sur “Jour 27, lundi 9 septembre

  1. Une observation et un souvenir:

    des traces de selles, à vélo c’est normal;

    En 1970, avec Joël Bignon, nous avions fait cuire des steaks hachés à proximité du Cap Nord. Avec le camping gaz à fond, ils étaient cramés à l’extérieur et rouges et froids dedans!!! Bon appétit.
    Thierry B

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