Jour 25, samedi 7 septembre.

Kuna Kurgan-Murghab, 20 Km.

Rencontre avec des lecteurs de mon blog.

À mon réveil, après onze heures de sommeil, je suis tout surpris de retrouver le petit chien là où je l’avais laissé hier soir, dans son petit nid d’herbe. Il doit vraiment s’ennuyer pour s’attacher ainsi à un cycliste de passage. Comme je me sens légèrement barbouillé ce matin, je préfère lui abandonner le reste de saucisson qui date déjà de quatre jours, sachant que ma sacoche avant droite n’est pas réfrigérée.

La bonne nouvelle de ce début de journée, c’est que le réchaud à essence accepte de fonctionner, ce qui me permet de me réchauffer avec deux bons cafés qui m’aident à lutter contre la bise qui a déjà recommencé à souffler. Du coup, le rangement et le démontage de la tente se font en tenue de camouflage, avec cagoule et capuche sur la tête.

À mon départ, je vois le petit chien qui penche la tête avec l’air de se demander pourquoi je le quitte. Mais ce n’est que provisoire car il m’emboîte la roue et me suit sur la route. Je vais l’emmener ainsi avec moi sur exactement 9 kilomètres avant qu’il ne lâche prise ! Il me fait de la peine.

Sur une route où l’asphalte commence à apparaître au coup par coup, je repasse près du village de Kuna Kurgan, puis j’arrive assez rapidement à Murghab. Je m’installe sur le square officiel où flotte l’immense drapeau du Tadjikistan, en essayant de trouver un banc au soleil et à l’abri du vent. Je constate rapidement que la situation ne s’est pas améliorée en ce qui concerne la connexion Internet, mais il y a un peu d’espoir car des gars de Megaphon, un des opérateurs téléphoniques du pays, sont en train d’accrocher de nouveaux câbles aux poteaux téléphoniques. La connexion bas débit me permet quand même de communiquer par WhatsApp, et de rassurer la famille. 

Je dois ensuite prendre une décision quant à la suite de cette journée. Mon idée première est de repartir vers le sud pour prendre la boucle à l’envers et aller visiter ce fichu observatoire que j’ai manqué hier. Mais le vent qui arrive plein sud  avec force me dissuade de prendre cette direction aujourd’hui, d’autant que je ne me sens pas dans ma meilleure forme à cause de ce petit début de tourista. Une autre option serait de filer au contraire vers le nord, en direction de Rangkul, un lac que je veux aller voir, pour enchaîner ensuite vers le fameux col d’Ak Baital et Karakul. Mais cela serait faire une croix sur l’observatoire et la grotte ornée. Les sites intéressants à visiter sont si rares que j’aimerais bien ne pas tous les manquer.

Aucune option n’étant idéale, je choisis tout simplement de faire une pause et je me dirige vers l’hôtel où j’ai déjà séjourné une nuit. Et là, je fais encore une rencontre incroyable ; un 4×4 s’arrête tout net près de moi et deux touristes en descendent, en m’appelant par mon prénom « Pascal » ! Béatrice et Jean-Paul, alias Paulo, sont un couple d’Auvergnats amoureux de l’Asie centrale. Sachant qu’ils venaient au Tadjikistan, un parent habitant Blois leur a envoyé une coupure de presse qui parlait de mon projet. Du coup ils ont suivi mon blog et cherché à me rencontrer en sachant qu’ils étaient à peu près sur la même route que moi dans les mêmes dates. Un sacré coup de chance, car à quelques secondes près, je me serais engouffré dans l’hôtel et on se serait manqué.

Bien conscients de voyager dans des conditions beaucoup plus confortable que les miennes, ils me proposent très gentiment leur aide sous quelque forme que ce soit. Mais à part me fournir de l’EPO, je ne vois pas très bien ce qu’ils pourraient faire pour moi! On discute un bon moment sur le bord de la route de nos expériences mutuelles de ce pays dans lequel ils font aussi certains jours de la randonnée. Mais leur guide-chauffeur leur fait doucement comprendre qu’il a un horaire à respecter et qu’il est temps de reprendre la route. Béatrice me glisse deux barres de Mars, et ça repart, chacun de son côté. J’avoue envier leur confort, mais j’ai choisi… On se promet bien de renouer le contact à notre retour pour que cette rencontre ne reste pas sans lendemain.

L’installation à l’hôtel est une formalité car je connais les lieux et les gens. Je dispose cette fois d’une chambre individuelle, ce qui n’est pas désagréable. Comme je n’arrive pas à me réchauffer, je me glisse tout habillé dans le lit et je fais une sieste qui dure peut-être une heure ou deux, je n’en sais rien. Requinqué et réchauffé, je prends ensuite une bonne douche et fais une petite lessive, avant de me plonger dans la mise à jour du blog et la lecture de vos nombreux messages.

Le reste de l’après-midi se passe à épousseter Colibri qui est couvert de poussière et à réfléchir à la suite des événements. Si le vent se calme, je file au sud pour voir la grotte et l’observatoire, ce qui me prendra deux jours. Sinon, je trace ma route vers le nord avec un crochet par le lac de Rangkul.

Dans le petit salon, à l’entrée de l’hôtel, je discute avec une bande d’Italiens qui voyagent en partie en 4×4 et en partie à vélo. Quand ils sont passés au col d’Ak Baital ce midi, il neigeait.

La patronne, qui m’a reconnu, vient me voir à ma table au moment du dîner. J’en profite pour lui demander si on peut visiter les deux sites que j’envisage d’aller voir. Même si son anglais se limite à « room, toilets, shower et bread », il me semble comprendre que ce n’est pas possible. Dans ces conditions, ma décision est prise, j’abandonne les visites touristico-culturelles et je reprends le fil de mon itinéraire. Pas envie de me casser le nez une fois de plus après avoir pédalé toute la journée à rebours de mon objectif.

Libéré du poids de cette décision, je me couche l’esprit tranquille, bien au chaud pour la dernière fois avant une semaine sans doute.

Murghab n’a rien de bien sexy.
L’aéroport de Murghab est fermé mais le panneau est resté.
À Murghab, des conteneurs ont été reconvertis en commerces; c’est le marché des conteneurs.
L’incroyable rencontre avec Béatrice et Paulo, lecteurs de mon blog.

11 réflexions sur “Jour 25, samedi 7 septembre.

  1. Bonne nouvelle : si le chien a pu te suivre 9 km malgré ton train d’enfer c’est que le saucisson non seulement n’était pas trop faisandé, mais était même plein de vitamines (ou d’EPO ?).

    Bon courage pour le prochain col, et continue de nous régaler

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  2. pas de commentaire ce soir, juste une info : c’est Michel Barnier le 1er ministre….je ne pense pas que cela t’aide à pédaler…

    soigne toi bien pour nous revenir affuté mais en forme !

    bisous pluvieux aussi

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  3. Aïe aïe la tourista …Au besoin, n’oublie pas le thé à mâcher et avaler, certes pas très bon au goût mais efficace contre la tourista pour l’avoir expérimenté en Jordanie et même en Bretagne !! Aucun effet secondaires pénibles… boisson conseillée ben, le thé…maintenant que le réchaud fonctionne tu peux chauffer l’eau du thé. Mais je vois bien que rien ne t’arrête! Et ces rencontres improbables, pour du coup entendre appeler Pascal, c’est se demander si en plus de la tourista, on entend des voix…on va attendre des nouvelles et des photos. Hélas en échange que de grosses bises, humides en plus…

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