Jour 22, mercredi 4 septembre.

Murghab-AkTal, 36 Km. (vallée de Madian)

Une première gastronomique.

On dit que la nuit porte conseil ; je vais finir par le croire. Vers 4h du matin je me réveille en réalisant que toute la soirée j’ai communiqué avec ma famille sur WhatsApp, alors pourquoi ne pas envoyer mon passeport par ce moyen aussi ? Sitôt dit sitôt fait, je verrai au matin si l’opération a réussi.

Durant la nuit, le dortoir s’est garni de deux accompagnateurs de touristes arrivés tardivement. Mais cela ne m’a nullement perturbé et j’ai effectué une très bonne nuit.

Avant de prendre mon petit déjeuner, je veux absolument me pencher sur le problème du réchaud à essence. Grâce aux conseils que Florian m’a envoyés sur WhatsApp, je démonte entièrement l’appareil et procède à un nettoyage minutieux, la moindre poussière pouvant empêcher l’essence d’arriver jusqu’au réchaud. Mais une fois remonté, l’appareil refuse toujours de s’allumer. Je me dis qu’il n’est peut-être pas du matin; au moins ai-je identifié toutes les pièces qui pouvaient poser problème et je recommencerai l’opération si nécessaire.

Les sacoches bouclées, la chambre libérée, je prends enfin mon petit déjeuner. Celui-ci donnera lieu à une scène amusante ; le jeune serveur m’avait mis deux œufs au plat, du pain et du beurre que j’ai mangés. Mais quand la patronne est passée elle l’a copieusement enguirlandé et m’a immédiatement remis une assiette avec deux autres œufs sur le plat, deux tranches de saucisson, et un bol de confiture de framboises. Je pense qu’elle a expliqué à son employé que quand on pédale, il faut beaucoup manger le matin. Je n’ai rien refusé et j’ai tout avalé mais quand même, quatre œufs sur le plat, ça fait beaucoup.

Rapide passage à la banque pour confirmer que l’opération est en cours, que le virement devrait arriver dans la journée et que je passerai demain midi. Et je me mets en route pour une étape un peu particulière puisqu’elle consiste à aller explorer une vallée jusqu’au fond et à en ressortir par le même chemin. Il s’agit de la vallée de Madian, au fond de laquelle coule la rivière Murghab. Après des journées entières à rouler au milieu d’un décor minéral, cela fait du bien de suivre le cours d’une rivière qui apporte évidemment de la verdure dans le fond de la vallée. Et en effet le contraste entre le bleu émeraude de la rivière, le vert des arbres et des prairies et l’ocre des montagnes rend ce paysage très harmonieux. En outre, la rivière a le bon goût de serpenter et de se diviser parfois en plusieurs bras, ce qui donne l’impression qu’elle ondule.

Sur cette piste totalement déserte, je vais faire une rencontre étonnante. Un homme marche avec un énorme sac sur le dos ; quand je le dépasse, je le salue et lui demande d’où il vient. « From France » me répond-il, ce qui va bien simplifier nos échanges. Philippe, originaire d’Annecy, parcourt le Pamir depuis sept ans. Après avoir exploré chaque année une partie du massif montagneux, il s’est lancé un défi cette année, traverser le Pamir du nord au sud d’une seule traite, à raison d’une trentaine de kilomètres par jour. Il suit pour cela des chemins qu’il a repérés sur des cartes anciennes mais très précises de l’époque soviétique. Évoluant complètement hors des sentiers battus, il ne rencontre guère que des bergers avec qui il parvient à discuter car il a appris le farci, qui est très proche du tadjik. Mais il rencontre aussi des loups, des mouflons, des moutons de Marco Polo, et il pense avoir repéré à deux reprises des traces de panthère des neiges. Du coup, on marche de conserve sur deux bons kilomètres, avant que je ne me remette en selle pour avancer cahin-caha sur la piste défoncée. Il n’est pas impossible qu’on se retrouve au bivouac ce soir.

Après une vingtaine de kilomètres, je m’arrête pour photographier un troupeau de yaks qui part à la pâture. Le brave homme qui mène son troupeau pose ses bâtons au sol et vient vers moi les deux mains tendues pour me saluer chaleureusement. Quelques minutes plus tard, je suis installé avec sa femme et sa fille dans leur minuscule maison pour boire le thé. Ce sera pour moi l’occasion d’une première gastronomique, avec la dégustation de fromage blanc fabriqué à partir de lait de yack. C’est fort, un peu aigre, mais très bon. Le petit fanion de la ville de Sablé que je leur offre leur fait un plaisir fou. « Francia, Francia, » répètent-ils; ils n’en reviennent pas d’avoir accueilli un Français à leur table. Et moi je suis ravi de cette rencontre et de cet en-cas bienvenu après trois heures d’efforts.

Il est environ 14h quand j’arrive au minuscule village d’Ak-Tal qui marque le fond de la vallée et qui paraît complètement désert. La plupart des maisons semblent à l’abandon, privées de toit et de fenêtres, mais curieusement, leurs portes sont bien verrouillées avec un solide cadenas. Le village compte aussi une mosquée, ce qui est étonnant car j’en ai vu très peu depuis que je suis dans le Pamir.

Je m’installe un petit bivouac comme je les aime, c’est-à-dire au bord de l’eau, sur un terrain plat et à l’abri du vent, grâce aux nombreux saules plantés sur le bord de la rivière. Toilette et lessive dans la rivière sont un pur bonheur, d’autant que, avec le vent et le soleil, le linge et le bonhomme seront vite secs. 

Tout en rédigeant mon blog, je guette l’arrivée de Philippe que j’estime aux alentours de 18 ou 19 heures. J’aimerais bien passer la soirée avec lui car il est passionnant et il a plein de choses à raconter.

La vallée de Madian est un ravissement.
Le gardien du troupeau et sa famille.
Les nuages jouent avec la montagne.
On dirait les doigts de singe de l’Atlas marocain.
Beau pâturage pour le troupeau de yaks.
La maison défoncée est cadenassée.
La mosquée ne doit pas recevoir beaucoup de fidèles.
Soleil rasant sur la rive plantée de saules.

4 réflexions sur “Jour 22, mercredi 4 septembre.

  1. heureux de retrouver des photos les paysages méritent bien un souvenir, ici les jeux paralympiques se terminent je vais regretter ces moments exemplaires de dépassement

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  2. 4 œufs sur le plat, c’est vraiment rien… Marthe m’a refilé son omelette / snacky pour ne pas vexer notre hôte… Je me suis mangée deux omelettes bien grasses et ces snakys au petit dej pour la couvrir 🤣… Reviens vite cousin… Je vais avoir un problème de surpoids… Plus sérieusement, j’étais contente de te retrouver sur le blog… Bon pédalage… La cousine…

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  3. 4 œufs sur le plat, c’est vraiment rien… Marthe m’a refilé son omelette / snacky pour ne pas vexer notre hôte… Je me suis mangée deux omelettes bien grasses et ces snakys au petit dej pour la couvrir 🤣… Reviens vite cousin… Je vais avoir un problème de surpoids… Plus sérieusement, j’étais contente de te retrouver sur le blog… Bon pédalage… La cousine…

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