Jour 20, lundi 2 septembre. 

Geyser-Alichur-Bash-Gumbez, 46 Km.

Propulsé par le vent.

Au matin je profite de « mon » geyser, d’abord du spectacle qu’il me procure que j’essaie de capter en photos et vidéos, mais aussi de la tiédeur de son eau, avec laquelle je me lave abondamment. 

La piste qui m’emmène vers  Alichur à une vingtaine de kilomètres, est plutôt agréable ; c’est de la terre compactée, seulement émaillée de quelques cailloux et de rares zones sablonneuses. Côté dénivelé, c’est une succession de montées et de descentes rarement brutales. Sans doute une des pistes les plus faciles que j’ai utilisées jusqu’à maintenant.

Ce matin, le souci c’est plutôt l’eau qui commence à manquer. En effet, le geyser ne m’a pas fourni d’eau potable, j’ai donc dû puiser dans ma réserve qui s’est considérablement amenuisée. Il ne me reste que le petit bidon d’un demi-litre presque plein, cela risque d’être juste pour faire 20 km sous le soleil. Je ne peux pas compter sur la rencontre avec un véhicule car cette piste est totalement déserte. Je bois donc avec parcimonie, par petites gorgées dans l’attente de trouver un point d’eau. Celui-ci se présentera après 10 km sous la forme de la seule maison encore habitée du village d’Ak Jar ; la maman présente avec ses trois enfants, acceptera de me remplir ma bouteille d’un litre et demi. Ce hameau comptait une vingtaine de maisons qui ont toutes été abandonnées à l’exception d’une seule, sans doute en raison de l’assèchement du lac qui se trouvait à leurs pieds.

Dix kilomètres plus loin, je rejoins enfin la M41, la fameuse Pamir Highway, au niveau de la petite ville d’Alichur. D’après les informations recueillies à Langhar, je devrais trouver ici une banque et la possibilité de récupérer du cash. Mais mes espoirs dans ce domaine sont vite douchés; Alichur n’est qu’un pauvre village, dénué de tout établissement bancaire. Les habitants que j’interroge me disent tous qu’il faut aller jusqu’à Murghab,  à une centaine de kilomètres d’ici. C’est curieux comme dans chaque village c’est à la prochaine étape qu’on trouvera ce qu’on cherche…

Je fais quelques provisions dans la seule petite épicerie du village tenue par un monsieur âgé qui porte le chapeau kirghize, le feutre noir et blanc en forme de montagne. Je note d’ailleurs que la majorité des hommes du village le porte aussi. J’apprendrai plus tard que cette région est majoritairement peuplée de Kirghizes, dont la langue, d’origine turque, n’a rien à voir avec le tadjik qui est proche de l’Iranien. J’achète les trois dernières tomates et un peu de nourriture pour les prochains jours. Je renonce à la boîte de petits pois Bonduelle, car elle n’a pas d’ouverture automatique. Et puis, comme souvent, l’épicerie ne vend pas de pain et visiblement personne n’en vend dans le village. En fait, chacun cuit son pain à la maison. J’interpelle un gamin qui sort de l’école avec son beau costume et sa chemise blanche. Il me fait signe de le suivre jusque chez lui, et là il me donne un pain fraîchement cuit. Comme il ne veut pas d’argent en échange, je lui offre, ainsi qu’à ses frères et sœurs, quelques menus cadeaux de la ville de Sablé. Je retourne ensuite m’asseoir sur un banc près de l’épicerie et à l’abri du vent qui souffle très fort.

Alichur n’a pas de banque, mais au moins le village dispose d’Internet ; je peux donc enfin reprendre contact avec famille et amis, et mettre mon blog à jour avec le récit des trois journées passées en zone blanche. A peine ai-je commencé que je suis interrompu par un « salut !»; celui qui m’interpelle ainsi est Guillaume, un Français qui voyage également à vélo. C’est le premier que je rencontre depuis mon départ. Son aventure est bien plus extraordinaire que la mienne ; parti de Paris depuis des mois, il est arrivé ici à vélo et poursuit son périple par le Kirghizistan, le Kazakhstan, puis il s’envolera vers l’Inde, le Népal et veut rejoindre l’Asie du Sud-Est avant de traverser le Pacifique pour aller visiter l’Amérique ! Jeune ingénieur, il a vécu un an en Australie, puis s’est installé à Paris pour repartir après trois mois, saisi par le démon du voyage. Il voyage sans téléphone, ni connexion Internet et est donc très content de pouvoir discuter avec un « collègue ». On aurait pu faire un bout de chemin ensemble, mais il a déjà réservé un Home Stay à Alichur et moi je veux rouler un peu sur cette Pamir Highway pour me rapprocher de Murghab. Il se pourrait bien qu’on s’y retrouve dans quelques jours.

Le vent d’ouest qui me pousse depuis plusieurs jours déjà va littéralement me propulser sur cette route asphaltée. Pour la première fois depuis bien longtemps j’utilise le grand plateau et je vois mon compteur monter jusqu’à 34 km/h. Il faut dire que ce vent souffle avec violence, au point que, quand je m’arrête, j’ai du mal à tenir debout. Le trafic sur cette route importante est beaucoup moins intense que je l’imaginais ; seul quelques énormes semi-remorques y circulent, avec beaucoup de difficulté d’ailleurs, car le revêtement présente pas mal de défauts.

Même si rouler dans ces conditions ne me fatigue pas beaucoup, je décide de m’arrêter vers 16h30 dès que j’aurai repéré un endroit à l’abri du vent. Je jette mon dévolu sur une ferme qui semble abandonnée et j’installe mon bivouac dans l’angle de deux murs, afin d’être aussi protégé que possible du vent qui souffle en rafales.

Comme le soleil se cache rapidement derrière la montagne, le froid arrive rapidement ( je suis à 3.950 mètres d’altitude) et je me dépêche de faire un peu de cuisine pour manger quelque chose de chaud. Hélas je ne parviens pas cette fois à allumer le réchaud à essence. Après plusieurs tentatives infructueuses, je ressors mon petit réchaud à bois qui me permet de chauffer la faible quantité d’eau nécessaire à la confection d’un plat de semoule. J’espère que ce souci de réchaud n’est que temporaire. Un yaourt complète mon repas que je m’efforce de prendre à l’extérieur mais je me réfugie très vite sous la tente dès que j’ai terminé et passé un coup de brosse sur mes dents. Il est 18h30, pour moi la nuit commence.

Je ne me lasse pas du spectacle.

Les lacs desséchés laissent place à une terre salée et une végétation spécifique.
Ici, il reste un peu d’eau.
Arrivée à Alichur.
Ces enfants m’ont donné du pain fait maison.

2 réflexions sur “Jour 20, lundi 2 septembre. 

  1. incroyable de croiser un autre routard au milieu de nulle part, l altitude ne t affecte pas trop? Tu vas avoir une forme incroyable au retour après ce stage en altitude

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