Jour 19, dimanche 1er septembre. 

Bulunkul-Le geyser, 38 Km.

Ça sent le soufre 

Et hop, terminé le mois d’août. J’imagine qu’en France c’est la frénésie de la rentrée. J’ignore tout de l’actualité nationale et ça ne me manque pas du tout. Il est déjà loin ce 14 août où j’ai atterri à Tashkent ! Il s’est passé tant de choses, je suis passé par tellement d’émotions; et tous ces paysages, ces visages, ces rencontres aussi fortes qu’éphémères en un peu plus de deux semaines, et j’en ai encore quatre devant moi !

Bulunkul est l’archétype du village pauvre ; il ne compte aucune maison digne de ce nom, rien que des masures dans lesquelles on peine à imaginer que des familles vivent. Partout des carcasses de voitures, de caravanes, des yourtes en guenilles, comment peut-on vivre ici ??

Les hommes du village semblent n’avoir qu’un seule occupation, le fauchage des herbes qui poussent dans le marais. Cela doit constituer la réserve hivernale de fourrage pour les maigres troupeaux. Si la plupart utilisent une faucille, certains sont équipés d’une débroussailleuse, et ils travaillent même le dimanche. C’est donc au son peu harmonieux de cet instrument que je prends mon petit déjeuner dans ce décor de rêve.

Guidé par les faucheurs, je parviens à sortir du marais sans trop de peine, mais les mollets bien trempés quand même.

Premier objectif du jour, le lac mauve, Jashilkul, situé un peu au-dessus de Bulunkul. Car oui, il y a quelque chose après le bout du monde. La montée est raide, mais la récompense est plus qu’à la hauteur de l’effort. Le site est sublime, le bleu de l’eau contrastant fortement avec les ocres des montagnes qui l’encadrent. C’est si beau que j’en perds la voix quand une touriste tchèque s’adresse à moi dans un français parfait. J’ai du mal à répondre à ses questions tellement je suis essoufflé et submergé par l’émotion.

Contrairement aux trois 4×4 de touristes qui font demi-tour dès ce point de vue, j’entreprends de poursuivre la route qui surplombe le lac. Je bénéficie ainsi de vues différentes sur ce lieu exceptionnel. Sur le retour, je descends même jusqu’à une petite plage, imaginant un instant y installer mon bivouac. Mais je ne me vois pas glander toute la journée à admirer le paysage. Et puis il y a ce vent d’Ouest permanent qui gâche le plaisir. La remontée se fait en poussant le vélo car la pente est très accentuée. 

De retour à Bulunkul, je pense avoir repéré la piste qui mène à Alichur en passant par un site que je veux voir. Par sécurité j’interroge deux habitants qui m’envoient dans la direction opposée, m’expliquant que celle que je veux prendre est fermée.  Je suis frustré car je n’ai pas envie de rejoindre dès maintenant la M41, qui m’amène effectivement tout droit à Alichur. Après avoir avancé un peu, je sollicite l’avis d’un autre habitant qui m’indique la direction que j’avais choisie. Pour lui, cette piste n’est pas barrée et elle passe bien près d’un geyser, l’attraction qui m’intéresse. Il mime un shampoing sous le dit geyser. Pas sûr que j’aille jusque là.

Et me voilà lancé sur cette piste de mauvaise qualité, qui se faufile entre des montagnes toujours aussi arides et inhospitalières. Le sentiment de solitude est total; sur la vingtaine de kilomètres, je ne croiserai que deux véhicules qui s’arrêteront d’ailleurs pour s’assurer que tout va bien et me confirmer que je suis sur la bonne direction.

A 16h, l’heure que je me suis fixée pour me poser, je n’ai toujours pas vu de geyser. Je suis très attentif car j’imagine qu’aucun panneau ne va le signaler. Vers 17h15, je remarque des traces bien marquées qui partent vers la droite. Je m’arrête pour observer et je vois soudain une masse blanche s’élever en l’air; le geyser est donc bien là. Un sacré coup de chance car je constaterai plus tard qu’il ne jaillit que toutes les dix minutes. Bon, ce n’est pas le champion du monde; son jet ne dépasse que rarement les deux mètres de hauteur, mais c’est curieux à voir, et à sentir car il s’en dégage une forte odeur de soufre. 

Vu l’heure avancée, je n’irai pas plus loin et je plante la tente à distance respectable du geyser, des fois qu’il ait des éruptions nocturnes plus puissantes que les diurnes… Comme j’ai déjeuné tard, je n’ai pas faim et je n’ai qu’une hâte, me glisser dans le duvet pour écrire, lire, et dormir. Je prends quand même le temps de faire ma toilette dans l’eau du bassin qui entoure le geyser, qui est agréablement tiède. Et puis, le soufre est bon pour ma peau, qui est bien malmenée depuis deux semaines.

Le plaisir du petit déjeuner au soleil.
Bulunkul, bout du monde.
Une montée et une vision à couper le souffle.
Le lac Yashilkul, l’eau et la montagne aride.
Rouler dans un tel décor…
…n’est pas toujours un rêve.
Petit, mais joli, mon geyser.

Laissez un commentaire, cela me fera plaisir.